vendredi, février 3, 2023
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Deux opposants iraniens jugés pour incitation au suicide après des immolations dans Paris

Par Pascale Robert-Diard

Le Monde – Un homme et une femme au visage défiguré par leurs brûlures s’approchent de la barre pour témoigner. Des deux opposants au régime iranien, membres de l’Organisation des Moudjahidins du peuple iranien (OMPI), qui comparaissent, mardi 16 octobre, devant la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris, pour " provocation au suicide ", ils pourraient être les redoutables accusateurs. Ils en seront les avocats résolus.

Par Pascale Robert-Diard

Le Monde – Un homme et une femme au visage défiguré par leurs brûlures s’approchent de la barre pour témoigner. Des deux opposants au régime iranien, membres de l’Organisation des Moudjahidins du peuple iranien (OMPI), qui comparaissent, mardi 16 octobre, devant la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris, pour " provocation au suicide ", ils pourraient être les redoutables accusateurs. Ils en seront les avocats résolus.

Le 18 juin 2003, à 8 h 55, en sortant du métro, Marzieh Baabakhani s’asperge d’essence et, à l’approche de l’immeuble de la Direction de la surveillance du territoire (DST) devant lequel s’étaient regroupés une soixantaine d’opposants iraniens, elle craque une allumette. Son corps s’embrase. Brûlée à plus de 50 %, elle ne doit sa survie qu’à l’intervention des passants et de la police. A 12 h 50, tout près de là, Sedighe Modjarevy s’immole par le feu. Il décède le lendemain. Cinq heures plus tard, un homme se transforme en torche vive et est sauvé de justesse, tandis qu’une brigade de CRS aperçoit une femme qui s’apprête à son tour à se suicider. Sur elle, les policiers retrouvent un texte en farsi : " Je suis réfugiée en France depuis vingt ans, cet acte est ma protestation contre les transactions malpropres entre le régime des mollahs et la police française ", était-il écrit. La veille, 1 200 policiers avaient procédé à la spectaculaire interpellation, à Auvers-sur-Oise (Val-d’Oise), des dirigeants de l’OMPI et du Conseil national de la résistance iranienne, dont Maryam Radjavi.

Dans son enquête, la DST évoquera la " dérive sectaire " de l’OMPI, passée au gré des négociations de la France avec le régime des mollahs du statut d’interlocuteur des services français à celui de " mouvement terroriste ".

" SACRIFICE PAR LE FEU "

Après une instruction périlleuse qui aboutira à un non-lieu, puis sur appel du parquet, à un renvoi devant le tribunal correctionnel, Mahmood Aalami et Hossein Amini Gholipour font face au tribunal accompagnés d’opposants iraniens, réfugiés en France.

Du dossier, le président Jean-Claude Kross exhibe un document encombrant. Une vidéo montrant les deux prévenus, ce 18 juin 2003, en train d’acheter un bidon rouge de 5 litres d’essence qu’ils glissent dans un sac poubelle noir, et deux bouteilles d’eau. " L’immolation de Sedighe Modjarevy a lieu douze minutes plus tard. Et que retrouve-t-on sur place ? Un bidon rouge dans un sac en plastique noir déchiré et deux bouteilles calcinées ", relève le président.

Aux deux hommes, qui inventent une invraisemblable histoire " d’ami iranien rencontré par hasard et tombé en panne d’essence ", il rappelle leurs propos en garde à vue : " Le sacrifice par le feu est l’extrême limite que nous pouvons tolérer pour défendre la liberté dans notre pays. " Mais lorsque les deux survivants viennent témoigner à la barre, M. Kross bute sur leur détermination blessée. " Je trouve offensant que l’on mette en cause ici mon indépendance de décision, dit Marzieh Baabakahani. Deux de mes frères, tous mes amis ont été torturés par le régime des mollahs. Pour moi, le risque d’extradition vers l’Iran avait un sens précis et c’était celui-là. "

A ces gestes désespérés, le vice-procureur Pierre Kahn donne une autre explication : " Certaines personnes ont accepté de subir le martyre pour protester contre la décision de la France de les interpeller. On n’est pas là dans une décision individuelle, mais dans des consignes données et acceptées. Dans un état de droit, il devrait y avoir d’autres réponses que ces actes de suicide ", a-t-il observé, en requérant deux ans avec sursis contre les deux prévenus.

" Il y a aujourd’hui dans des coins du monde une relation à la mort et à la souffrance que nous ne pouvons pas comprendre. Ces hommes et ces femmes sont dans une exaspération politique. Ils se sont sentis trahis ", a répliqué en défense Me Joseph Cohen-Sabban. Au tribunal, l’avocat a lancé une mise en garde : " Juger ici ces deux-là, sous cette incrimination de provocation au suicide, est une vision de très grands nantis."

Jugement le 21 novembre.

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