
À l’aube du dimanche 5 avril 2026, deux autres manifestants, Mohammad-Amin Biglari et Shahin Vahedparast, ont été exécutés. Leurs morts ne sont pas des cas isolés d’exécution judiciaire définitive ; elles s’inscrivent dans une application délibérée et systématique de la terreur d’État, conçue pour communiquer avec une société explosive. En orchestrant ces exécutions, le régime cherche à diffuser un avertissement constant : toute tentative de contester le monopole de la force par l’État sera réprimée avec la plus grande sévérité.
La ligne rouge de la résistance armée
Le journal Mizan, organe officiel du pouvoir judiciaire, a déclaré que Biglari et Vahedparast avaient été exécutés pour avoir tenté d’« accéder à un arsenal » sur un site militaire classifié à Téhéran lors du soulèvement de janvier. Selon la version officielle, ils appartenaient à un groupe qui cherchait à « voler des armes et du matériel militaire » pour lutter contre le système.
The #deathpenalty in Iran has never been functioning as a system of criminal justice. It is a weapon of political repression. It is the state’s most extreme tool for intimidating society, crushing dissent, and preventing organized resistance.https://t.co/gDEIJ8GMcr
— NCRI-FAC (@iran_policy) 21 mars 2026
Aux yeux du clergé, il s’agit d’une « ligne rouge » majeure. Si le régime a historiquement réprimé toute forme de dissidence, la tentative d’acquérir des moyens d’autodéfense marque un tournant dans la nature du mouvement de protestation. En exécutant ceux qui s’emparent des outils de la résistance, le régime tente de maintenir une population sans défense.
Une campagne de terreur systématique
Les exécutions de Biglari et Vahedparast font suite à une série rapide de pendaisons liées à la même affaire et à la même période. Trois jours auparavant, le 2 avril, le régime avait exécuté Amirhossein Hatami, âgé de 18 ans. Trois autres coaccusés dans cette affaire, Ali Fahim et Abolfazl Salehi, demeurent dans une situation d’incertitude périlleuse, ayant été placés à l’isolement avec les personnes déjà exécutées.
Ces exécutions font suite à la pendaison publique de Saleh Mohammadi, Saeed Davoudi et Mehdi Ghasemi à Qom le 19 mars. Tous avaient été arrêtés dans le cadre du soulèvement de janvier et soumis à des procès que les organisations de défense des droits humains ont qualifiés de « procédures expéditives et entachées de torture ».
L’évolution de la lutte
Les personnes qui font actuellement face à la potence représentent une génération qui a largement abandonné les cadres traditionnels de la dissidence. Depuis vingt ans, divers milieux et médias financés par l’étranger prônent une « lutte sans sacrifice », une stratégie de réforme progressive ou de protestation symbolique. Cependant, les jeunes du soulèvement de janvier semblent avoir compris que ces voies sont des impasses.
Ces manifestants ont démontré qu’ils avaient compris que la liberté et la justice, dans le contexte iranien actuel, ne sont atteignables que « par tous les moyens et à n’importe quel prix ». Ils ont abandonné la rhétorique de la patience pour choisir la voie de la confrontation active. Ce changement se reflète parfaitement dans les récentes exécutions de six autres prisonniers politiques associés à l’OMPI – Mohammad Taghavi, Akbar Daneshvarkar, Babak Alipour, Pouya Ghobadi, Abolhassan Montazer et Vahid Bani-Amerian – qui avaient également été ciblés pour leur engagement en faveur d’un renversement organisé de l’État.
Un choix de méthodes
Le régime iranien utilise la potence pour masquer sa propre vulnérabilité. En traitant les manifestants qui cherchent à se procurer des armes comme la menace ultime, il révèle sa peur d’une société qui refuse désormais d’être une victime passive. Le « message » véhiculé par ces exécutions est bien un message de terreur, mais la réaction de la rue suggère une autre conclusion : le seul moyen de mettre fin au cycle des exécutions est de couper la main qui tient la corde.
La lutte est entrée dans une nouvelle phase. Cette phase où la méthode ne consiste plus à demander la permission d’exister, mais à s’assurer le pouvoir d’être libre.

