mardi, février 7, 2023
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Une nouvelle politique iranienne au Moyen-Orient

Par Lord Tony Clarke

The Independent, 8 mars – La vague de changement qui déferle sur le monde musulman grossit et s’étend de jour en jour. Ce qui s’est passé en moins de six semaines dans la région a rendu cette année historique puisqu’une immense zone géographique habituée à une stagnation politique et sociale a été le théâtre des plus grands changements jamais vu depuis la fin de l’ère impériale. Pour de nombreux pays concernés, cela remonte à la date de leur création.

Le plus remarquable, c’est que les révolutions arabes ont toutes été l’œuvre des Arabes eux-mêmes. Aussi rafraîchissant que soit le sentiment d’auto-émancipation dans les rues du monde musulman, nous ne devrions pas baisser la garde sur le potentiel des forces obscures attendant le moment d’usurper les fruits de ces jours glorieux et exaltants afin de les plonger dans des jours de deuil et de nostalgie pour les générations futures.

Une des menaces c’est que le régime iranien attend l’heure d’utiliser ce mouvement sans précédant dans la région pour répandre l’intégrisme et l’extrémisme islamiques.
 
En fait, Ali Khamenei, le guide suprême du régime nommé à vie, essaye de réaliser ses desseins funestes sous la bannière du « réveil islamique ». Dans un sermon du 4 février aux intentions à peine voilées (par coïncidence en arabe et non en persan), Khamenei a rendu tout à fait clair les objectifs du régime.

D’après les informations obtenues par le réseau social de l’organisation des Moudjahidines du peuple d’Iran (OMPI), le principal mouvement d’opposition iranien à l’intérieur du pays, des manifestations contre le gouvernement ont eu lieu dans 70 points de Téhéran le 14 février. Le slogan commun de « Moubarak, Ben Ali, au tour de Seyed Ali (Khamenei) » a mis en évidence que le peuple conteste le régime dans sa totalité. Le fait qu’une semaine plus tard une manifestation similaire ait eu lieu en dépit de l’état d’alerte total du régime a clairement révélé que cela met les mollahs à l’épreuve.

Cela pourrait aussi être discerné à la réaction de panique de Téhéran face aux soulèvements. Ahmad Khatami, un des chefs de la prière du vendredi de Téhéran, également membre de l’Assemblée des Experts et proche collaborateur de Khamenei, a déclaré le 16 février au Séminaire théologique de Qom : « nous, qui portons les turbans, nous, les imams, nous disons au monde que nous sommes favorables à l’ordre islamique jusqu’au bout, jusqu’à notre dernier souffle et à la dernière goutte de notre sang ».

Le 26 février, au cours d’une conférence internationale à Paris à propos des grands changements au Moyen-Orient et de la politique correcte à adopter par l’Occident, de hauts responsables des gouvernements Clinton, Bush et Obama et des personnalités politiques européennes de premier plan ont souligné que les changements sismiques et sans précédents dans les pays islamiques ont renforcé la nécessité d’adopter une politique adaptée vis-à-vis du régime iranien et d’empêcher son ingérence dans ces pays.

Le général James Jones, ancien conseiller de la Sécurité nationale du Président Obama, Bill Richardson, Secrétaire à l’Energie et ambassadeur des Etats-Unis aux Nations Unies sous le gouvernement Clinton, Tom Ridge, Secrétaire à la Sécurité intérieure sous George W. Bush, Howard Dean, ancien président du Parti Démocrate américain, et Mary Robinson, ancienne Haut-commissaire des Droits de l’Homme de l’ONU, toutes ces personnes ont souligné que l’Occident devait se ranger aux côtés du peuple iranien et soutenir leur demande de changement de régime garantissant ainsi la tendance vers la démocratie et la liberté dans la région.

Mme Maryam Radjavi, Présidente élue du Conseil National de la Résistance en Iran, a résumé la situation : « le chemin vers un Moyen-Orient pacifique et démocratique, où les femmes et les jeunes pourraient avoir le rôle qui leur revient, passe inévitablement par un changement de régime en Iran. Sans ce changement, la démocratie et la stabilité seront impossibles dans cette région. Dans les circonstances actuelles, le changement de régime en Iran est cent fois plus nécessaire. Dans le cas contraire, les progrès dans la région seront détournés. La solution à la crise iranienne n’est ni la complaisance ni la guerre. C’est un changement démocratique par le peuple iranien et sa Résistance ».

Mais comment cela pourrait-il être mené à bien et facilité ?
1)      Resserrer l’étau sur les mollahs avec des sanctions plus sévères mises en place par les Etats-Unis et l’Union Européenne. Arrêter d’acheter du pétrole aux mollahs en leur donnant des frissons dans le dos.
2)  Parler avec beaucoup plus de force et de clarté du droit du peuple iranien à changer de régime en sanctionnant la répression des manifestations et du soulèvement du peuple iranien.
3)     Enlever les entraves à l’OMPI. Le Département d’Etat américain devrait radier l’OMPI de sa liste de terrorisme ; après tout, l’instauration de la liste noire a eu lieu il y a 14 ans pour plaire aux mollahs. Les radier de la liste signifierait que la résistance pourra utiliser tout son potentiel pour s’insurger contre le régime des mollahs. Ainsi que l’ont souligné les anciens hauts responsables à la conférence de Paris, le déroulement rapide et sans précédent des événements ces dernières semaines a donné un caractère urgent à la radiation.
4)      Garantir les droits et mettre fin à la torture des 3 400 opposants iraniens réfugiés au camp d’Achraf en Irak, qui sont une véritable épine dans le flanc de Téhéran.

En procédant de la sorte, les Etats-Unis seront du bon côté de l’histoire, s’assureront que le monde ne se retrouvera pas confronté à un régime intégriste doté d’une arme nucléaire à Téhéran et ils réduiront à l’extrême la possibilité que les extrémistes islamistes réussissent à détourner les soulèvements populaires dans la région.

Lord Clarke of Hampstead est un ancien président du Parti travailliste britannique.