samedi, décembre 10, 2022

Contreparties d’en rire

 Le Canard enchaîné, 19 mai – Des contreparties ? « Aucune », foi de Kouchner, si heureux de jouer les utilités au côté de Clotilde Reiss dans la cour de l’Elysée ! Des coïncidences ? Ah que non ! Le hasard ? Même pas ! Il n’y a aucun lien d’aucune sorte entre le retour à Paris de la jeune chercheuse et la libération, deux jours après, d’Ali Vakili Rad, incarcéré en France pour l’assassinat de l’ex- Premier ministre iranien Chapour Bakhtiar.

Le tribunal d’application des peines devait examiner, le 18 mai, sa demande de libération conditionnelle, une formalité avant son embarquement sur un vol d’Iran Air. L’arrêté d’expulsion a été signé la veille par Brice Hortefeux, toujours prompt dès qu’il s’agit de mettre dehors. Jamais condamné n’a été libéré aussi vite après une période de sûreté de dix-huit ans. D’ordinaire, d’Action Directe à Abdallah, ils doivent attendre plusieurs années et non pas quelques mois. Interrogée par « le Canard », la Chancellerie a beau faire les fonds de tiroir, elle n’a aucun exemple à fournir.

Sans doute Ali doit-il cette célérité à sa grande humanité, lui qui avait tué au couteau de cuisine ce redoutable ennemi des mollahs de 82 ans.

En prison, il s’est montré exemplaire, selon « Le Figaro » qui a de bonnes sources. Il a travaillé à la confection des uniformes et des chaussures des surveillants et pris des cours de français pour être guide touristique à Téhéran. « Il avait surtout, aux yeux des services de réinsertion, pris conscience de ses actes », écrit le quotidien. On comprend que les juges aient fondu.

Car il faut être bien ignorant des usages pour imaginer que la justice ait pu céder à d’amicales pressions… Le président Ahmadinejad avait à peine déclaré, le 18 décembre, que la solution de l’affaire Reiss dépendait de « l’attitude des dirigeants français » dans le dossier Rad que Sarkozy lui réglait son cas : « Suis-je homme à aller échanger l’assassin de Chapour Bakhtiar contre une jeune étudiante dont le seul crime est de parler la langue de l’Iran et d’aimer la civilisation perse ? » Et Kouchner de surenchérir : « Quand bien même on le voudrait on ne le pourrait pas », car la justice est indépendante en France. Eh oui, mon cher Mahmoud !

Aucune contrepartie donc. Ce n’est vraiment pas le genre de la France de libérer des terroristes. Ni dans sa tradition. Si Pasqua a élargi les assassins iraniens de l’opposant Kazem Radjavi en 1993, si Mitterrand a gracié Anis Naccache en 1990, premier à tenter d’assassiner Chapour Bakhtiar, c’était par bonté d’âme. Face à la diplomatie iranienne de la prise d’otage, la France ne se couche pas, elle s’allonge. Clotilde Reiss a été libérée contre une simple amende de 200.000 euros. Un beau succès pour la diplomatie française et pour Sarko, qui espère que sa popularité va grimper, en contrepartie.

J.-M. Th.

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