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Geoffrey Robertson : ce qui est arrivé en 1988 est un crime contre l’humanité – Vidéo

Geoffrey Robertson : ce qui est arrivé en 1988 est un crime contre l’humanité

CNRI – New York, les Nations Unies, mardi 20 septembre, Goeffrey Robertson, un avocat des droits de l’Homme renommé, universitaire, auteur et animateur, a participé à une manifestation organisée par l’organisation des communautés Iraniennes américaines aux États-Unis, pendant laquelle des milliers d’Iraniens américains ont fortement critiqué la visite du président du régime iranien, Hassan Rohani, aux Nations Unies. Ils ont également demandé au Conseil de sécurité de l’ONU d’examiner minutieusement le massacre choquant de 30 000 prisonniers politiques en Iran en 1988, vue comme le plus grand carnage depuis la Seconde Guerre mondiale.

Voici ci-dessus le texte intégral du discours de M. Geoffrey Robertson: 

 

Mesdames et messieurs, c’est un grand privilège d’être ici, et ici, dans l’ombre des Nations Unies qui a énormément de travail à faire, laissez-moi expliquer rapidement pourquoi.

La tuerie de prisonniers est le pire de tous les crimes de guerre, et cela, depuis des centaines d’années. Les prisonniers sont complètement à la merci de l’État. C’est pour cette raison que les lois internationales, depuis le 15e siècle, protègent particulièrement les prisonniers de guerre, par exemple, dans Shakespeare, Henry V, en ces temps, vous ne pouviez pas tuer de prisonnier. Le code liber en 1863 aux États-Unis, un code de guerre américain, rend absolument criminel de tuer un prisonnier qui se rend. La convention de Genève en 1949, la base des lois internationales, codifie le meurtre d’un prisonnier comme un crime international.

Il y a eu depuis lors, depuis la Seconde Guerre mondiale, il y a eu 3 exemples odieux et hideux de cela.

Le premier est l’armée japonaise qui a marché, marché vers la mort, sur 7000 soldats américains jusqu’à leur mort en 1946. Ce qui est arrivé aux commandants japonais qui ont ordonné ce crime, c’est qu’ils ont été jugés, emprisonnés et exécutés.

Le second exemple est celui de Srebrenica en 1992, où 7000 musulmans, hommes et enfants, ont été tués. Qu’est-il arrivé aux commandants qui ont donné mes ordres à Millovech et Karadzic ? Ils sont jugés à La Haye en ce moment. Ils ont été punis et seront punis.

Le troisième exemple, le pire de tous, est arrivé en 1988, lorsque des milliers de centaines de prisonniers, qui étaient d’abord des membres du MEK, puis des athées, des communistes et des libéraux ont été arrêtés. C’était des gens qui étaient en prison pour leur opinion politique, beaucoup d’entre eux avaient purgé leur peine, ils avaient été arrêtés en 1981 et ont été maintenus en prison malgré cela. Ils ont été tués monstrueusement et c’est pourquoi ce crime n’a jamais été puni. Aucune enquête n’a jamais été faite, excepté celle que j’ai faite sur les ordres de la fondation Boroumand il y a quelques années.

J’ai voyagé dans toute l’Europe pour rencontrer des survivants de cette période. Des personnes qui étaient en prison, mais qui se sont échappées ou qui ont réussi à éviter l’exécution. Laissez-moi vous lire les conclusions de mon rapport.

À la fin du mois de juillet 1988, alors que la guerre avec l’Irak touchait à sa fin, les prisons en Iran qui étaient pleines d’opposants ont été fermées. Toutes les visites des familles ont été annulées, les télévisions et les radios éteintes. Les prisonniers étaient en confinement dans leur cellule et on leur interdisait toute sortie pour faire de l’exercice ou pour aller à l’hôpital. Les seules visites autorisées étaient celles en turban et avec la barbe, qui venaient en BMW du gouvernement, des juges religieux, du procureur public et des chefs des services secrets. Devant eux ont défilé brièvement et individuellement, presque chaque prisonnier, et puis des milliers de ceux qui étaient emprisonnés pour appartenance au MEK.

La délégation posait une seule question à ces jeunes hommes et femmes, pour la plupart détenus depuis 1981, pour seulement avoir pris part à des manifestations ou la possession de journaux politiques, et bien qu’ils ne le sachent pas, leur vie dépendait de leur réponse. Ceux dont la réponse et les preuves étaient toujours affiliés au MEK, se retrouvaient les yeux bandés et on leur ordonnait de rejoindre la ligne pour la potence. Ils étaient pendus par 4 ou par groupe de 6, des cordes de la potence en première ligne, et d’autres étaient emmenés dans des baraquements de l’armée pendant la nuit, on exigeait qu’ils donnent leurs dernières volontés, puis ils étaient fusillés. Leur corps était pulvérisé de désinfectant, embarqué dans des camions réfrigérants et enterré dans des tombes collectives.

Des mois plus tard, on donnait à leurs familles, désespérées de ne pas avoir de nouvelles concernant leurs enfants, un sac plastique avec les quelques possessions de leurs proches et on leur refusait toute information sur le lieu de la tombe, et on leur interdisait de pleurer leur mort en public. À la mi-août 1988, des milliers de prisonniers avaient été tués de cette manière par l’État. Sans procès, sans appel et sans merci.

Et mon rapport était une conclusion sur les faits. Et mon rapport a été publié en livre : les mollahs sans pitié. Ce manque de pitié a continué et grâce à l’intervention de Montazeri, et nous avons récemment eu un enregistrement de comment il a dit à Nayyeri et Pour Mohammadi ainsi qu’aux procureurs qu’ils apportaient la honte pour toujours sur l’Iran. En tuant ces prisonniers. Grâce à son intervention, il y eut une accalmie de deux semaines, mais les tueries ont continué, le massacre de marxistes et de tous les communistes et de tous ceux qui étaient soupçonnés de Mohareb, c’est-à-dire d’ennemis de l’État, ou alors ceux qu’on suspectait de ne pas adorer Dieu de la même façon que les mollahs.

Et donc, à la fin de la journée, vous avez le pire crime de guerre de l’histoire moderne. Et qu’est-il arrivé ? Pourquoi tous ces gens occupent-ils encore un haut poste dans le régime iranien ? Le ministre de la Justice était un des juges du comité de la mort, Pour Mohammadi, Ardebili, Nayyeri. Ils occupent tous de hauts postes. Il y a 50-60 personnes qui étaient profondément impliquées dans le massacre de prisonniers innocents, qui ont maintenant le contrôle de l’État. Le Guide suprême était président à ce moment-là, il a donné les ordres. C’est un meurtrier de masse. Rohani, que faisait-il d’août à octobre 1988 ? Il était l’assistant de Rafsanjani, qui était lui-même très impliqué.

Il est temps pour Rohani, qui est ici, d’expliquer ce qu’il faisait. Car le problème et la raison pour laquelle c’est approprié d’être ici sont que l’ONU détourne les yeux. En 1988, en 1989, elle savait. Le New York Times en septembre, bien que le régime a essayé de le cacher, le New York Times a rapporté le cas des tombes de masse qui étaient remplies de centaines de corps de prisonniers. Donc cela était connu des Nations Unies, malheureusement, elles avaient un représentant spécial pour l’Iran.

C’est malheureusement un diplomate naïf, une personne qui était complètement bouche bée devant le gouvernement iranien, les croyait – en fait, lorsqu’ils l’ont laissé aller dans la prison d’Evine, il y avait un concert, oui il y avait un groupe, tout comme les nazis avaient fait visiter les camps de concentration accompagnés d’un groupe jouant de la musique, ils ont joué de la musique pour le représentant naïf et inutile de l’ONU. Ils avaient des acteurs habillés en prisonniers pour leur dire que la nourriture était excellente, et cet idiot l’a mis dans son rapport. Et le pire, c’est qu’il n’a jamais rencontré l’homme qui l’a invité en Iran, l’homme qui souhaitait lui dire la vérité. L’homme il y a tant d’années, dont la voix a été récemment publiée, l’homme qui voulait lui dire la vérité.

L’Ayatollah Montazeri n’a pas eu la permission de rencontrer le représentant des Nations Unies. Et le représentant pathétique de l’ONU n’a pas exigé à le rencontrer et n’a pas couvert les massacres dans son rapport. L’ONU est en tort, en 1988 et en 1989, elle a détourné les yeux du pire crime de guerre de tous. Et désormais nous avons en Iran les responsables de ces crimes toujours au pouvoir, qui a le plus d’exécution par rapport à n’importe quel autre pays, qui poursuit toujours sa brutalité, et ce, au cœur de son système. Le dernier exemple, laissez-moi mentionner le cas de Nazaneen Radcliff, la travailleuse sociale à la double nationalité innocente, qui a ramené son enfant de six mois à Téhéran pour le présenter à ses parents.

Elle a été arrêtée avec son bébé à l’aéroport, accusée d’espionnage, une accusation ridicule, complètement fausse. Jugée secrètement en 5 minutes et condamnée à 5 ans d’emprisonnement la semaine dernière. C’est un exemple de la cruauté qui continue quotidiennement en Iran. Et pourquoi le Royaume-Uni ne proteste-t-il pas ? C’est le problème. Le gouvernement lâche et pathétique britannique ne fera pas face aux mollahs, pas un soubresaut de protestation, pas de demande pour que son mari puisse lui rendre visite, pas de demande pour que le Conseil britannique puisse lui rendre visite.

L’Iran brise le droit international en leur refusant ce droit. Mais vous voyez que British Airways commence à proposer des vols vers l’Iran, les entreprises britanniques essaient de faire des affaires avec l’Iran, de faire de l’argent avec l’Iran. C’est ce qui se passe quand vous négligez les droits de l’Homme. Et le président Obama et les États-Unis ont négligé ces droits lorsqu’ils ont négocié avec l’Iran pour lever des sanctions. Ce qui nous aurions dû avoir est l’insistance pour que l’Iran abandonne et permette une enquête contre les responsables du massacre de 1988 et le régime aurait dû changer sa politique inhumaine. Mais pour les négociants, cela n’a pas compté. Et ils sont à blâmer.

Donc laissez-moi finir en disant ceci, ce qui est arrivé en 1988 est un crime contre l’humanité. Les crimes contre l’humanité sont des choses hideuses. Ils ne peuvent pas être oubliés ou pardonnés. C’est un devoir pour la communauté internationale, représentée par les Nations Unies, de prendre des mesures. Ça l’est également pour la Cour pénale internationale, car elle ne peut traiter que des évènements ultérieurs à 2002, mais c’est parfaitement possible pour l’ONU et le Conseil de sécurité, et il devrait le faire maintenant, il devrait mettre en place un tribunal international ad hoc, comme celui pour la Sierra Leone, dont j’étais le président, ou pour celui du Cambodge. Afin d’enquêter et de punir ceux qui sont coupables du massacre de 1988. C’est le devoir du Conseil de sécurité, c’est son devoir maintenant, le président Rohani est là. Il doit y avoir quelque chose contre ce crime contre l’humanité, il doit y avoir une enquête, il doit y avoir une sentence.