vendredi, janvier 27, 2023
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Les événements qui ont marqué l’Iran en 2013

Par Mohammad Mohadessine, président de la commission des affaires étrangères du CNRI

CNRI – Pour le régime des mollahs et le peuple iranien, 2013 a été l’une des années les plus mouvementées depuis le renversement du chah, théâtre de leur confrontation implacable sur tous les fronts. Elle a préparé le terrain à une année d’évolutions décisives et capitales en 2014.

2013 avait commencé par une crise économique aggravée. La monnaie du pays avait chuté brutalement et les sanctions étranglant un système politique et économique corrompu et incurable ont conduit le pays au bord de la faillite, avec un taux de chômage de plus de 20 % et une inflation sans précédent de 50 %.

La brèche au sein du régime s’est élargie, tandis que des indicateurs économiques, sociaux et politiques au rouge faisaient souffler un vent de panique dans un pouvoir effrayé par un soulèvement social incontrôlable déclenché par la Résistance organisée.

Ces dangers objectifs ont influencé et dirigé la politique officielle, en particulier celle du Guide suprême des mollahs Ali Khamenei, qui peut être classée dans les six domaines suivants :    

1 – Pour éviter une explosion populaire et apaiser les fidèles de la dictature religieuse durant la mascarade présidentielle, Khamenei a cédé en autorisant l’élection d’Hassan Rohani, loin d’être son favori. La crainte d’un soulèvement était si grande que Khamenei a choisi d’en rester au premier tour pour éviter les vagues sociales de l’entre deux tours. Mais cette décision a fait mûrir la polarisation au sein du pouvoir, au point d’affaiblir la position du guide, et de promettre des événements dangereux pour l’avenir. Quelques mois après le scrutin, cette polarisation apparait clairement.  

2 – La même dynamique qui a poussé Khamenei à accepter Rohani, l’a également contraint à un recul prudent dans ses projets atomiques. Le projet d’armement nucléaire, dont le monde a appris l’existence en 2002 grâce aux révélations de la Résistance iranienne – mais qui en raison de la politique de complaisance des grandes puissances dans ses premières années n’a suscité aucun reproche international – s’est maintenant transformé en nœud coulant pour le régime. Les sanctions et l’isolement international, et pire encore, la probabilité d’une attaque militaire l’ont mis le dos au mur.

C’est grâce à cette dynamique que les négociations secrètes entre les mollahs et les États-Unis en 2011 et 2012, sont passés à une vitesse supérieure en 2013, pour aboutir à un accord à Genève avec les 5+1 le 24 novembre. Bien que cet accord, en raison de la faiblesse américaine, offre des concessions inacceptables à Téhéran, il aura néanmoins des conséquences sérieuses pour le régime. Si les mollahs espèrent écarter la menace militaire et desserrer l’étau des sanctions en signant cet accord, ils savent cependant que ce recul – comparé à un calice de poison dans les cercles dirigeants – aura pour conséquence d’approfondir ses crises internes et d’allumer la mèche de l’explosion sociale. Par conséquent, ils tentent de minimiser les dégâts en employant des tactiques dilatoires en vue de gagner du temps.

3 – Khamenei est assez clairvoyant pour comprendre que l’arrivée de Rohani et l’accord de Genève approfondiront, à la prochaine étape, la crise du régime et son antagonisme avec le peuple. Il a donc redoublé d’efforts pour détruire l’opposition organisée. Le régime a toujours considéré l’Organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI) comme sa principale menace. La situation devenant de plus en plus difficile, il considère désormais l’élimination de l’OMPI comme la mesure préventive la plus efficace pour éloigner le danger qui menace sa survie.

Quand, en 1988, le régime avait avalé la « coupe de poison» en acceptant le cessez-le-feu dans la guerre Iran- Irak, il avait compensé cette mesure par le massacre de 30.000 prisonniers politiques, dont une grande majorité était de l’OMPI. Ainsi, son projet d’anéantir politiquement et physiquement cette résistance a pris une nouvelle dimension en 2013. La dictature pensait qu’en déplaçant l’OMPI d’Achraf à la prison du camp Liberty, en faisant monter la pression sur ses habitants, et en manipulant le gouvernement irakien et des individus comme Martin Kobler, il pouvait effectivement écarter la menace. Or un an après l’amorce du processus de réinstallation (février 2012), les mollahs ont compris leur erreur, cette Résistance étant toujours sur pied. Par conséquent, ils ont décidé de contraindre le gouvernement irakien à lancer des attaques à la roquette sur le camp Liberty, en dépit des garanties de protection que Bagdad avait données.

La série de quatre attaques meurtrières à la roquette en 2013 poursuivait deux objectifs. Entamer le moral de l’OMPI et remonter à la surface celui de ses propres forces. La troisième attaque à la roquette, le 15 juin, a coïncidé précisément avec la confirmation de l’élection d’Hassan Rohani. C’est pourquoi Khamenei, qui était extrêmement préoccupé par la situation en Syrie et une possible attaque américaine sur Bachar Assad, et qui se préparait parallèlement à signer l’accord de Genève, a envoyé Qassem Soleimani, commandant de la Force terroriste Qods des pasdaran, voir le premier ministre irakien Nouri Maliki pour préparer un raid d’envergure contre Achraf (le 1er septembre). Une atrocité qui est sans conteste un crime contre l’humanité et que la propagande officielle a qualifiée de « victoire majeure ».

4 – Le massacre ne s’est pas limité à Achraf et Liberty. Alors que Rohani distribuait sourires et poignées de mains à New York, la répression en Iran a atteint un nouveau sommet. Entre la fin de la mascarade électorale du 15 juin et la fin de l’année, le nombre des pendaisons a grimpé à 450, dont beaucoup de prisonniers politiques. Quatre cent cinquante exécutions est le chiffre le plus élevé par rapport à des périodes similaires, notamment la première moitié de 2013. Les châtiments barbares comme les amputations se sont poursuivis sans relâche. Le message était simple : les gens ne devaient pas interpréter l’élection de Rohani ou l’accord de Genève comme un signe de faiblesse pour déclencher des protestations ou rejoindre la Résistance organisée.

5 – L’élimination de la résistance exigeait de préparer le terrain politique. A cet effet, et dès les premiers mois de 2013, le ministère iranien du Renseignement (le Vevak), a déversé des sommes astronomiques dans une campagne de diabolisation de l’OMPI, en particulier en Europe. Il a fait passer des agents de renseignement pour d’anciens membres de l’OMPI dans le but d’accréditer l’idée d’une scission au sein du mouvement ou du CNRI pour justifier ses propres atrocités inhumaines à Achraf et Liberty.

6 – L’extension du bellicisme régional du régime. La chute de Bachar Assad ou la perte de l’hégémonie sur l’Irak sont autant de cauchemars pour le régime. Au même titre qu’un soulèvement populaire. Perdre la Syrie et l’Irak serait un coup terrible pour les pasdaran. La famille Assad a été le plus important allié de Téhéran offrant un couloir d’accès au Liban et à la Méditerranée. Le régime a pratiquement occupé l’Irak grâce à Maliki, qui a obtempéré avec zèle aux ordres de Khamenei et de Ghassem Soleimani contre l’OMPI, tout en fournissant le meilleur moyen de contourner les sanctions, et une base idéale d’exportation du terrorisme et de l’intégrisme dans le monde arabo-islamique.

Ainsi, en 2013 le nombre des pasdaran en Syrie, au Liban, au Yémen et en Irak a-t-il augmenté de façon dramatique. Les mollahs veulent utiliser leur présence dans la région comme un atout dans leurs rapports de forces internes et leurs négociations nucléaires avec la communauté internationale.

Compenser le recul nucléaire avec le massacre de l’OMPI et l’escalade des exécutions

La stratégie du régime en 2013 a donc consisté à compenser l’accord sur le nucléaire et la présidence de Rohani, avec l’élimination de l’OMPI et de la Résistance iranienne, davantage de répression dans le pays, et le développement de l’ingérence et du bellicisme à l’étranger. Pour faire avancer cette stratégie, le régime a compté sur un élément clé : que la communauté internationale, qui cherche à faire aboutir les négociations, ferme les yeux sur les crimes du régime à Achraf-Liberty et en Iran, ainsi que sur son ingérence en Syrie et en Irak.

Ce n’est un secret pour personne que le régime, ouvertement ou en coulisses, a toujours lié le progrès dans les négociations nucléaires avec l’attitude de l’Occident envers l’OMPI et la Résistance iranienne. Dans les accords scandaleux d’octobre 2004 avec la troïka européenne et révélés par l’AFP, les Européens avaient promis à Rohani, qui était à l’époque secrétaire du Conseil suprême de la sécurité nationale, qu’en échange de la suspension de l’enrichissement de l’uranium, l’UE maintiendrait l’OMPI sur la liste du terrorisme. L’affaire était si scandaleuse que la troïka avait immédiatement retiré ce document et tenté de se justifier. Lorsque la Cour d’Appel du Royaume-Uni, POAC, a statué pour retirer de l’OMPI de la liste noire, le Wall Street Journal écrivait le 7 mai 2008 : «Les responsables iraniens font depuis des années de la répression de l’OMPI une priorité dans leurs négociations avec les gouvernements occidentaux sur le programme nucléaire de Téhéran et d’autres points, ont déclaré des diplomates proches de ces pourparlers ».  

En outre, le régime des mollahs et son gouvernement vassal en Irak, capitalisent sur la politique extrêmement irresponsable des États-Unis, en particulier au Moyen-Orient. Si Washington avait respecté ses engagements juridiques vis-à-vis des habitants d’Achraf, il n’aurait pas illégalement transféré leur protection au gouvernement irakien inféodé aux mollahs. Et quand il l’a fait, il n’aurait pas dû rester impassible devant six grands massacres à Achraf et à Liberty, ni devant le déplacement forcé des habitants d’Achraf à la prison de Liberty, ni devant le blocus inhumain auquel ils sont soumis depuis cinq ans. Depuis le 20 février 2009, lorsque la protection d’Achraf a été transférée à l’Irak, nous assistons à un cycle funeste d’exactions contre les résistants iraniens. L’incapacité du gouvernement américain à respecter ses engagements a encouragé les régimes irakien et iranien à mettre en place un blocus et à massacrer les Achrafiens. Cette passivité et cette faiblesse de réaction des États-Unis peuvent une fois de plus conduire à un massacre bien plus grand de la part des tyrans irakien et iranien.

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