jeudi, décembre 1, 2022
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Ce que souhaite Mme Radjavi, ce sont des élections non truquées en Iran – François Colcombet

CNRI – « Nous sommes également sensibles à l’égalité de l’homme et de la femme, c’est-à-dire la laïcité qui est un problème central en Iran mais aussi dans le monde entier aujourd’hui, c’est cela qui fait que les pays évoluent ou régressent. Nous le savons tous, Madame. Et c’est parce que nous croyons à cela que nous vous défendons, parce que vous êtes un beau symbole de ce combat », a lancé  François Colcombet à Maryam Radjavi à l’Assemblée nationale le 5 décembre.

 

Ce magistrat et ancien député de l’Allier, cofondateur du syndicat de la magistrature avec le sénateur Jean-Pierre Michel, s’exprimait dans un colloque au palais Bourbon (salle Colbert). A l’initiative du Comité parlementaire pour un Iran démocratique, la réunion accueillait des députés, Maryam Radjavi, présidente élue de la Résistance iranienne, ainsi que des personnalités françaises et internationales pour aborder les perspectives de changement en Iran en 2013.

Voici les points forts de l’intervention de François Colcombet :  

Ça n’est pas sans émotion que je prends la parole dans cette salle où nous avons beaucoup bourlingué autrefois, avant même d’ailleurs d’être député, parce que vous le savez sans doute tous, ici c’est un peu une des chapelles de la démocratie en France. Ça en a la forme, il y a un tableau qui indique un grand moment de l’Histoire. Il s’est toujours passé beaucoup de choses ici, il y a toujours eu beaucoup de réunions au cours desquelles des choses essentielles ont été dites. Et pour moi, c’est un beau symbole qu’aujourd’hui, Madame [Radjavi], que vous soyez reçue ici et que nous nous asseyons un moment et réfléchissions à la suite des événements.

Tout le monde a fait allusion au passé, donc je peux le faire aussi. Finalement entre la France et l’Iran, il n’y a pas de passé colonial. À la différence de la Russie, à la différence de l’Angleterre, nous n’avons jamais voulu dévorer ce pays, et nos sociétés pétrolières avaient toujours un comportement assez digne par rapport à d’autres. En sorte que nous étions certainement pour les Iraniens le pays de la liberté, et que c’est peut-être ce qui explique que les intellectuels français ont joué un rôle important dans l’Histoire de ce pays. Moi, j’ai le souvenir d’une erreur d’intellectuel, de Michel Foucault que je connaissais bien, et qui s’est entiché de Khomeiny, quand il est venu en France ici.

Mais il était venu en France pourquoi ? Parce que la France était un pays qui accueillait les gens persécutés pour leurs idées politiques, qui étaient chassés de leur pays. Et quelques années après, François Mitterrand accueillera Massoud Radjavi, pour lequel il était déjà intervenu, puisque, quand Massoud Radjavi avait été condamné sous le régime du chah, un certain nombre de personnalités politiques européennes avaient signé des pétitions pour qu’il ne soit pas exécuté, et cette demande avait été entendue. Massoud Radjavi a été un des rares des Moudjahidine de la première vague qui n’avait pas été tué.

Ensuite, j’ai le souvenir de Valéry Giscard d’Estaing qui, dans le fond, a donné le coup de grâce au chah, c’est lui qui lancé l’hallali des pays occidentaux contre le chah, c’est lui qui, d’une certaine façon, a permis à Khomeiny de venir au pouvoir, comme je disais tout à l’heure, avec l’approbation d’une partie de l’intelligentsia française qui s’en est très vite mordu les doigts. Mais je dois dire que François Mitterrand a bien rectifié le tir, en accueillant Massoud Radjavi dès le mois de juillet 1981. Cela n’allait pas de soi. Il venait d’être élu, et on allait le tester justement sur l’application de cet accueil des gens persécutés pour leurs idées politiques. Et il a accueilli Massoud Radjavi, et non seulement il a fait cela, mais il a permis au CNRI, c’est-à-dire au Conseil National de la Résistance Iranienne qui avait été créé en Iran, de venir s’installer en France et de siéger ici. La France a abrité ce mouvement d’opposition, et ainsi la France est mêlée à l’Histoire de l’Iran assez intimement.

Et je pense que c’est pour cette raison que nous, députés de l’Allier, avec quelques autres qui ne sont pas là, nous avons beaucoup bourlingué, beaucoup bataillé pour défendre les Moudjahidine du peuple d’Iran. Pour ma part, je me souviens d’être redescendu dans l’arène lorsque, député pour la deuxième fois, à la période Khatami, on essayait de nous vendre un adoucissement du régime. On nous disait : ça y est, ils se réforment de l’intérieur, il faut faire un geste pour eux.

Alors, à dire vrai, la gauche comme la droite peut battre sa coulpe sur ces dossiers. Car, ce sont les Démocrates américains qui ont inscrit les Moudjahidine sur la liste des organisations terroristes et beaucoup de Républicains se sont bagarrés pour qu’elle n’y soit pas, et les Républicains sont là aussi, les Démocrates sont là aussi. Donc, si vous voulez, on aperçoit par cela que très tôt les partis politiques ont été un peu dépassés par leur troupe.

Donc, nous nous sommes retrouvés à défendre, à défendre les Moudjahidine du Peuple d’Iran à cette époque, et la France en avait rajouté une louche, si je puis dire, puisqu’on avait ouvert une information contre Madame Radjavi et quelques autres pour des faits de terrorisme.

Et ça n’est pas la droite qui avait ouvert l’information, c’est un gouvernement de gauche ; certes c’est la droite qui a donné toute sa mesure en vous faisant arrêter. Mais la gauche était également responsable de ce qui se passait. Et il était normal que droite et gauche, tous les partisans de la défense des libertés, se soient unis pour vous défendre Madame, vous et ce que vous représentiez. Car à la fois il y avait d’autres personnes qui étaient arrêtées, il y avait des gens qui, dans la rue, étaient terrorisés à l’idée d’être expulsés.

Je me souviens de conversation avec cette personne qui avait tenté de s’immoler par le feu et qui expliquait : « Mais pour moi, vous vous rendez compte, une partie de ma famille a été tuée, et j’apprends d’un seul coup que ce pays dans lequel je suis réfugiée, va nous expulser vers l’Iran. Je voulais signifier très fortement que je m’opposais à cela. » Et vous savez ce qu’a fait une partie de l’opinion publique, on a accusé les Moudjahidine d’avoir suscité ces faits et d’être une secte. C’était un des grands thèmes pendant un certain nombre d’années contre lesquels nous nous sommes élevés. Et contre lesquels s’est fort heureusement élevé Alain Vivien qui était le spécialiste de la lutte contre les sectes et qui s’est beaucoup engagé à vos côtés. Voilà, j’en ai terminé sur ce qui me paraissait important de dire sur le passé.

Maintenant vous n’êtes plus inscrits sur les listes d’organisations terroristes, vous êtes reconnus comme une organisation normale, une organisation importante, une organisation la plus importante qui existe à l’extérieur, maintenant vous avez très clairement dit quelles sont vos intentions et vous avez très fortement indiqué comment vous pensez arriver au pouvoir, puisque c’est de cela un peu qu’il s’agit. Je me souviens de vous avoir entendue dire, Madame Radjavi, que ce que vous souhaitiez, c’est qu’il y ait des élections non truquées en Iran, tout simplement. C’est-à-dire des élections qui pourraient être, par exemple, contrôlées par les organisations internationales. Et qui dit des élections non truquées en Iran nous ramène à quelque chose de l’Histoire de l’Iran qui est important, c’est la constitution iranienne.

Les Iraniens depuis très longtemps souhaitent avoir une constitution. Depuis 1906, ils essayaient d’en avoir une, et ils n’en ont pas eu … Ils ont été sur le point d’en avoir une lorsqu’il y a eu la révolution, et Khomeiny a confisqué le mouvement démocratique au profit de l’aristocratie – car c’est de cela qu’il s’agit – des ayatollahs, qui sont, à la différence des cardinaux chez nous, se reproduisent entre eux et héritent de grandes fondations. Donc c’est une aristocratie qui en réalité a confisqué le pouvoir et qui a imposé un système extravagant que même le Vatican n’aurait pas osé pratiquer, celui qui dit que le chef suprême est directement en contact avec Dieu et peut dire que tel peut se présenter aux élections ou ne peut pas, tel a été élu normalement ou pas.

C’est ce principe contre lequel s’était élevé Massoud Radjavi. C’est là la chose qu’il faut obtenir. Il faut obtenir que dans ce pays il y ait une constitution normale. En réalité c’est la voix du peuple qui devra donner la légitimité, comme vous le dites toujours.

Alors, bien entendu, nous sommes également sensibles à tout le reste qui va de soi. C’est-à-dire l’égalité de l’homme et de la femme, c’est-à-dire la laïcité qui est un problème central en Iran mais dans le monde entier aujourd’hui, c’est cela qui fait que les pays évoluent ou régressent. Dans tous les pays où les femmes ont été élevées normalement, ont accédé à la culture, beaucoup de choses se règlent. L’économie même dépend en quelque sorte de ces libertés. Nous le savons tous, Madame. Et c’est parce que nous croyons à cela que nous vous défendons, parce que vous êtes un beau symbole de ce combat. Voilà les quelques mots que je voulais dire. Donc je vous souhaite bonne route dans votre combat.

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