jeudi, décembre 1, 2022
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Comment l’Europe peut faire pression sur l’Iran

Par  Patrick Clawson et Michael Jacobson*

The Wall Street Journal – Les Etats-Unis ont fait monter la pression financière contre Téhéran la semaine dernière, augmentant unilatéralement les sanctions contre le puissant Corps des gardiens de la révolution iranien, trois banques publiques et un certain nombre de dirigeants clés pour leur participation au financement du terrorisme du régime et des activités liées aux armes de destruction massive (ADM).

Saisissant la force de levier que les marchés financiers américains donnent Washington, de hautes autorités du département du Trésor américain ont dit aux institutions financières mondiale ces deux dernières années que les affaires avec l’Iran pourrait porter grand tort à leur réputation et compliquer leur accès au marché américain. En conséquence, un certain nombre d’institutions internationales – incluant UBS et le Crédit Suisse, ainsi que la Commerzbank d’Allemagne et la Deutsche Bank – ont soit mis fin ou grandement réduit leurs transactions avec l’Iran.

Il y a cependant des limites à cette stratégie unilatérale. Les sociétés et les institutions financières qui n’opèrent pas aux Etats-Unis peuvent vouloir ignorer les avertissements de Washington. Mais se  couper de New York et de l’autre capitale financière majeure du monde, Londres, est un risque que peu de ces sociétés sont prêtes à prendre. Peu pourraient se permettre un transfert dans un centre financier plus petit et rater les occasions que seules la City de Londres ou New York peuvent offrir, juste pour maintenir leurs affaires avec l’Iran.

Il est donc encourageant que le Premier ministre britannique Gordon Brown ait immédiatement soutenu Washington, notant que « nous approuvons les efforts de l’administration américaine d’appliquer plus avant la pression sur le régime iranien ». Mais tandis que le soutien public des Etats-Unis, le plus proche allié aidera sans aucun doute à renforcer l’impact des actions unilatérales, le Royaume-Uni pourrait faire beaucoup plus.

Si le gouvernement britannique devait envoyer un avertissement aussi fort aux banques, il pourrait vivement augmenter la pression financière sur l’Iran. Plus de 550 banques internationales et 170 compagnies d’assurance internationales sont présentes à Londres. Entre 50 à 100 milliards de dollars venant du Moyen-Orient vont entrer à Londres dans les années à venir, estime Peter Weinberg, l’ancien PDG de Goldman Sachs International. Les visites coordonnées de hautes autorités américaines et britanniques aux principales institutions financières pourraient être une façon particulièrement efficace de faire passer le message comme quoi le commerce avec l’Iran est risqué tant que Téhéran ignore les ordres du Conseil de sécurité de l’ONU sur son programme nucléaire. Un effort commun américano-britannique pourrait avoir un poids particulier sur le communiqué de la Force d’action financière du 11 octobre sur l’Iran. Fondé par le G7, cet organe de 34 pays a chargé les institutions financières de faire preuve de "diligence accrue" quand elles traitent avec l’Iran pour éviter par mégarde de contribuer au financement du terrorisme et du blanchiment d’argent. Comme l’a dit le Secrétaire au Trésor américain Henry Paulson après la dernière mesure de Washington contre Téhéran : "Quand on traite avec l’Iran, il est presque impossible de savoir qui est son client et d’être sure que l’on ne facilite pas inconsciemment la conduite inconsidérée du régime."

Tandis que le Royaume-Uni utilise des instruments particulièrement puissants, il peut aussi y avoir d’autres pays européens désireux et prêts à augmenter la pression financière et économique sur l’Iran. L’idéal voudrait que cela se fasse au niveau de l’Union européenne – quelque chose en faveur de laquelle pousse le président français Nicolas Sarkozy. Mais en l’absence d’une troisième résolution du Conseil de sécurité de l’ONU autorisant des sanctions complémentaires, beaucoup de pays de l’UE, principalement l’Allemagne, l’Autriche et l’Espagne, y semblent peu disposés. Les Français ont ainsi suggéré que les pays européens désireux d’agir n’ont pas besoin d’attendre l’unanimité. En fait, la France a déjà annoncé qu’elle faisait pression sur les grandes sociétés françaises pour qu’elles s’abstiennent d’investir en Iran.

Une initiative combinée des Américains et de pays européens individuels pour faire pression sur l’Iran peut renforcer la main de ceux qui à Téhéran parlent d’accommodement. Ce serait aussi une bonne façon de montrer à la Chine, à la Russie et aux gouvernements européens lanternes rouges qu’avec ou sans eux, l’action sera entreprise contre l’Iran. S’ils ne sont pas satisfaits par cette approche, ils doivent d’abord formuler clairement une alternative réaliste pouvant conduire l’Iran à suspendre son programme d’enrichissement.

* M. Clawson est sous-directeur de l’Institut de Washington pour la recherche et l’auteur de plusieurs livres sur l’Iran. M. Jacobson, un chercheur éminent du Programme de l’Institut Stein sur le Terrorisme, le Renseignement et la Politique, a précédemment été haut conseiller au Bureau du Département du Trésor américain sur le Terrorisme et le Renseignement financier. 

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