Louise Gray, correspondante politique en Ecosse
The Scotsman Hier la plus ancienne université dEcosse a pris linitiative controversée de faire honneur à un ancien président dIran, malgré les protestations contre cet homme responsable de la persécution des étudiants dans son pays.
Vêtu de la robe de cérémonie grise traditionnelle des hauts ecclésiastiques musulmans, Mohammad Khatami a traversé le groupe de manifestants avant de recevoir son titre honorifique dans le Younger Hall de luniversité.
Des exilés iraniens et des manifestants étudiants ont qualifié cette récompense de « honteuse » et ont avancé que les violations des droits humains, dont la lapidation de femmes et la persécution détudiants, sétaient aggravées lorsque M. Khatami était président du pays entre 1997 et 2005.
Ali Befrei, qui a fui lIran en 1988 après que sa femme ait été torturée par le régime, a accusé M. Khatami de « terrorisme ».
Mais Dr Brian Lang, recteur de luniversité, a déclaré que ce titre honorifique de docteur en droit lui était conféré en raison des efforts de M. Khatami pour le développement du dialogue entre religions au moment où des tensions avec le monde musulman se font sentir.
Il a lu le message suivant envoyé par le Vatican : « Le dialogue interculturel et entre les religions sont deux nécessités vitales à notre époque. Quel meilleur endroit quune université pour mener cette discussion ».
M. Khatami est le premier dirigeant politique dIran à se rendre en Grande-Bretagne depuis la révolution islamique de 1972.
Dans une interview diffusée sur Channel 4 News, M. Khatami a déclaré que les Etats-Unis devaient se retirer maintenant dIrak, être remplacés par une force originaire de la région, comportant éventuellement des éléments occidentaux.
Cependant, lors de sa visite à St Andrews, il sest uniquement concentré sur des sujets universitaires. Il a dabord inauguré lInstitut universitaire des études iraniennes qui, grâce à un don de 12 000 livres, devrait devenir le premier centre de ce type en Europe. Puis, dans un discours philosophique devant près de 200 étudiants, il a évoqué la nature du dialogue entre le monde islamique et lOccident, sinterrogeant sur la raison pour laquelle le concept dominant de lindividu na pas conduit à moins de violence dans le monde.
Il a avancé quil était essentiel pour les individus de regarder au-delà de leurs propres frontières culturelles et religieuses afin de comprendre les autres. « On peut vivre à lintérieur de ses frontières religieuses, géographiques et politiques mais répandre lamour à profusion. Cest lamitié sans frontières qui va sauver le monde », a-t-il dit.
Mais Leila Jazayeri, de lAssociation des universitaires anglo-américains, a déclaré quelle était contre ce dialogue. « Khatami a un seul objectif qui est de blanchir les atrocités du régime intégriste iranien », a-t-elle dit. « Il parle de dialogue entre les civilisations alors quil sest dit profondément opposé à la civilisation occidentale. »
Elle a affirmé que pendant le mandat de M. Khatami, 30 000 prisonniers politiques ont été tués, 27 femmes lapidées et une jeune fille de 16 ans pendue.
Sofie Buckland, présidente du groupe étudiant Education Not for Sale, a déclaré : « Il sagit dune atteinte atroce à la lutte des étudiants iraniens pour la liberté ».
Les étudiants divisés
Vêtu de lancienne robe de cérémonie et dune cravate blanche, Tom dArdenne, 21 ans, président de lAssociation des étudiants, sest réjoui de cette opportunité de participer à cette cérémonie pour honorer « un grand défenseur de l’harmonie entre le monde islamique et lOccident ».
Il a déclaré : « Depuis quil a quitté la présidence, Khatami travaille incroyablement dur pour construire des ponts entre lIslam et les autres fois ».
« La raison de cette récompense est quil permet aux gens de comprendre lIslam et à lIslam de comprendre le reste du monde. »
Mais à lextérieur du splendide Younger Hall, où le titre honorifique de Docteur en droit lui a été remis, une poignée détudiants se sont joints à la manifestation des réfugiés iraniens.
Nathan Sibley, 20 ans, étudiant en relations internationales, a déclaré : « Je suis inquiet au sujet des relations proches que Khatami entretient toujours avec le régime. Je lai admiré pour les réformes quil a effectivement tenté dintroduire mais je ne pense pas que nous devrions nous rapprocher autant de lui après son échec ».
Shirin Kheder, 29 ans, étudiante en anglais à Londres, originaire dIran, a affirmé que des étudiants avaient été tués pendant que Khatami était président.
Elle a ajouté : « Khatami est un assassin. Il a menti au monde et aux étudiants et a couvert lIran de honte. Aujourdhui, il ny a ni démocratie ni liberté en Iran ».

