Par Valérie Mahaut
Le Parisien, 16 octobre De ses mains détruites, elle réajuste son foulard. Le tissu glisse sur sa chevelure incomplète, les brûlures ont empêché la repousse. Ses doigts ne sont que des cicatrices, mais son regard est vif. Après plus de quatre ans, Marzieh sort du silence.
Cette iranienne de 45 ans, une des trois « immolées de la rue Nelaton », témoignera aujourdhui au procès de deux de ses compatriotes, compagnons de résistance au régime islamiste iranien, soupçonnés davoir incité au sacrifice dans les flammes. « A travers ce procès, je ressens que cest moi que lon juge. On ne me reconnaît pas le droit de choisir mon destin », assène Marzieh la courageuse, comme la définissent ses amis. Elle « ne regrette rien » et assume cette « décision pas simple », qui consiste à se brûler vive : « je navais plus que ma propre existence pour parler. »
Le 18 juin 2003, Marzieh est « sous le choc ». Elle ne comprend pas « la rafle », cette énorme descente dans la communauté iranienne dAuvers-sur-Oise (Val dOise). Plus de mille policiers arrêtent 164 réfugiés politiques membres de lorganisation des moudjahidine du peuple iranien (OMPI) dont certains furent suspectés de fomenter des actes terroristes. « Mes amis étaient en garde à vue. Jai pris le RER jusquà Paris, seule, pour aller à la DST. Il y avait quelques Iraniens sur la place. A ses amies décoles. « Tout mest revenu », dit-elle. Elle « prend sa décision Jai passé la nuit là-bas. »
Pendant son trajet, Marzieh est assaillie pas ses souvenirs : « les pendaisons », « lassassinat » de ses frères, « les tortures » infligées à ses amies décole. « Tout mest revenu », dit-elle. Elle « prend sa décision » dans une sorte de fulgurance, vingt-quatre heures après les arrestations. « Je suis allée chercher ce quil faut, avec cette conviction que je devais agir. Jai aspergé lessence, jai mis le feu. Mon corps sest enflammé et puis je ne sais plus. » Cest elle qui simmole la première, deux autres en font autant, dont une qui mourra. Plongée dans le coma, Marzieh se réveille six mois plus tard. « Je ne savais pas où jétais. Je croyais être en Iran et quon allait me torturer. » Aujourdhui, cette « femme de conviction » au corps brûlé à 47% a subi des dizaines dopérations et vit discrètement dans le Val dOise. Elle se repose, reçoit ses amies. Mais son invalidité ne lempêche pas de poursuivre ses « activités. Rencontrer un amoureux, avoir des enfants ? « Jai des objectifs préalables », sourit Marzieh : voir « lIran libre ».

