
Le président iranien, Masoud Pezeshkian, évoque désormais ouvertement le lien entre la dégradation de la situation économique et le risque de troubles internes. S’adressant à des responsables dans la province de l’Azerbaïdjan oriental, il a affirmé que la République islamique n’avait « jamais » connu, en 48 ans d’existence, une pression d’une telle intensité. Il a décrit un scénario dans lequel le blocage des voies commerciales et la détérioration des services publics susciteraient le mécontentement de la population, menant in fine à des « protestations sociales ».
Cette inquiétude s’accompagne d’une stratégie plus globale en matière de sécurité intérieure. La commission de la sécurité nationale et de la politique étrangère du Parlement examine, en concertation avec des responsables du Basij, un projet de loi visant à « contrer l’infiltration étrangère ». Parallèlement, les médias d’État insistent, dans leurs récentes communications, sur l’organisation au niveau des quartiers, le rôle central des réseaux gravitant autour des mosquées, ainsi qu’une présence du Basij davantage axée sur le renseignement.
Pezeshkian dresse un bilan des failles internes de l’Iran https://t.co/PQeQhdFlF3 https://t.co/tEUjMle8go
— CNRI-France (@CNRIFrance) October 15, 2026
Pezeshkian met également en garde contre des divisions au sein même de l’appareil dirigeant. Lors du conseil des ministres du 14 octobre, il a exhorté les responsables à ne pas se laisser distraire par des « semeurs de discorde » qui, selon lui, passent leur temps à insulter, accuser et affaiblir les cadres et hauts fonctionnaires. Le média KhabarOnline a rapporté son appel à l’unité et à la cohésion dans un contexte de « guerre économique ». Ses propos témoignent d’une confrontation plus large, portant sur la gestion de la guerre, les négociations et la responsabilité de la crise actuelle.
Guerre, négociations et escalade entre factions
Le président du Parlement, Mohammad-Bagher Ghalibaf, a exprimé ce désaccord avec une franchise inhabituelle, soutenant que l’Iran ne peut miser exclusivement ni sur la diplomatie, ni sur l’escalade militaire. Selon lui, le régime doit être capable de « se préparer à la guerre, de combattre et de négocier » simultanément, afin d’instaurer ce qu’il qualifie de « dissuasion durable ». Par ailleurs, le vice-président exécutif Mohammad-Jafar Ghaempanah a souligné, dans une déclaration distincte, qu’aucune négociation ne saurait avoir lieu sans une décision du Conseil suprême de sécurité nationale et l’approbation finale de Mojtaba Khamenei ; une précision qui met en évidence à quel point toute éventuelle orientation vers des pourparlers demeure étroitement contrôlée par les plus hautes instances.
Le différend s’est propagé jusque dans la rue. Lors d’un rassemblement hostile à Hassan Rohani et Mohammad Javad Zarif, le 14 octobre, les participants ont scandé : « Zarif, l’Américain, tu es notre honte ! », qualifiant par ailleurs l’ancien président Hassan Rohani d’« infiltré » et de « figure corrompue à la solde des Britanniques ». Cette manifestation s’inscrit dans une campagne plus large, menée par des personnalités et des médias de la ligne dure, contre Rohani et Zarif, au sujet des négociations, des relations avec Washington et de la responsabilité des choix politiques passés. Le média KhabarOnline a déjà fait état de discours, au sein des cercles radicaux, allant jusqu’à réclamer des poursuites judiciaires, voire l’exécution, des deux anciens responsables.
Le tableau qui se dessine est celui d’un régime soumis à une pression intense et de plus en plus en proie à des divisions internes. Alors que les dirigeants appellent à la cohésion, des factions rivales mobilisent leurs partisans les unes contre les autres, s’affrontant ouvertement sur la question de savoir si les négociations constituent une réponse nécessaire à une pression croissante, ou un recul inacceptable.
Un rassemblement dans la « tranchée de la rue » dégénère en rixe
Cette contradiction a été mise en lumière dans la ville de Rasht, au nord du pays. Les médias d’État ont largement relayé la mobilisation « Janfadayane Iran » (« Ceux qui se sacrifient pour l’Iran »), organisée le 15 octobre, la présentant comme une démonstration de préparation, de loyauté et de cohésion. L’agence ISNA a rapporté que les organisateurs tablaient sur plus de 40 000 participants, tandis que l’agence Mehr décrivait l’événement comme une manifestation de la présence populaire dans la « tranchée de la rue ».
Pourtant, des images vidéo de l’événement montrent une confrontation physique. Selon les informations accompagnant ces images, des riverains, importunés par le bruit de ce rassemblement nocturne, ont exprimé leur mécontentement, ce qui a fait dégénérer la situation en rixe. Si l’élément déclencheur précis n’a pas été officiellement confirmé, le contraste politique est manifeste : un événement orchestré par l’État, censé témoigner de la discipline et de la maîtrise de l’espace public, a au contraire suscité des tensions visibles avec les habitants.
Deux nouveaux membres des forces de sécurité tués dans le sud-est ; effondrement économique https://t.co/UFNIJ0mCEv https://t.co/PsnfSJNew3
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Un autre incident est venu renforcer la méfiance au sein de la classe politique. Un homme armé a été interpellé, le 13 octobre, en marge d’un événement organisé par la Fondation Baran à la Bibliothèque nationale de Téhéran, auquel assistaient d’anciens responsables proches de Mohammad Khatami. Selon des sources proches de la fondation, il visait l’ancien ministre des Routes, Abbas Akhundi, et revendiquait des liens avec un groupe cherchant à éliminer plusieurs personnes. Une source sécuritaire a confirmé l’arrestation, mais a précisé que les enquêteurs n’avaient pas établi de caractère organisé ou terroriste de l’incident.
La pression économique affecte l’accès aux aides alimentaires et sociales de base
L’opération « Baas » menée le 16 octobre par les Gardiens de la révolution – qui ont annoncé la distribution de plus de 400 000 kits de subsistance et de 700 dots – relevait moins d’une solution à la pauvreté que d’une démonstration politique. L’agence Tasnim l’a présentée comme une aide d’urgence en temps de « guerre économique », tandis que le régime instrumentalisait une institution centrale de répression et de sécurité intérieure pour projeter une image de solidarité. Cependant, ces aides ponctuelles ne peuvent compenser l’effondrement du pouvoir d’achat.
Face à une inflation alimentaire à trois chiffres et à des taux alarmants, ces mesures ne représentent pour de nombreux ménages qu’un soulagement éphémère. Cette mobilisation témoigne donc d’une inquiétude croissante quant au risque d’un soulèvement social plus large, exacerbé par l’aggravation des difficultés de subsistance.
L’ampleur de cette mobilisation coïncide avec une pression accrue sur la production alimentaire. Les responsables du secteur avicole signalent une forte hausse du coût de l’alimentation animale et des coûts de production, les producteurs ayant de plus en plus de mal à se procurer du maïs et du tourteau de soja aux prix officiels. Selon de précédents rapports de l’ISNA, les prix du maïs étaient plusieurs fois supérieurs aux niveaux réglementés et le tourteau de soja se négociait à des prix bien supérieurs à son prix officiel. Les producteurs affirment que ces conditions réduisent la production et augmentent le risque de nouvelles hausses de prix.
De violents combats s’étendent dans le Sud-Est malgré les affirmations du régime concernant le « démantèlement » des réseaux armés https://t.co/Y7CnLu5apz https://t.co/dyYEZ0uz2r
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Le tableau qui se dessine est celui d’une imbrication croissante entre la gestion de la crise économique, les conflits entre factions et la mobilisation sécuritaire. Les dirigeants anticipent les protestations, renforcent les structures de voisinage, organisent des manifestations de masse de loyauté dans les rues et utilisent les Gardiens de la révolution pour distribuer l’aide de base, tandis que leurs propres factions s’affrontent ouvertement au sujet de la guerre et des négociations.

