
Alors que l’accès mondial à Internet continue de croître, offrant des opportunités sans précédent d’innovation et de connexion, l’Iran se distingue comme une exception flagrante. Le contrôle oppressif du régime iranien sur le paysage numérique a transformé un atout mondial en une crise intérieure, caractérisée par un filtrage lourd, des vitesses lentes et une hypocrisie systématique des responsables de l’État. Les récentes révélations d’Abolhassan Firouzabadi, ancien chef du Conseil suprême du cyberespace iranien, ont exposé les contradictions croissantes du régime et son incapacité à contrôler efficacement Internet.
Une justification en ruine du filtrage
Dans une interview du 20 décembre 2024, Firouzabadi a admis franchement l’échec de la censure d’Internet. « Il est désormais évident pour tous que le filtrage a été inefficace », a-t-il déclaré, soulignant que des dizaines de millions d’Iraniens continuent d’utiliser des plateformes comme Instagram, Telegram et WhatsApp malgré leur interdiction officielle. « Cela rend le filtrage inutile », a-t-il ajouté.
Les remarques de Firouzabadi ont également révélé la nature intrinsèquement autoritaire des plateformes nationales iraniennes. Il a confirmé que des applications comme Eitaa sont sous le contrôle du gouvernement, en particulier liées au séminaire de Qom, et font partie de la stratégie du régime pour remplacer les plateformes mondiales par des alternatives contrôlées par l’État. Malgré des investissements importants et de la propagande, ces plateformes n’ont pas réussi à gagner la confiance ou la traction nécessaires pour répondre aux besoins sociaux et économiques des Iraniens.
Firouzabadi a critiqué le manque de fondement juridique de la censure d’Internet, soulignant que le filtrage a été imposé « par la persistance de certains groupes » plutôt que par la loi. Ses remarques ont souligné la stratégie défectueuse du régime consistant à supprimer les plateformes étrangères sans fournir d’alternatives nationales fonctionnelles. Il a également révélé que les plans initiaux de filtrage étaient destinés à être une mesure temporaire, en contradiction avec sa mise en œuvre indéfinie actuelle sous le régime de Masoud Pezeshkian, qui a intensifié ces restrictions malgré les promesses de campagne précédentes de les assouplir.
Une nation de VPN : la réalité du filtrage
L’une des révélations les plus frappantes est venue de l’ancien député Rasoul Rashidi-Kouchi, qui a déclaré que 85 % des Iraniens utilisent des VPN pour contourner la censure sur Internet. Ce recours généralisé met en évidence l’inefficacité du filtrage et le profond mécontentement du public à l’égard des politiques du régime. Kouchi a avoué l’hypocrisie des responsables de l’État qui, tout en interdisant des plateformes comme Instagram et X aux citoyens ordinaires, utilisent activement ces plateformes eux-mêmes pour promouvoir leurs programmes.
Firouzabadi a fait écho à ces sentiments, soulignant la futilité d’essayer de contrôler une population de plus en plus habile à contourner les restrictions. « Le filtrage n’est plus justifié en aucun cas », a-t-il déclaré, ajoutant que le discours du régime sur la protection des valeurs culturelles n’a pas trouvé d’écho auprès du public.
Comparaisons mondiales : l’isolement numérique de l’Iran
La crise de l’Internet en Iran devient encore plus flagrante que dans d’autres pays. Les données de Speedtest placent l’Iran en bas du classement mondial pour la vitesse de l’Internet mobile, loin derrière même ses pairs régionaux. Les Émirats arabes unis arrivent en tête de liste avec 428 Mbps, suivis par le Qatar avec 356 Mbps et le Koweït avec 258 Mbps. L’Iran, cependant, se classe 72e.
Ces chiffres reflètent non seulement l’inadéquation technologique, mais aussi la priorité accordée par le régime au contrôle plutôt qu’au progrès. Alors que les pays voisins exploitent l’Internet rapide pour favoriser l’innovation, le régime iranien a transformé la sphère numérique en champ de bataille de la répression, limitant l’accès des citoyens à des outils essentiels pour l’éducation, les affaires et les relations sociales.
L’hypocrisie au plus haut niveau
L’utilisation de plateformes filtrées par les responsables iraniens ajoute une autre couche d’hypocrisie. Malgré les restrictions publiques, des milliers de responsables gouvernementaux, dont des membres du Conseil suprême du cyberespace, bénéficient d’un accès illimité à Internet. Firouzabadi l’a confirmé, soulignant que les acteurs étatiques utilisent régulièrement des VPN pour accéder à des plateformes interdites tout en condamnant les citoyens ordinaires qui font de même.
De plus, Firouzabadi a révélé que les efforts visant à fournir un « accès Internet à plusieurs niveaux » à des groupes spécifiques, tels que les universitaires, les journalistes et les entreprises, ont été contrecarrés à la fois par la résistance du gouvernement et par la réaction du public contre ce qui était perçu comme un « Internet basé sur les classes ». Cet échec politique souligne l’incapacité du régime à concilier ses pratiques répressives avec les exigences d’une population de plus en plus connectée.
Le guide suprême Ali Khamenei a toujours présenté Internet comme un problème de sécurité, affirmant qu’il constituait une menace pour la « stabilité psychologique ». Sa rhétorique reflète la peur plus large du régime de perdre son emprise sur le discours public. L’aveu de Firouzabadi selon lequel les plateformes nationales sont directement liées Les révélations de Firouzabadi sur l’internet révèlent l’intention du régime de centraliser le contrôle de la sphère numérique.
Malgré les promesses du président Masoud Pezeshkian de s’attaquer à ces problèmes, la censure n’a fait que s’intensifier. Dans le même temps, la stratégie du régime consistant à présenter les plateformes étrangères comme des menaces n’a pas réussi à cacher sa propre dépendance à leur égard, révélant une contradiction fondamentale qui érode sa crédibilité tant dans le pays qu’à l’étranger.
Une crise de légitimité
Les politiques du régime iranien en matière d’internet sont emblématiques de ses échecs plus larges. En donnant la priorité au contrôle de la connectivité, il a aliéné ses citoyens, étouffé les opportunités économiques et s’est isolé du progrès mondial. Les révélations de Firouzabadi servent de rappel brutal de l’approche intenable du régime, soulignant le fossé croissant entre les impulsions autoritaires du gouvernement et la demande de liberté du public.
Alors que l’Iran est à la traîne du monde en matière de développement numérique, l’hypocrisie du régime devient de plus en plus intenable. Que ce soit par le biais de VPN ou de manifestations populaires, les Iraniens continuent de résister, montrant clairement qu’aucune censure ne peut faire taire leur appel au changement.

