mardi, décembre 6, 2022
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« Aucune raison juridique d’envahir l’Irak »

Deuxième Guerre du Golfe : Rencontre avec Wes Martin, ancien patron du contreterrorisme des forces de la coalition

L’Est Républicain, 5 juillet – Le colonel américain Wes Martin pointe la responsabilité de son pays comme celle de l’Iran dans le maintien au pouvoir du Premier ministre chiite irakien accusé de tous les maux.

Wes Martin était à Paris voici quelques jours. Le colonel de l’armée américaine à la retraite répondait ainsi à l’invitation de la Résistance iranienne, forme de gouvernement en exil en France dirigé par Mariam Radjavi, qui organisait un grand rassemblement à Villepinte autour de la situation en Irak et du rôle joué dans cette crise par le régime des mollahs iraniens.

Comment percevez-vous les événements qui secouent actuellement l’Irak ?
Le régime de l’actuel Premier ministre chiite Al-Maliki est une menace beaucoup plus grande que le gouvernement ne semble le comprendre. Ce qui se passe actuellement, c’est que l’entrée de djihadistes internationaux a attiré l’appui des habitants des provinces du nord et de l’ouest, la base de la population sunnite. Autant de communautés et de tribus qui se sont révoltées contre la corruption et les génocides orchestrés à leur encontre par Nouri Al Maliki. Ce ne sont pas des extrémistes religieux. Des djihadistes comme l’EIIL se sont immiscés mais pas aussi largement qu’ils le revendiquent. L’EIIL est une petite minorité qui combat Maliki. Cependant, elle reçoit le plus d’attention, en partie en raison de ses propres revendications, mais aussi en raison des déclarations de Maliki et de l’administration Obama.

Pourquoi jugez-vous que le chef du gouvernement irakien s’avère finalement la principale menace ?
Il est train d’armer les civils et les milices pour défendre Bagdad et le Sud chiite. Sa propre armée a prouvé un manque total de discipline avec des milliers de soldats fuyant devant quelques centaines d’adversaires à Mossoul, Kirkouk ou Tikrit. Maliki crée des foules armées, ce n’est plus qu’une question de temps avant que la terreur s’installe si aucune mesure n’est prise. La guerre civile en Irak a déjà commencé. Et s’il continue à échapper à tout contrôle, ce bouleversement ne s’arrêtera pas à l’Irak.

Ceci ne signe-t-il pas, aussi, l’échec de l’intervention américaine ?
La situation en Irak est le résultat direct de l’échec des Etats-Unis en Irak. Tout d’abord, nous n’avions aucune raison juridique d’envahir l’Irak. Il a été amplement démontré que l’administration Bush avait accès aux renseignements disponibles, ou avait les moyens d’obtenir les renseignements comme quoi Saddam n’avait pas d’armes de destruction massive. Bush n’aurait jamais dû écouter les amis de son père, encore moins les placer à des postes supérieurs au gouvernement. L’administration Obama n’a pas fait mieux. Petraeus (ancien commandant de la coalition en Irak, NDLR) a gagné la guerre, Obama a perdu la paix. Maliki a utilisé l’administration Obama pour obtenir ce qu’il voulait. Quand ça l’arrangera, Maliki mettra Obama de côté et se tournera vers Poutine.

La paix est-elle encore possible ?
Il existe une solution potentielle, mais pas tant que le Premier ministre ne s’engagera pas à respecter la constitution irakienne, à accepter la limite obligatoire de deux mandats et à se retirer du gouvernement. Cela comprend d’abandonner ses postes de ministre de la Défense et de l’Intérieur. Mais ce sera difficile parce qu’il sait qu’une fois abandonné le pouvoir, il sera poursuivi en justice et accusé de crimes contre l’Humanité. Il a travaillé dur pour devenir le dictateur absolu de l’Irak. Il est un pantin du gouvernement iranien et s’est servi du gouvernement américain pour soutenir ses violences. La solution doit être politique, l’usage seul de la force militaire ne fera qu’empirer les choses. Reste que plus cela prendra de temps, plus ce sera difficile. L’EIIL se renforce et doit être expulsé d’Irak. Ceux qui peuvent le faire sont les chefs de tribus sunnites et les dirigeants communautaires.

Recueilli par Sébastien MICHAUX

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