lundi, décembre 5, 2022
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Trente ans de dictature en Iran, trente ans de résistance avec l’OMPI

 Par Gérard Teissier

Arc en Ciel n°59 (revue des Nouveaux Droits de l’Homme, 1er semestre 2009) – De nouvelles lettres persanes. Le monde bouge, seule la dictature iranienne n’évolue pas. Mais ce qui est le plus curieux, c’est l’attitude de la grande presse qui, elle, marche sur des rails. Pourtant, Dieu sait si elle est donneuse de leçon dans bien des domaines. Comment célèbre-t-on cette catastrophe qu’est l’arrivée au pouvoir de Khomeiny ? Par des analyses nuancées, voire alambiquées où l’on ménage ses arrières, spéculant sur l’élection “présidentielle” à venir pour savoir si ce sont les conservateurs ou les “libéraux” (interdit de rire) qui l’emporteront. Comme s’il s’agissait d’une démocratie.

Ou bien l’on se demande si la situation économique de la vieille Perse est supportable ou non ; à défaut, on s’interroge sur le moral de la jeunesse etc. Les pendaisons en grappes au bout de la flèche des grues ; les yeux arrachés un à un ; les pieds brûlés ; les flancs percés ; les oreilles coupées ? Allons, pas de choses qui fâchent. Une journaliste canadienne enlevée, torturée, violée puis exécutée ? Mais de quoi parlez-vous ? Tout ceci, ce sont des détails. Parlons plutôt du prix du baril de pétrole, de la préparation d’un armement nucléaire, du vecteur qui a mis sur orbite un satellite. Çà, se sont des sujets dont on parle entre grands.

Bref, le régime fascislamiste est présentable et il mène son petit monde à la baguette. Tout juste s’il vaut d’être titillé sur la place des femmes dans la société, le port obligatoire d’un habillement ridicule… On aurait pu aussi, dans ce panoramique, s’intéresser à l’opposition ; rappeler le meurtre de Kazem Radjavi, de Chapour Bakhtiar, stigmatiser l’odieux attentat contre le centre culturel juif de Buenos Aires. Vous rêvez c’est du passé (et beaucoup de trépassés).

Soit, alors jetons un coup d’œil sur ceux qui luttent encore aujourd’hui. Vous voulez dire le fils du Shah ? Ce beau jeune homme qui publie sans difficulté un livre, passe sur toutes les chaines de télévision, a droit à trois pages avec photos dans Paris-Match ? Voilà. Voilà. Exactement çà. Le fils de Farah Diba. C’est la résistance élégante, souhaitable que l’on se flatte de recevoir à sa table. Restent les Moudjahidine tout de même. Pardon ? Les quoi ? Je voulais dire l’OMPI. Ah, oui, les terroristes… que les Etatsuniens, avant les Européens ont ainsi étiquetés parce qu’ils sont des centaines de milliers, présents en Iran, en Irak, en Europe, aux Etats-Unis. Une véritable armée. Donc, on ne se trompait pas : des terroristes. On a même dit qu’ils étaient une secte…

Effectivement, dans ces conditions, mieux vaut n’en point parler ou éviter de les faire parler dans la presse, garder le silence sur leur action, ne jamais les inviter sur un plateau de télévision ou une radio, cela fâcherait les enturbannés et surtout Mahmoud Ahmadinejad, celui qui a juré la mort d’Israël. On ne sait jamais. “Botus et mouche cousue telle est notre denise”, disait Dupont sur quoi Dupond enchaînait : “Oui, motus et bouche cousue, telle est notre devise”. Eh bien, tel le passe-muraille de Marcel Aymé, bousculons l’ordre médiatique établi ; traversons le mur du silence. Terroristes ? Toutes les organisations de droits de l’Homme françaises sont leurs amies : LDH, MRAP, NDH… et peuvent témoigner. Les plus grands avocats de ce pays : Henri Leclerc, William Bourdon, Mario Stasi, Jean-Pierre Spitzer… soutiennent bénévolement leur cause. Idem pour des centaines de parlementaires français, britanniques, belges, allemands, italiens. Leur rassemblement annuel en France ? Des dizaines de milliers de militants. Donc autant de “terroristes” qui prennent le train, l’avion, le métro et prennent le soin de laisser leurs bombes, leurs couteaux, leurs flingues chez eux avant de se déplacer.

Mais ils sont sectaires, regardez-les. Ils suivent les conseils de notre propagande officielle ; ne fument pas, ne boivent pas d’alcool, ce qui, il est vrai, n’est pas “gaulois”. Sauf que ce ne sont pas des Gaulois mais des Persans, avec deux mille ans d’Histoire et de civilisation de plus de que nous. D’ailleurs, un de leurs meilleurs amis s’appelle Alain Vivien, ancien ministre et chef de la section anti-secte sous le gouvernement de Lionel Jospin. Dès lors, soit les Moudjahidine sont de super-hypocrites soit le très laïque Alain Vivien ne connaissait rien aux sectes (ou il a oublié).

Venons-en au Droit, car la principale opposition au fascislamisme s’en nourrit – que dis-je, s’en gave. Pis encore, après avoir condamné l’armement nucléaire, la peine de mort, ils gagnent tous leurs procès en Europe : contre le gouvernement britannique, contre l’Union Européenne… Et bientôt contre la France, qui les abrite depuis 1981 ? Mais les juges sont complices du terrorisme alors ? On peut effectivement se poser la question, doctement. Il est étrange, en effet, que la Cour de Londres, par deux fois, ait exigé du gouvernement britannique qu’il les sorte de la liste infamante ce que le Parlement, mère de tous les Parlements du monde a entériné à l’unanimité ; qu’à son tour le Tribunal de Luxembourg, encore à trois reprises, a ordonné la même chose à l’Union européenne ce qui a enfin obligé le Conseil à retirer l’O.M.P.I. de sa liste.

Qu’à cela ne tienne, la France, elle, résiste et ne s’en laisse pas compter, même si… Le 17 juin 2003, dans le cadre des bons rapports commerciaux France-Iran, une rafle vichyste était lancée sur le site de l’OMPI, à Auvers-sur-Oise, que protègent, donc surveillent nos gouvernements depuis que le Président Mitterrand, en 1981, leur a octroyé l’asile politique. Les dirigeants (la Présidente Maryam Radjavi ; Saleh Radjavi…) et des militants étaient arrêtés, puis mis en examen. Immédiatement, les juges libéraient tout le monde, sans exception. De vrais complices du terrorisme. On a l’habitude, n’est-ce pas ? Mais le juge-shérif Bruguière était là. A lui, on ne la fait pas… Résultat : inculpés d’association de malfaiteurs en vue d’une opération terroriste ; blanchiment de fonds… Et pourquoi pas voleurs de pommes aussi ? Dont acte. Nous sommes en démocratie. En ce cas pour.

Potemkine en pleine terre

Le camp de réfugiés de la résistance iranienne en Irak contient près de 4 000 femmes, enfants, hommes sans armes. Le gouvernement fascislamiste de Téhéran réclame au gouvernement de Bagdad, mis en place par l’occupant étatsunien, le démantèlement du camp et l’extradition de ces exilés. C’est donc une condamnation à mort après torture qui s’annonce alors que ces personnes sont protégées par la 4e convention de Genève qui tient la puissance occupante pour responsable. En langage juridique, on appelle cela des crimes contre l’humanité. Comme à Sabra et Chatila ; à Srebrenica ; au Darfour… mais avec préméditation cette fois.

“Le crime se prépare et la mer est profonde ; que face aux révoltés montent les fusiliers. C’est mon frère, qu’on assassine, Potemkine… Mon frère, mon camarade, tu ne tireras pas sur qui souffre et se plaint” chantait notre ami Jean Ferrat qui a soutenu les Moudjahidine lorsqu’ils étaient pourchassés en France en 2003. Achraf sur le sol d’Irak : on refait l’Histoire du cuirassé Potemkine, à sec, avant que le sol ne soit rouge de sang. Qui osera dire, un jour “je ne savais pas” ? Achraf, un crime contre l’humanité avec préméditation

Quoi, six années après n’ont-ils pas été jugés ou n’ont-ils pas bénéficié d’un non-lieu ? S’agirait-il d’une nouvelle affaire des Irlandais de Vincennes ? Non puisque les policiers n’ont pas apporté d’armes chez eux cette fois. On a piqué leurs ordinateurs pour sonder leurs âmes ; on a gelé leurs fonds… sans résultat. Sacrebleu ! Il faudrait par conséquent que cesse cette mascarade. Et, pour revenir sur notre propos du début, que la Presse se mouille un peu. Un rêve.

Organisons un plateau télévisé avec Maryam Radjavi, au français si châtié, quelques avocats de renom, le général Morillon, réputé pour son sectarisme qui a le toupet de les défendre, le sénateur Jean-Pierre Michel, ancien magistrat, le député Jean-Pierre Brard, l’anti-secte Alain Vivien, des militants des droits de l’Homme (sans oublier le juge Bruguière puisqu’il n’est plus en charge du dossier). La presse française aime le charivari facteur d’audience ? Elle en aura. Ce sera mieux en tous cas que les quelques lignes pour annoncer les victoires judiciaires de l’OMPI. L’objectif ? Faire autant de battage qu’ont fait les médias le 17 juin 2003, lorsqu’il s’agissait de crier “Haro sur le baudet”. Maryam Radjavi, dont une sœur, Narguesse, a été exécutée par le régime du Shah et une autre, Massoumeh, morte, enceinte de huit mois, sous la torture des sbires de Khomeiny connaît son sujet. Allons, un peu de courage. L’information doit être objective. Du moins, c’est ce que l’on prétend ■

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