mercredi, février 8, 2023
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Au c’ur des débats : la question du libre-arbitre

France Info, 16 octobre – Le tribunal rendra son jugement le 21 novembre. Deux ans de prison avec sursis ont été requis à Paris contre deux Iraniens qui comparaissaient pour « provocation au suicide ». Le jugement concernant Mahmood Aalami, 55 ans, et Hossein Amini Gholipour, 51 ans, qui comparaissaient libres devant le tribunal correctionnel de Paris, a été mis en délibéré au 21 novembre. Deux ans de prison avec sursis ont été requis contre les deux accusés mais ils risquent jusqu’à trois ans de prison et 45.000 euros d’amende.

 

Au cœur des débats : la question du libre-arbitre des prévenus, militants de l’Organisation des Moudjahidines du peuple (OMPI, opposants iraniens).

Compte-rendu d’audience : Jean-Philippe Deniau

Pour condamner, le tribunal doit prouver que non seulement les deux prévenus ont fourni à la victime les moyens de se suicider, mais aussi qu’ils l’ont convaincue de le faire. Ici le tribunal a bien une vidéo surveillance qui montre les deux hommes en train d’acheter un bidon rouge de 5 litre d’essence à 12h38 à la station Total du boulevard de Grenelle, il n’a pas la preuve que ces deux hommes ont eu besoin de convaincre la victime de s’immoler.

Alors le tribunal cuisine les trois autres immolés du 18 juin 2003, ceux qui ne sont pas morts. Mohammad raconte que sa femme a été assassinée par le pouvoir en Iran. Tous comme cinq de ses amis, que sa belle soeur et lui-même ont été torturés, avant de prendre la fuite. Alors quand il a été arrêté, le 17 juin, à Auvers-sur-Oise, il a cru que le cauchemar allait recommencer, que tous ses compatriotes aller être extradés.

« J’ai voulu devenir un martyr et que le monde entier le sache », assure Mohammad. Avec la même assurance, Marzieh raconte sa garde à vue à Cergy, qui s’est terminée avec une convocation à la préfecture, pour un re-examen de son droit d’asile politique. « Pour moi ‘‘extradition’’ égale ‘‘torture’’ » jure Marzieh. « Et ce serait une offense de penser que j’ai eu besoin de quelqu’un pour décider de me suicider. »

Les réfugies iraniens vont recevoir devant ce tribunal le soutien remarqué de l’ancien patron de la DST qui désapprouve totalement et publiquement la rafle du 17 juin 2003. C’est lui qui emploi le terme de rafle. « On a arrêté ce jour-là non pas des terroristes, mais des résistants », assure Yves Bonnet.

– Yvs Bonnet : « Ils ont la caractéristique d’une organisation de résistance, ou alors de mot de résistance ne signifie plus rien. Il faut le sortir du vocabulaire. »

– Est-ce que l’opération de 17 juin 2003, selon vous, était justifiée?

– «Moi, j’ai exprimé à l’époque les plus grands réserves quant à cette opération et je maintiens ce que j’ai dit. En plus si vous voulez, le caractère de grand rafle avec ce déploiement de force, ça ne fait plus trop démocratie française.»

En résumé si ce tribunal ne trouve pas la preuve que les deux prévenus ont exercé un contrainte morale sur leur compatriote qui s’est immolée par le feu, il devra relaxer.

Les faits remontent au 18 juin 2003. Plusieurs militants de l’organisation des Moudjahidine du peuple iranien venaient d’être arrêtés en région parisienne. D’autres sympathisants, venus les soutenir, n’avaient pas hésité à s’immoler par le feu devant le siège de la DST en plein Paris. Une femme avait succombé à ses brûlures. Deux personnes ont survécu à leurs blessures.