Une aide à l’Iran …

Une aide à l’Iran …The Washington Post – Est-ce le signe d’une sagesse croissante – ou le signe d’un désespoir croissant ? Si l’administration Bush avait annoncé, il y a quelques années, ses intentions de dépenser 75 millions de dollars pour promouvoir la démocratie, les échanges universitaires et l’indépendance des media en Iran, comme éléments de sa politique de promotion de la démocratie dans la région du Moyen-Orient, sans l’ombre d’un doute cette politique aurait été sage.

Il a toujours semblé curieux aux observateurs que les efforts américains pour soutenir les dissidents de l’Iran – qui est l’un des rares pays du Moyen-Orient à disposer d’une opposition démocratique large, variée et d’un haut niveau d’instruction – aient été si minces. D’habitude, l’excuse donnée était historique : les  diplomates américains, gênés du souvenir mitigé des Etats-Unis sur leur « implication » dans la politique iranienne, ne voulaient discréditer pas les démocrates du pays en s’associant à eux, ou en donnant au régime une autre excuse pour les emprisonner. Encore, les arguments favorables au moins à une meilleure radio et télévision Farsi ont toujours été incontestables : les Iraniens écoutent les média étrangers, mais jusqu’à présent ils ont eu principalement à leur disposition des stations diffusant de la musique « pop » et à des diffusions d’informations de troisième catégorie sur ces stations. 

La déclaration de la secrétaire d’Etat Condoleezza Rice concernant un changement politique majeur dans ce domaine est accueillie avec joie. A moins d’autre chose, diffuser de meilleurs informations en Iran pourrait aider les Iraniens à comprendre le point de vue de l’Occident à propos du conflit nucléaire croissant qui implique leur pays : Pour l’heure, ils n’entendent qu’une seule version de l’histoire. Mais le moment choisi pour son annonce, sous le coup de l’échec des Etats-Unis et de l’Europe à stopper le programme nucléaire iranien, fait penser que l’administration semble soutenir les démocrates parce qu’il n’y a pas grand chose d’autre à faire. En vérité, l’administration continue à travailler avec ses alliés européens, la Chine et la Russie pour faire comparaître l’Iran devant le Conseil de Sécurité des Nations Unies dès le mois prochain. Mais toute action du conseil sera lente relativement faible, du moins au début. Pendant ce temps, rien ne bloque les Iraniens : La semaine dernière, ils ont annoncé leurs projets pour en revenir à l’enrichissement à grande échelle de l’uranium.

Les responsables de l’administration décrivent eux-mêmes ce changement politique en faveur du soutien à la démocratie comme le produit d’une réévaluation de la nature de la menace iranienne : ceci, disent–ils, est le premier pas vers la réponse au défi posé par ce qu’ils croient être désormais un régime tout simplement radical. Le Département d’Etat envisage également de mettre au point sa propre expertise de l’Iran, d’enseigner le Farsi à davantage de diplomates, de consulter avec les Européens ceux qui ont les liens d’affaires et diplomatiques les plus étroits avec l’Iran, et, d’une manière générale, de compenser l’expérience perdue au cours des 26 ans durant lesquels les Etats-Unis n’ont pas eu de représentation diplomatique à Téhéran.

La tâche principale sera maintenant de s’assurer que la nouvelle politique du changement démocratique n’est pas perçue au sein du Département d’Etat ou du Pentagone comme un « deuxième choix », et que les sommes qui pourraient parvenir jusqu’à l’Iran seront dépensées à bon escient. Cela signifie qu’il faudra financer non seulement les stations de radio et de télévision traditionnellement basées aux Etats-Unis, qui jusqu’ici ont rencontré un succès mitigé, mais également des stations indépendantes iraniennes en exil – ou du moins celles dont on peut s’attendre à ce qu’elle fournissent des informations sures. Cela implique également de distribuer les sommes par petits montants, de façon à ce que ni le régime ni les citoyens iraniens lambda ne remarque rien. Au-delà de tout cela, cela signifie qu’il ne faut pas identifier des « amis » trop rapidement ou avec trop peu de scepticisme. Les Etats-Unis ont eu des résultats mitigés dans le choix des dissidents à soutenir. Ils ont particulièrement excellés dans les années 1980 en Pologne, et particulièrement échoué dans l’Irak d’après-guerre. Si l’opposition iranienne doit réussir, elle doit le faire selon ses propres méthodes.