InfoSud – Le gouvernement canadien, ainsi que de nombreux participants à la première session du Conseil des droits de lhomme, considèrent la présence à Genève du procureur musclé Mortazavi comme une provocation délibérée.
La présence de Saïd Mortazavi au Conseil tient de la provocation !
Quun magistrat iranien accusé de sérieuses violations des droits de lhomme assiste à Genève à la naissance du tout nouveau Conseil des droits de lhomme est considéré comme une provocation par de nombreux diplomates et observateurs : est-ce quon ne recommence pas avec les bonnes vieilles hypocrisies à lONU ?
Le ministre canadien des affaires étrangères Peter MacKay a condamné dans un communiqué à Ottawa la présence du procureur iranien à Genève comme une tentative de discréditer le Conseil : « Deux investigations officielles du gouvernement iranien ont indiqué que le procureur général Mortazavi avait ordonné larrestation illégale de la journaliste canadienne Zahra Kazemi, qui lui a valu des tortures et la mort.»
LONU na rien à dire sur le choix des délégués
Que fait donc le procureur général de la ville de Téhéran à la table de la délégation iranienne ? « LONU na pas lautorité de dicter aux Etats membres qui ils doivent inclure ou non dans leur délégation. Cest laffaire des gouvernements », explique la porte-parole des Nations Unies Marie Heuzé.
Elle confirme : cest bien le ministre des affaires étrangères iranien qui prend la parole jeudi devant le Conseil, et non pas Mortazavi – contrairement à la rumeur qui circulait au Palais des Nations. LIran ne fait pas partie des 47 membres du Conseil. Il y était candidat mais na pas été élu. Mais en tant quobservateur comme les Etats-Unis, il a le droit de prendre la parole à la réunion de haut niveau.
Observateur chevronné de lONU, lancien correspondant du Monde Jean-Claude Bührer nest pas surpris : « Il nest pas rare de se trouver nez à nez avec les pires violateurs des droits humains dans les couloirs des Nations Unies. » Mais lauteur du livre LONU contre les droits de lhomme juge exaspérant de les retrouver dans des délégations officielles à lorganisation mondiale.
Déclarations anti-occidentales
Avant son depart pour Genève, Mortazavi avait déclaré à lagence iranienne IRNA que le concept des droits de lhomme « ne doit pas être manipulé par des puissances hégémoniques ». Car il sagit dun « concept sacré auquel une attention spéciale est vouée par les cultures et les religions divines ».
La Fédération internationale des ligues des droits de lhomme (présente dans 141 pays) a envoyé une lettre ouverte au secrétaire général de lONU Kofi Annan. Elle qualifie la présence du procureur « dacte insultant aux victimes de la répression politique dont M. Mortazavi est lartisan et le maître duvre. » La Fédération parle dun « risque majeur pour la crédibilité du Conseil des droits de lhomme ».
Saïd Mortazavi est par ailleurs considéré par Reporters sans frontières comme responsable darrestations – souvent suivies de tortures – de dizaines de journalistes et décrivains iraniens. Au moins huit journaux ont été suspendus en 2006.
Pamela Taylor, Juan Gasparini – InfoSud

