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Téhéran instrumentalise la 57e audience de son procès-spectacle contre l’OMPI/MEK pour faire pression sur les gouvernements occidentaux

Téhéran instrumentalise la 57e audience de son procès-spectacle contre l'OMPI/MEK pour faire pression sur les gouvernements occidentaux
Un simulacre de procès à Téhéran, orchestré pour faire croire que les membres de la Résistance iranienne ont bénéficié d’un procès inique

Le système judiciaire iranien a utilisé la 57e audience de son procès de masse contre les membres de l’Organisation des Moudjahidines du peuple d’Iran (OMPI/MEK) pour accentuer la pression sur les gouvernements occidentaux, exigeant des extraditions et invoquant les troubles en Europe comme un avertissement contre toute autorisation donnée au mouvement d’opposition d’opérer à l’étranger.

L’audience du 20 octobre à Téhéran concernait 104 personnes affiliées à l’OMPI/MEK ainsi que l’organisation elle-même en tant qu’entité juridique. Le juge Amir-Reza Dehghani, qui présidait l’audience, a exhorté les gouvernements européens à faciliter l’extradition des accusés et a soutenu que les pays accueillant des personnes accusées de terrorisme par Téhéran compromettaient leur propre sécurité.

Ce qui distinguait cette session de nombreuses audiences précédentes était la volonté du juge d’établir un lien direct entre l’affaire et les troubles actuels en Europe.

Utiliser les manifestations en France comme un avertissement

Dehghani a notamment évoqué les troubles en France, arguant que les pays qui offrent refuge à des réseaux accusés de violence par Téhéran risquent, à terme, d’importer eux-mêmes l’instabilité. Les médias proches du régime ont résumé son argument de manière sans détour : abriter des personnes accusées de terrorisme revient à alimenter les troubles en Europe.

Cette intervention n’en était pas moins politiquement significative. Les médias d’État iraniens mettent en avant les troubles en Europe comme preuve d’instabilité et d’une prétendue hypocrisie occidentale, tandis que le régime qualifie systématiquement les manifestations en Iran de fruits d’ingérence étrangère. Au tribunal, les deux discours se sont rejoints : les troubles intérieurs en France ont été instrumentalisés pour inciter les gouvernements européens à restreindre la principale opposition organisée de Téhéran.

Les exigences du juge allaient bien au-delà de simples critiques rhétoriques. Le tribunal a de nouveau exhorté les gouvernements étrangers à coopérer avec Téhéran concernant les accusés résidant à l’étranger et a présenté l’extradition comme une obligation internationale. Lors des audiences précédentes de cette même procédure, il avait également été demandé d’identifier et de saisir les avoirs appartenant aux accusés et à l’OMPI. En septembre 2024, le juge Dehghani a formellement ordonné l’identification et le gel des avoirs liés aux personnes jugées.

Du procès national à l’instrument de politique étrangère

La procédure ressemble de plus en plus à bien plus qu’une simple tentative de poursuivre des allégations historiques.

Depuis près de trois ans, Téhéran utilise régulièrement ce simulacre de procès pour s’adresser à la France, au Royaume-Uni, aux États-Unis et à d’autres pays où résident des figures de l’opposition iranienne. Lors de précédentes sessions, Dehghani s’était déjà interrogé sur les raisons pour lesquelles des gouvernements ayant autrefois classé l’OMPI comme organisation terroriste l’avaient ensuite retirée de ces listes et avait soutenu que les responsables étrangers devaient être tenus pour responsables de continuer à accueillir ses membres.

La 57e session a approfondi cet argument en présentant la présence continue de dissidents iraniens à l’étranger comme une menace pour les sociétés d’accueil elles-mêmes.

Ceci crée une contradiction majeure dans la façon dont Téhéran présente l’OMPI.

Les médias du régime décrivent régulièrement l’organisation comme isolée, vaincue et sans soutien significatif. Pourtant, le pouvoir judiciaire a consacré 57 sessions publiques à la poursuite de 104 de ses membres et de l’organisation elle-même, tout en exhortant à plusieurs reprises les gouvernements étrangers à restreindre son espace financier, juridique et politique.

Le discours tenu lors de la dernière audience n’a guère laissé entendre que Téhéran considère l’organisation comme un simple adversaire historique.

Au contraire, le juge a présenté sa présence continue en Europe comme suffisamment grave pour menacer l’ordre public à l’étranger et a pressé les gouvernements occidentaux de contribuer à démanteler l’environnement dans lequel l’organisation opère. Quel que soit le fondement de ces affirmations, elles démontrent que les autorités iraniennes continuent de considérer les Moudjahidine du peuple iranien (MEK) comme une menace politique et sécuritaire active.

Une revendication d’équité au tribunal

Une autre contradiction a émaillé l’audience. Dehghani a commencé par insister sur la présomption d’innocence et a déclaré que le tribunal ne deviendrait pas un instrument de vengeance. Les médias d’État l’ont cité promettant le respect de la loi, même face à des accusations telles que « baghi » (rébellion armée) ou « efsad-e fel-arz » (corruption sur terre).

Pourtant, lors de cette même audience, les accusés ont été publiquement qualifiés de terroristes, tandis que le juge, censé siéger au tribunal, exhortait les gouvernements étrangers à les extrader et mettait en garde les Européens contre les conséquences de leur accueil.

Curieusement, Téhéran présente de plus en plus ce procès sur la scène internationale comme une procédure judiciaire classique, tout en l’utilisant pour faire pression sur des gouvernements avec lesquels il entretient des différends politiques plus larges.

La référence à la France a particulièrement mis en lumière le véritable objectif de cette manœuvre.

Un tribunal qui, en apparence, déterminait la responsabilité pénale individuelle, envoyait également un message géopolitique : les gouvernements occidentaux devraient réduire la marge de manœuvre de l’opposition organisée iranienne, sous peine, selon Téhéran, d’en subir eux-mêmes les conséquences.