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Le simulacre de procès du régime iranien se transforme en campagne de censure

Le simulacre de procès du régime iranien se transforme en campagne de censure
Scène de la 31e audience du procès par contumace des membres de l’OMPI, tenue le 15 avril 2025 à Téhéran

Selon sa propre version officielle, le régime clérical de Téhéran a tenu la 46e audience d’un procès collectif par contumace contre 104 membres de la Résistance iranienne.

Officiellement, l’affaire porte sur le « terrorisme ». En réalité, la dernière audience a révélé tout autre chose : un régime apeuré instrumentalisant son système judiciaire pour s’en prendre à une chaîne satellitaire d’opposition en Europe, menacer la France de poursuites judiciaires et réécrire l’histoire de ses propres crimes.

Quand un juge se prend pour un lobbyiste du satellite

Le plus frappant lors de cette audience n’était pas la répétition d’accusations vieilles de plusieurs décennies, mais l’obsession du juge pour Simaye Azadi, une chaîne de télévision par satellite affiliée à la résistance iranienne.

Au lieu de s’en tenir aux accusations, il s’est lancé dans un long discours sur :

  • les lois européennes et françaises sur les communications,
  • l’opérateur français Eutelsat et ses satellites Hotbird,
  • l’ARCOM, l’autorité française de régulation des médias, et
  • les raisons pour lesquelles, selon lui, la France devait cesser d’autoriser Simaye Azadi à émettre.

Il a même cité le cas d’al-Manar, précédemment retirée des satellites contrôlés par la France, et a soutenu que la France devait traiter Simaye Azadi de la même manière, car elle appartenait, selon ses termes, au « premier accusé » dans ce procès.

Réfléchissez un instant : un tribunal pénal de Téhéran instrumentalise un prétendu procès pour terrorisme afin d’adresser un message politique à une démocratie étrangère et d’exiger la censure d’une chaîne de télévision d’opposition hors des frontières iraniennes.

Si la Résistance était marginale et insignifiante, la justice du régime consacrerait-elle son temps à donner des leçons à Paris sur les liaisons satellitaires et les obligations légales d’ARCOM ? Transformerait-elle un procès national en une campagne de pression ouverte sur la France pour faire taire une chaîne ?

Voilà le comportement d’un État qui sait qu’il perd la bataille de l’information sur son propre territoire et qui craint le pouvoir d’organisation que représente une voix indépendante, diffusée à l’échelle nationale et jusque dans les foyers iraniens.

Exporter la censure sous couvert de « lutte contre le terrorisme »

L’argument du juge était simple et dangereux : puisque le régime clérical qualifie la Résistance de « terroriste », les gouvernements européens doivent considérer toute plateforme qu’elle utilise comme une violation des conventions antiterroristes.

Bien entendu, il n’est fait aucune mention du fait que les tribunaux et gouvernements européens et occidentaux ont déjà examiné ces allégations et retiré la Résistance de leurs listes d’organisations terroristes. Ces batailles juridiques sont tout simplement passées sous silence. La désignation du régime est présentée comme la seule réalité qui compte, et l’Europe est sommée de s’y conformer.

Autrement dit, Téhéran tente d’exporter sa liste noire dans le droit européen, non par la voie diplomatique, mais par le biais d’un juge lors d’un procès-spectacle.

Réécrire le massacre de 1988 par peur de la justice

Le procès a également abordé un autre sujet révélateur : le massacre des prisons de 1988, au cours duquel des milliers de prisonniers politiques – en grande majorité membres de l’Organisation des Moudjahidines du peuple d’Iran (OMPI/MEK) – ont été exécutés suite à une fatwa secrète.

Les représentants du régime tentent désormais de rebaptiser les tristement célèbres « commissions de la mort » en « comités d’amnistie ». Ils affirment que les prisonniers ont été généreusement graciés sans même avoir à se repentir, qu’il leur a simplement fallu « annoncer qu’ils n’appartenaient plus à l’organisation ». Ils vont même jusqu’à opposer cette « clémence » fabriquée de toutes pièces aux massacres de masse de l’histoire européenne, comme si la dictature cléricale pouvait se présenter comme un modèle de justice humanitaire.

Ce discours ne vise pas le peuple iranien. Il connaît trop de victimes, trop de familles qui n’ont jamais revu les corps de leurs proches, trop de tombes anonymes.

Il vise la communauté internationale

Pourquoi ? Parce que les survivants et la Résistance ont entretenu le souvenir de 1988. Des noms ont été recensés. L’emplacement des charniers a été révélé. D’anciens responsables ont été identifiés. Des affaires ont déjà été portées devant les tribunaux européens. Des experts de l’ONU évoquent désormais ouvertement les massacres de 1988 comme de possibles crimes contre l’humanité.

Dans ce contexte, la nécessité pour le régime de transformer les bourreaux en « membres d’une commission d’amnistie » ne relève pas d’une simple curiosité historique. C’est une véritable panique juridique.

Le crime de la Résistance, aux yeux du régime, n’est pas seulement de continuer à s’organiser. C’est son insistance à nommer les crimes du passé et à réclamer justice au regard du droit international. Ce simulacre de procès, avec son révisionnisme grotesque, fait partie d’un rempart contre cette justice.

Ce que le régime cherche réellement à obtenir
Si l’on fait abstraction de la propagande et des slogans, le tableau est clair.

Dans ce prétendu tribunal, le régime clérical ne juge pas réellement 104 personnes absentes. Il juge :

  • Une chaîne de télévision qui brise le monopole d’État sur l’information et diffuse des images de manifestations, d’unités de résistance et de soulèvements.
  • Une alternative politique qui remet en question l’argument favori du régime auprès des gouvernements étrangers : « C’est nous ou le chaos.»
  • Un souvenir de massacre qui refuse de s’éteindre et qui s’exprime de plus en plus dans le langage du droit pénal international.

Voilà ce dont il est question lors de cette 46e audience. Non pas de justice. Non pas de sécurité. Mais de peur.

Un message aux démocraties occidentales :

Le régime clérical ne peut vaincre la Résistance organisée dans une compétition politique ouverte. Il ne peut répondre aux aspirations du peuple iranien à la liberté, à l’égalité et à la fin du pouvoir clérical. Le régime recourt donc, une fois de plus, à la propagande, aux fausses informations, aux prisons et au brouillage des satellites – et maintenant, à des « avertissements » publics adressés aux capitales occidentales.

Un régime qui exige 46 audiences, un procès par contumace de masse et une campagne contre une seule chaîne satellitaire en dit long sur lui-même.

Il manque de confiance. Il est vulnérable.

Il craint sa résistance organisée – et le jour où il devra rendre des comptes.