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Une menace de voir l’irruption d’un nouveau Srebrenica qui s’appellerait Achraf – Sid Ahmed Ghozali

CNRI – « La question d’Achraf se présente d’apparence comme une grave et triple offense, premièrement, aux droits humanitaires et moraux d’une communauté de 3 500 personnes, deuxièmement, une grave violation du droit international et troisièmement, une lourde menace pour la paix et la stabilité », a déclaré Sid Ahmed Ghozali le 21 septembre à Genève.

L’ancien premier ministre algérien s’exprimait dans une conférence sur les obligations de l’ONU vis-à-vis du camp d’Achraf qui se tenait au siège européen des Nations Unies. Le panel était composé de hautes personnalités politique set de défenseurs des droits humains : Maryam Radjavi, présidente élue de la Résistance iranienne, Alejo Vidal-Quadras, Vice-président du Parlement européen, Struan Stevenson, président de la délégation du Parlement européen pour les relations avec l’Irak (qui a présenté un plan européen pour résoudre la crise d’Achraf),le Pr. Ruth Wedgwood, juriste, Nontombi Tutu, militante des droits humains et fille de l’archevêque Desmond Tutu et, Madeleine Rees, Secrétaire générale de la Ligue internationale des Femmes pour la Paix et la liberté, Christiane Perregaux, co-présidente de l’Assemblée constituante du Conseil de Genève, Gianfranco Fattorini, co-président du MRAP, Marc Falquet, député au Grand Conseil de Genève, et le pasteur Daniel Neeser. Cette réunion était présidée par Michel Joli, secrétaire général de France Libertés, fondation Danielle Mitterrand.

Voici l’intervention de M. Ghozali :

Permettez-moi de consacrer quelques secondes à une adresse à deux grandes dames.

La première va à Danielle Mitterrand, dont nous avons appris hier par les médias qu’elle a été hospitalisée d’urgence à l’hôpital Georges Pompidou. De tout cœur, je lui dis que nous avons confiance et qu’elle saura faire face à ce nouveau défi, comme elle a su faire face toute sa vie aux défis que posent les grandes causes, les plus difficiles et les plus nobles.

La deuxième grande dame, vous Madame la Présidente et chère sœur Radjavi, nous sommes autour de vous aujourd’hui pour dire tout haut, pour crier notre préoccupation majeure du moment relativement aux conditions nécessaires à réunir d’urgence pour assurer aux habitants d’Achraf protection, sécurité, dignité et liberté.

Permettez-moi aussi de parler aujourd’hui, d’ajouter la tonalité du discours d’un citoyen du monde soucieux de la paix et de la stabilité sur la planète ; d’un ressortissant d’un pays de la zone arabo-musulmane, l’Algérie, où tout le monde, à l’instar des autres peuples, a les yeux rivés sur la télévision, ce que montre la télévision, ce qui se passe tous les jours en Tunisie, en Libye, au Yémen, en Syrie, en Égypte, mais pas en Irak, parce que là-bas les télévisions ne montrent pas ces images-là. Pourtant nous sommes directement concernés par ce qui se passe en Irak, quand nous vivons ce que nous avons appelé jusqu’à maintenant le printemps arabe.

Cette préoccupation qui est la nôtre ici vis-à-vis d’Achraf, il est urgent que la communauté internationale dans son entièreté, et à commencer par la partie où je suis moi personnellement, c’est-à-dire la sphère arabo-musulmane, car ce qui s’est passé hier à Achraf, ce qui se passe aujourd’hui, ce qui peut se passer demain a un impact direct à court terme et à moyen terme sur le cours des choses dans les autres parties de la sphère arabo-musulmane, et bien au-delà des frontières iraniennes.

En Irak, c’est déjà fait. Le premier résultat de la guerre de 2003 a été qu’on a livré l’Irak à l’Iran, au régime iranien. Ce qui se passe en Syrie, au Liban, en Palestine, dans la péninsule arabique, au Maghreb, en Afrique et notamment en Afrique du Nord.

De ce fait, ni l’Europe ni les USA ne pourront sortir indemnes de quelque chose si cela se passe mal à Achraf et plus généralement dans la problématique iranienne.

Une triple offense

De prime abord, la question d’Achraf se présente d’apparence comme une grave et triple offense, premièrement, aux droits humanitaires et moraux d’une communauté de 3 500 personnes, deuxièmement, une grave violation du droit international et troisièmement, une lourde menace pour la paix et la stabilité, non seulement dans la proximité immédiate de l’Iran, mais aussi en Irak, en Palestine, dans la péninsule, et en Afrique du Nord.

Sur le plan humanitaire et moral, il me suffirait de rappeler qu’une barbarie sans nom est commise depuis près de trois ans par un gouvernement qui est le gouvernement irakien, aux ordres directs du régime iranien, et nous l’avons vu à travers le blocus économique, la torture psychologique et le lancement d’armes et d’engins lourds contre une population qui a été complètement désarmée par l’armée américaine depuis 2003, depuis huit ans. Nous avons tous vu les images, et notamment celles de ce sinistre matin du 8 avril 2011.
Sans compter ce qui s’était passé auparavant en juillet 2009, les prises d’otages, avec pour résultat plus d’un millier de blessés par balles, des dizaines de prises d’otages, des morts tués par balles ou par privation de médicaments ou de soins.

En fin de compte, nous sommes après ces événements tragiques, et la fixation du fameux délai que vous avez évoqué, Mme Radjavi, du 31 décembre 2011, pour, et je cite le gouvernement irakien, « chasser les Achrafiens par tous les moyens ». Quand on a vu les moyens qui ont été utilisés avant, uniquement pour terroriser ces populations, on imagine ce que vont être ces moyens. C’est un génocide ordonné par le régime des mollahs.

Donc, la communauté internationale se trouve depuis plusieurs mois devant une menace qui n’est pas seulement potentielle, une menace ouvertement clamée, de voir d’un moment à l’autre l’irruption d’un nouveau Srebrenica qui s’appellerait Achraf.

Je pourrais bien entendu en rester à cette évocation du seul volet humanitaire de la question d’Achraf, un volet si crucial qu’il suffirait à lui tout seul pour justifier la mobilisation urgente de la communauté internationale en vue de réunir matériellement, légalement et de manière crédible les conditions propres à assurer aux habitants d’Achraf protection, dignité, liberté et sécurité.
La responsabilité américaine

D’autres intervenants que moi vous entretiendront ou bien vous ont déjà entretenu avec plus d’autorité que la mienne de la dimension juridique des problèmes d’Achraf. Et je pourrais peut-être me contenter de rappeler, sur ce plan-là, que c’est le gouvernement irakien qui depuis la fin de 2008, après les accords SOFA* entre l’armée d’occupation US, quand elle passait ses responsabilités au gouvernement irakien, c’est ce gouvernement qui juridiquement s’est engagé lui-même dans le cadre d’un accord international connu, à protéger cette population. C’est un engagement qu’il a pris et signé.

C’est ce même gouvernement qui, par le fait d’une allégeance ouvertement déclarée au gouvernement iranien, au régime iranien, entreprend depuis trois ans de martyriser une population entièrement désarmée par l’armée américaine depuis 2003.

Ce gouvernement évoque, et je cite les raisons officielles publiquement affirmées : « Je ne veux pas de cette population parce qu’elle est sans statut. Et parce qu’elle n’a pas de statut, sa présence ici sur mon territoire est une atteinte à la souveraineté ».

Mais tout de suite après, quand il déclare où il veut emmener cette population, il veut l’emmener dans un autre endroit de l’Irak. Cela fait donc s’effondrer totalement… Ce n’est pas la souveraineté qui est en cause : la souveraineté est un prétexte.

Reconnaissance d’un statut

Mais grâce à Dieu, car souvent Dieu fait bien les choses, le grand planificateur, nous avons tous enregistré avec une grande satisfaction et reconnaissance la nouvelle position qui a été officiellement programmée par le Haut-Commissariat aux réfugiés.

On vous l’a dit avant moi, cette position officielle que pour la première fois dans l’histoire des relations des moudjahidines du peuple ou d’Achraf, avec le HCR, le secrétaire général du Haut Commissariat aux réfugiés a reconnu à chaque habitant d’Achraf le droit à faire valoir son inspiration au statut de réfugié. Il l’a affirmé et cette position est un breakthrough, une percée politique très importante.

En effet, son premier effet est qu’elle fait s’effondrer totalement l’argument, le prétexte du statut. Le gouvernement irakien doit trouver autre chose pour justifier sa volonté de chasser les habitants d’Achraf.

Cette décision nous soulage donc beaucoup, mais ne rassure pas totalement. En effet, le Commissariat lui-même, fort légitimement, a dit qu’il engageait le processus en interviewant chaque habitant d’Achraf pour lui demander s’il veut vraiment, librement, dans un endroit confidentiel et sûr, s’il veut bénéficier du statut de réfugié.

Le commissaire du HCR a dit aussitôt, en même temps, qu’il faut prendre le temps d’intervenir dans des conditions de confidentialité, de sécurité, de tranquillité et de liberté et de l’interviewé. Il faut du temps !

Comme l’a dit M. Stevenson, il faut que cette deadline saute. En effet, reste le problème de la protection. Nous sommes hantés par l’idée d’un renouvellement de ce qui s’est passé dans cette région, qui était tragique, et qui le serait certainement encore beaucoup plus si cela venait à recommencer.

Reste donc à réunir les moyens. Et c’est là qu’intervient, je ne le dis pas sous l’angle de la critique, car Mme Pillay a fait une intervention très courageuse et très honorable au lendemain du 8 avril, condamnant le massacre d’avril 2011. Mais il n’y a pas eu de suite. Il y a maintenant les actes, car elle a une responsabilité, le Haut-Commissariat a une responsabilité pour que l’UNAMI et les Nations unies d’une manière générale aient les moyens de protéger effectivement l’action du HCR et donc de protéger aussi les candidats au statut de réfugié.

La dimension géopolitique

Je passe maintenant à la troisième dimension parmi les trois que j’ai citées, c’est la dimension géopolitique. Je ne dirai jamais qu’elle est plus importante que la dimension humanitaire car pour moi et pour nous tous, je crois, rien n’est plus important que l’homme, son intégrité physique, sa liberté et ses droits qui sont universellement reconnus.

Je veux dire que, sans diminuer en rien la question de la résistance du peuple iranien à un régime religieux innommable et qui fait des choses innommables, sans diminuer l’enjeu que représente Achraf pour une organisation comme l’OMPI en particulier, et la résistance iranienne que préside Mme Radjavi, j’observe que la question d’Achraf a une dimension géopolitique et géostratégique qui va bien au-delà du seul enjeu purement national iranien. L’acharnement du régime iranien à vouloir éradiquer cette population qui est devenue emblématique de la résistance iranienne n’est que la cruelle expression d’une stratégie acharnée sur le plan intérieur à perpétuer la domination sur un peuple par un régime honni et par conséquent, à chercher à abattre l’ennemi numéro un. L’ennemi numéro un de l’organisation qui est la plus capable de mettre par terre ce régime et qui est actuellement entravée, malheureusement, par les puissances occidentales et la plus grande d’entre elles. C’est une stratégie bien connue et consubstantielle à tous les régimes autoritaires. Il s’agit de tenir le peuple de l’intérieur par des actions à l’extérieur, d’où la deuxième stratégie, la stratégie expansionniste qui tient à assurer sa domination sur l’ensemble de la sphère arabo-musulmane, et ce, par la construction d’une capacité de nuisance.

Nous avons vu, certains d’entre nous, des photos d’un congrès qui s’est tenu il y a trois jours à Téhéran, qui s’est intitulé le premier congrès de la Sarwa* islamique, c’est-à-dire de la renaissance de l’islam, et qui en plus de tout le gotha du régime iranien, réunissait, proclamait-on, 102 pays. Dans ce régime, c’est une manière de bomber le torse, d’envoyer un signal : « Nous sommes les chefs de toute la sphère musulmane puisque nous avons les représentants de 102 pays. »

Et nous y avons vu des images très étranges, des hautes autorités du gouvernement irakien, censé être un gouvernement indépendant, baiser la main, ce qui est un acte d’allégeance pour ceux qui connaissent islam, comme le faisaient les musulmans dans leur allégeance avec le prophète. Ce sont des autorités soi-disant démocratiquement élues qui faisaient allégeance au chef d’un régime étranger.

Comme beaucoup d’Arabes, d’Algériens musulmans, je crois que très peu ne souhaitent pas le succès du printemps arabe. Mais le printemps arabe est déjà l’expression d’une volonté populaire, d’un soulèvement populaire, mais y aura-t-il transformation ? Est-ce que les Occidentaux veulent vraiment que ce printemps débouche sur un vrai printemps, c’est-à-dire sur une modernisation des institutions ?
Je suis prêt à revenir pour que vous me disiez que j’ai eu tort. Il n’y aura rien pour le printemps arabe de positif tant que ce régime perdurera en Iran.

L’Iran, en plus de son poids historique plurimillénaire, est le seul pays arabo-musulman où il existe une force alternative de remplacement du régime en place. Ce n’est pas une force qui est née pour s’opposer à ce régime. C’est une force qui est née bien avant la République islamique, du temps du chah, dans le sillage spirituel du fameux Mossadegh. C’est donc une organisation plus de 50 ans d’âge, plus de 50 ans d’ancrage dans la population, et il n’y a pas l’équivalent (…). Si cela échoue en Iran, il n’y a aucun espoir (…).

La capacité de nuisance du régime iranien

Deuxièmement, pour être convaincu que le régime iranien veut absolument développer sa capacité de nuisance pour empêcher tout ce qu’il veut empêcher. Le régime iranien n’a pas les moyens de faire la paix en Palestine, mais il a les moyens d’enrayer tout processus palestinien. Le régime iranien n’a pas les moyens d’imposer un régime dans un pays arabe, mais il a les moyens d’enrayer tout processus positif. Cela est consubstantiel à sa stratégie et à sa nature même de régime dictatorial expansionniste.

Ce qui est étrange, c’est que nous voyons très souvent une sorte de paradoxe où l’administration américaine d’un côté, régime iranien de l’autre côté, qui se présentent comme des ennemis irréductibles, souvent se trouvent du même côté.

Par exemple, l’organisation des moudjahidines a été déclarée organisation terroriste en 1997 par Bill Clinton pour des raisons de naïveté, pour faire plaisir aux régimes à l’époque parce qu’il jouait la « casquette ami ». Ils ont été suivis par les Européens depuis 2001, et les 27 états européens l’ont déclarée organisation terroriste, alors que l’armée américaine a reconnu officiellement en 2003 que ce n’était pas une organisation terroriste.

Grâce aux efforts qui ont duré des années, aux batailles juridiques et politiques menées par des pionniers comme MM. Vidal-Quadras et Stevenson, suivis maintenant par une majorité de parlementaires européens, tous les pays européens ont été obligés par la justice européenne a retiré.

Il reste donc maintenant deux pays qui déclarent l’organisation des moudjahidines organisations terroristes : les États-Unis et le régime iranien.

Deuxième exemple : ce qui se passe actuellement avec la Palestine. Le régime iranien ne souhaite pas que la question soit résolue. Le régime iranien est donc contre cette initiative, il joue sur la division des Palestiniens. Il est contre l’initiative d’Abou Abbas* pour faire reconnaître la Palestine aux Nations unies.

Qui est de son côté ? Les États-Unis d’Amérique !

Alors, il y a cet aveuglement qui est paradoxal mais qui finit par conclure, et j’espère que je me trompe, est-ce que vraiment la promesse d’Obama d’ouvrir des relations nouvelles avec le monde musulman est une promesse sincère ou pas ? Ou en tout cas, est-ce une promesse qu’il est capable d’honorer ? En effet, tout se passe comme si on prenait la démocratie en libre-service mais on fait le contraire.

Voilà ce sur quoi je voulais attirer l’attention. Je pèse mes mots : il y a un lien mécanique, je dirais dialectique sur le plan géopolitique entre la problématique iranienne et la problématique générale du droit et de la démocratie.

Pour moi, Achraf n’est pas seulement une communauté en danger, c’est une promesse pour l’avenir qui est en danger. Je me souviens très bien de ce qu’avait dit il y a cinq ans le colonel Philips* : « je suis un officier qui a participé pendant 18 mois aux enquêtes qu’a faites l’armée américaine quand elle a désarmé les gens d’Achraf et quand elle a signé un contrat individuel avec chaque habitant d’Achraf », il a dit : « je fais partie des gens qui ont participé à cette enquête, et je peux vous dire que je souhaiterais que ma fille réside à Achraf pour qu’elle voie comment la femme iranienne est traitée par l’organisation des moudjahidines du peuple. »

C’est cette promesse d’avenir pour les sociétés islamiques que l’on veut tuer quand on veut tuer Achraf.