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Une monnaie d’échange humaine dans les négociations avec l’Iran

Washington, grève de la faim, 8 aout 2009Par Bernd Debusmann
(Bernd Debusmann est un chroniqueur de Reuters. Les opinions exprimées sont les siennes)

Reuters, 20 août 2009 – Il y a sept étés, dans une salle de conférence bondée d’un hôtel de Washington, un responsable iranien en exil rendait publiques les premières informations sur les projets nucléaires jusqu’alors tenus secrets de l’Iran dans les villes de Natanz et Arak. Cela a fortement augmenté le volume d’une interminable controverse internationale sur les intentions nucléaires de l’Iran.

Les révélations, le 14 août 2002, a apporté au groupe qui les a faites, le Conseil national de la Résistance iranienne (CNRI), peu de points de mérite de la part du gouvernement des États-Unis. Un an plus tard, le bureau de Washington du CNRI, la branche politique du mouvement de résistance des Moudjahidin-e-Khalq iraniens (OMPI-MEK), était fermé. Le Département d’État a placé le groupe sur sa liste des organisations terroristes. (Le MEK, également connu sous le nom de l’Organisation des moudjahidin du peuple d’Iran, y avait été inscrit en 1997).

Aujourd’hui, cinq étés plus tard, deux dizaines de supporteurs de l’OMPI sont en grève de la faim devant la Maison Blanche pour exhorter le gouvernement des États-Unis à tenir ses promesses de protéger les quelque 3500 membres de l’organisation dans un camp au nord de Bagdad. Les forces irakiennes ont attaqué le camp d’Achraf, fin juillet et l’OMPI a dit que neuf résidents ont été tués dans l’assaut initial. Deux sont morts depuis, de leurs blessures.

Des grèves de la faim en solidarité avec les résidents du camp d’Achraf se déroulent aussi à Berlin, Londres, Bruxelles et Ottawa ainsi que dans le camp lui-même. Ils attirent l’attention sur un arrangement à la fois unique et bizarre – une enclave de gens qualifiés de terroristes par Washington, mais protégés par les forces militaires des États-Unis – et en disent long sur la politique américaine irrégulière vis-à-vis d’un groupe honni par la théocratie en Iran.

Les personnes au Camp Ashraf, dont environ 1000 femmes, sont devenues, en effet, une monnaie d’échange dans les relations complexes entre les États-Unis, l’Irak et l’Iran. Le raid sur le camp a coïncidé avec une visite en Irak du Secrétaire américain à la Défense Robert Gates. Quoi de mieux pour le Premier ministre irakien Nouri al-Maliki pour démontrer que les Irakiens, et pas les Américains, sont aux commandes, maintenant que les troupes irakiennes assument le contrôle dans le cadre de l’accord sur le statut des forces signé l’an dernier ?
Quelle meilleure façon, aussi pour Maliki raillés autrefois comme un pantin américain, de montrer aux radicaux de l’Iran et au président Mahmoud Ahmadinejad que le gouvernement chiite de l’Irak souhaite renforcer ses relations avec Téhéran ? Le raid sur le camp d’Achraf a valu des applaudissements aux responsables iraniens, dont Ali Larijani, le président radical du parlement. «Digne d’éloge», a-t-il dit, « même si c’est plutôt tardif. »

L’OMPI a été fondée en 1965 par des étudiants et des intellectuels de gauche opposés au chah d’Iran, et a joué un rôle dans la révolution islamique qui a renversé son régime en 1979. Mais elle s’est vite opposée à l’ayatollah Khomeiny et a été interdite en 1981, quand elle a commencé une campagne d’attentats à la bombe et d’assassinats de responsables gouvernementaux.

MISES EN GARDE CONTRE UNE CATASTROPHE HUMANITAIRE

En 1986, en vertu d’un accord avec Saddam Hussein, elle a établi des bases en Irak d’où elle a lancé des raids transfrontaliers en Iran.

Depuis 2003, lorsque les forces américaines ont désarmés les guérilleros de l’OMPI dans le camp d’Achraf et se sont chargées de leur protection, le gouvernement iranien a demandé à plusieurs reprises qu’ils soient livrés à l’Iran. Ce qui les y attendrait serait peu encourageant, encore plus à un moment où le gouvernement iranien met en scène des procès collectif de manifestants contre la réélection contestée d’Ahmadinejad en juin.

Dans une lettre ouverte au président Barack Obama, sous la forme d’une pleine page de publicité dans le Washington Times, les supporters de l’OMPI cette semaine ont mis en garde contre une catastrophe humanitaire si les forces américaines ne reprenaient pas en main le contrôle, au moins provisoirement. « La solution à long terme au problème, c’est la présence à Achraf des forces des Nations Unies, ou au moins d’une mission de surveillance de l’ONU. »

Ce n’est pas la première fois que le MEK sert de monnaie d’échange politique au Moyen-Orient. Le groupe a été placé sur la liste américaine des organisations terroristes en 1997, à un moment où l’administration Clinton espérait que la mesure faciliterait l’ouverture d’un dialogue avec l’Iran et son président nouvellement élu, Mohammad Khatami, qui était considéré comme un modéré.

L’Union européenne a mis l’OMPI sur sa liste noire du terrorisme cinq ans plus tard. Pour les critiques, c’était se plier aux demandes iraniennes de ne pas nuire à d’importantes relations commerciales. Après des années de querelles juridiques, l’UE a retiré l’OMPI de sa liste des organisations terroristes interdites le 26 janvier, une décision qui a déclenché la colère de Téhéran.

Assez paradoxalement, pour un pays qualifié de « plus actif sponsor du terrorisme d’État» au monde par le Département d’Etat américain, l’Iran a déclaré que la décision de l’UE signifiait que l’Europe avait « pris ses distances de la voie suivie par la communauté internationale dans la lutte contre le terrorisme ».

L’administration Obama n’a montré aucun signe de même envisager le retrait de l’OMPI de la liste des organisations terroristes et donc de compliquer encore des relations déjà compliquées avec l’Iran. Est-ce que l’abandon de la population du Camp d’Achraf à un sort incertain serait une option ?

 

http://www.reuters.com/article/latestCrisis/idUSN20507055

 

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