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Gel des prix du carburant en Iran et dette de 127 milliards de dollars : pourquoi l’échec économique se transforme en crise politique

Gel des prix du carburant en Iran et dette de 127 milliards de dollars : pourquoi l'échec économique se transforme en crise politique
Un homme démuni cherche l’espoir dans les recoins délaissés d’une rue iranienne

Le pouvoir clérical iranien est confronté à une crise de gouvernance, et non à une simple crise économique. Inflation, érosion du pouvoir d’achat, perturbations de l’approvisionnement énergétique et détérioration des finances publiques convergent au point de contact direct entre les citoyens et l’État : supermarché, station-service et salaire. Le danger politique réside dans cette convergence. Chaque problème est connu ; ensemble, ils transforment le quotidien en un test permanent de compétence.

L’avertissement vient de l’intérieur même du système. Le 13 août 2026, Farshad Momeni, économiste proche du pouvoir, commentant les données officielles du Centre national des statistiques, a déclaré que l’inflation à trois chiffres était apparue dans certaines tranches de revenus et zones défavorisées. Il a décrit la forte inflation comme « farouchement anti-pauvres et renforçant considérablement les mafias et les oligarques », ajoutant : « Lorsque l’inflation et le chômage se conjuguent, cela signifie que nous sommes entrés dans l’abîme de la misère. » De tels propos ne présagent pas d’un effondrement imminent, mais ils montrent à quel point le débat officiel s’est éloigné des simples déclarations rassurantes habituelles.

La situation budgétaire explique l’absence de solution facile. L’agence de presse officielle Tasnim a rapporté le 14 août que le Fonds national de développement se voyait devoir plus de 110 milliards de dollars par le gouvernement et plus de 17 milliards de dollars par la Compagnie nationale iranienne du pétrole. Son directeur adjoint des investissements a déclaré que le programme d’investissement dans les champs pétroliers, destiné à recouvrer ces créances, n’avait toujours pas été mis en œuvre. Un État qui doit 127 milliards de dollars à son fonds souverain a peu de marge de manœuvre pour subventionner indéfiniment la détresse, et le retrait des subventions risque de l’aggraver.

Le piège de l’essence

L’essence a transformé cette contradiction en un test politique flagrant. Les rapports fournis font état de longues files d’attente et de plaintes concernant le rationnement dans plusieurs provinces, tandis qu’un haut responsable du secteur de l’énergie a reconnu l’échec d’un projet à Kerman. Dans une interview télévisée le 13 août, Esmail Soghab Esfahani a déclaré que le président avait ordonné aux fonctionnaires de « s’abstenir de toute action susceptible de prendre la population par surprise ». Ce discours ne reflète pas la confiance d’un gouvernement capable d’imposer une réforme des prix pourtant nécessaire.

Les chiffres qui expliquent cette hésitation sont éloquents. Dans cette même interview, Soghab Esfahani a indiqué que la consommation d’essence avait atteint environ 135 millions de litres par jour, contre une production des raffineries d’environ 112 millions de litres ; le déficit était comblé par la capacité pétrochimique, les importations ou les réserves stratégiques. Téhéran se trouve donc face à un choix cornélien : maintenir un système énergétique coûteux et de plus en plus fragile, ou faire payer davantage les consommateurs à un moment où l’inflation est déjà devenue un sujet politiquement explosif.

À court terme, l’accent n’est mis ni sur une réforme décisive ni sur une gouvernance normale, mais sur un état d’hypervigilance alimenté par la crainte aiguë d’un soulèvement populaire au sein de l’élite dirigeante. Le climat actuel au sein du système est marqué par une profonde anxiété, les responsables mettant ouvertement en garde contre une explosion sociale inévitable et usant de tous les moyens pour la prévenir. Plutôt que d’affirmer son autorité, le régime s’engage dans une gestion de crise agressive, combinant manipulation psychologique, discours rassurants et déploiement localisé des forces de sécurité avec un rationnement sélectif et la recherche de boucs émissaires pour empêcher la colère de se déverser dans la rue. Tant que l’État continuera de s’appuyer sur des appareils coercitifs pour contenir le mécontentement populaire, ces mesures sécuritaires ne pourront pas réparer le pacte social rompu que représentait autrefois l’énergie bon marché. Chaque retard dans les ajustements structurels témoigne d’une direction obnubilée par la prévention, garantissant ainsi que le point de rupture inévitable surviendra avec une force bien plus grande.

De la précarité à la légitimité

C’est pourquoi la prochaine phase pourrait être plus dommageable politiquement qu’une simple vague de protestations. Le mécontentement économique s’accumule et se diffuse géographiquement : un travailleur confronté à la hausse des prix, un automobiliste aux files d’attente aux stations-service, un ménage aux loyers impayés et un fonctionnaire aux dettes impayées auprès de l’État subissent tous différents aspects d’une même défaillance institutionnelle. La vulnérabilité du système ne réside pas dans le fait que chaque grief se transformera automatiquement en soulèvement ; elle réside dans l’absence de mécanismes fiables pour les absorber.

Le principal défi du régime clérical est donc sa légitimité en période de pénurie. Le gel des prix du carburant peut apporter un calme temporaire, mais il alimente aussi la peur de la réaction de l’opinion publique. Si l’inflation, les pénuries d’énergie et les arriérés budgétaires persistent, les dissensions internes risquent de s’exacerber, tandis que les citoyens jugeront l’État moins à l’aune de l’idéologie ou des menaces extérieures qu’à sa capacité à assurer une sécurité économique minimale. En ce sens, la crise iranienne ne se manifeste pas par une rupture brutale, mais par une lente érosion de l’autorité — un processus rendu d’autant plus périlleux que l’État diffère le coût de l’exercice du pouvoir.