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Amnesty documente comment la répression de 2022 en Iran a causé des centaines de morts et la torture de détenus

Amnesty documente comment la répression de 2022 en Iran a causé des centaines de morts et la torture de détenus
Des forces anti-émeutes iraniennes, équipées de protections corporelles intégrales et de casques, sont déployées sur la place Azadi à Téhéran.

Derrière les conclusions d’Amnesty International concernant la politique de l’État, les structures de commandement et la responsabilité pénale, se trouve un dossier exhaustif sur les actes réellement commis par les forces de sécurité iraniennes lors du soulèvement de 2022 : tirs à balles réelles et à billes métalliques sur les manifestants, passages à tabac mortels, entrave aux soins médicaux, torture de détenus, ainsi que viols et autres violences sexuelles.

L’enquête d’Amnesty, intitulée « Les architectes des atrocités », a recueilli des informations sur 377 manifestants et passants décédés en lien avec le soulèvement. L’organisation a classé ces décès comme suit : 326 personnes tuées lors de la dispersion de manifestations ou dans des zones militarisées, 18 décédées en détention, 10 décédées après leur libération dans des circonstances apparemment liées à leur détention, et 23 décès suspects présentant des indices d’une possible implication de l’État. Amnesty précise que ce chiffre n’est pas exhaustif.

Tirer pour disperser et punir
La description faite par Amnesty est sans équivoque : « Les enquêtes de l’organisation ont révélé que les autorités iraniennes ont eu recours de manière généralisée et illégale à des fusils d’assaut, des mitrailleuses, des armes de poing et des fusils de chasse chargés de billes métalliques pour disperser, intimider et punir les manifestants, ainsi que pour dissuader d’autres personnes d’exercer leur droit à la liberté de réunion pacifique. »

Le rapport fait également état de coups de poing, de coups de pied, de piétinements, ainsi que de personnes traînées au sol ou jetées à terre.

L’organisation affirme que les forces de sécurité ont ouvert le feu non seulement lors d’affrontements, mais aussi sur des rassemblements pacifiques ou en grande partie pacifiques, sur des manifestants et des passants en fuite, aux abords de points de contrôle et de barrages routiers, ainsi que sur des véhicules s’éloignant des forces de sécurité. « Les enquêtes d’Amnesty International ont révélé que les forces de sécurité ont ouvert le feu dans une grande variété de situations, dont aucune ne présentait une menace imminente de mort ou de blessure grave justifiant l’usage d’armes à feu au regard du droit et des normes internationaux », indique le rapport.

Des centaines de morts
Sur les 326 personnes dont Amnesty a recensé la mort aux mains des forces de sécurité lors de la dispersion de manifestations ou dans des zones militarisées, 302 ont été tuées par balle. Au moins 45 ont été touchées par des billes métalliques tirées à bout portant. D’autres sont décédées à la suite de coups, de tirs de grenades lacrymogènes, d’un projectile à impact cinétique, de complications liées aux gaz lacrymogènes, ou après avoir été percutées ou délibérément écrasées par des véhicules des forces de sécurité.

Les tueries ont commencé presque immédiatement. Amnesty a constaté que 178 de ces 326 victimes — soit 55 % — ont été tuées entre le 19 et le 30 septembre 2022. Le rapport conclut : « Cela met en évidence la manière dont, dès le début, les autorités ont rapidement réagi en recourant à la force létale pour tenter d’écraser immédiatement les manifestations. »

Zahedan a été l’un des exemples les plus meurtriers. Amnesty a documenté la mort illégale de 87 personnes — 69 hommes, trois femmes, 14 garçons et une fille — lors de manifestations en grande partie pacifiques organisées après la prière du vendredi, le 30 septembre. Son enquête a révélé que les forces de sécurité avaient tiré des munitions létales, des billes métalliques et des gaz lacrymogènes depuis le toit d’un commissariat, tandis que des agents en civil tiraient depuis les toits environnants.

Blessés, puis privés de secours
Pour de nombreuses victimes, la violence ne s’est pas arrêtée au moment où elles ont été touchées par des tirs. Amnesty a recueilli des éléments montrant que les forces de sécurité ont empêché quiconque d’approcher les manifestants blessés, ont fait obstacle à l’assistance médicale et ont suscité une peur de l’arrestation dissuadant les blessés de se faire soigner à l’hôpital.

Certains manifestants blessés ont été conduits dans des domiciles, des magasins ou des cliniques mal équipées. Amnesty a recensé des décès dus à des hémorragies, des infections et d’autres complications qu’une prise en charge spécialisée et rapide aurait pu éviter. « De nombreux manifestants et passants sont morts de leurs blessures, parfois parce que les forces de sécurité ont fait obstacle à l’accès aux soins médicaux », indique le rapport.

Amnesty conclut également que certaines blessures infligées lors de la répression dans la rue ont atteint le seuil de la torture. L’organisation fait état de pertes de vision irréversibles, de lésions cérébrales et médullaires traumatiques, de fractures, d’hémorragies internes, de lésions d’organes, de lésions nerveuses, de douleurs chroniques et d’invalidités permanentes, et affirme que la manière dont les armes ont été utilisées à maintes reprises témoigne soit d’une intention d’infliger de graves souffrances, soit de la conscience que de telles souffrances en seraient une conséquence quasi certaine.

La torture derrière les barreaux
Une fois en détention, les manifestants étaient confrontés à un autre système de mauvais traitements. Amnesty indique que la torture était utilisée pour intimider, punir et humilier les détenus, exercer une discrimination à leur encontre et extorquer des « aveux » forcés susceptibles d’être utilisés ultérieurement pour des inculpations et des condamnations.

Les méthodes physiques documentées sont nombreuses : coups de matraque et de chaîne, coups de pied et de poing, flagellation, décharges électriques, isolement prolongé, exposition à des températures extrêmes, maintien prolongé dans des positions douloureuses, privation de nourriture et d’eau, refus de soins médicaux, immersion dans l’eau, insertion d’aiguilles dans des zones sensibles du corps, arrachage forcé des ongles, simulacres d’exécution et suspension par le cou ou les poignets.

La torture psychologique comprenait des menaces de mort ou de torture accrue à l’encontre des détenus, des menaces de viol, d’arrestation, de violences ou de disparition forcée visant des membres de leur famille, des traitements dégradants ainsi que l’obligation pour les détenus d’entendre les cris d’autres personnes en train d’être torturées. Amnesty conclut : « Compte tenu des graves préjudices physiques et mentaux causés par ces méthodes de torture, et de leur utilisation délibérée par des membres des forces de sécurité pour intimider et punir les manifestants et/ou extorquer des « aveux » forcés, Amnesty International estime que le fait d’infliger de vives douleurs et de graves souffrances par des membres des forces de sécurité était intentionnel, réunissant ainsi l’élément moral requis pour caractériser le crime contre l’humanité de torture. »

Viol et violences sexuelles
Amnesty a recensé 45 cas distincts de viol ou d’autres formes de violences sexuelles liés à des détentions arbitraires durant le soulèvement. Seize de ces cas impliquaient des viols, et 29 autres, d’autres formes de violences sexuelles. Parmi les victimes figuraient des femmes, des hommes, des filles et des garçons.

Le rapport indique : « Amnesty International a documenté en détail les cas de 16 personnes ayant subi un viol alors qu’elles étaient détenues arbitrairement en lien avec le soulèvement « Femme, Vie, Liberté ». Il s’agissait de six femmes, sept hommes, une fille de 14 ans et deux garçons âgés de 16 et 17 ans. »

Amnesty conclut que les agissements documentés constituent les éléments matériels des crimes contre l’humanité que sont le viol et les violences sexuelles. Au vu de ces éléments, ainsi que des homicides, actes de torture, détentions arbitraires et disparitions forcées également documentés dans le cadre de l’enquête, Amnesty estime que la répression de 2022 ne saurait être qualifiée de simple recours excessif à la force ou d’actes de brutalité isolés.

Le rapport met en évidence un schéma bien plus grave : recours à la force létale pour disperser et punir ; tirs sur des personnes ne représentant aucune menace imminente ; refus d’assistance aux victimes blessées ; infliction délibérée de graves souffrances physiques et psychologiques aux personnes détenues ; et violences sexuelles perpétrées contre des femmes, des hommes et des enfants. C’est l’accumulation de ces preuves qui fonde la conclusion d’Amnesty selon laquelle des homicides, des actes de torture, des viols et des violences sexuelles ont été commis dans le cadre d’une attaque généralisée et systématique contre la population civile.