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Une marche au nom de la SAVAK sème le trouble dans les consciences

Une marche au nom de la SAVAK sème le trouble dans les consciences
Des monarchistes iraniens à Ratisbonne, en Allemagne, le 10 mai 2026, exhibant des bannières et des T-shirts à l’effigie de la SAVAK.

Le régime terroriste iranien vacille sous le poids de la crise économique, des humiliations militaires et de la colère croissante d’une population épuisée par près d’un demi-siècle de règne théocratique. Pourtant, sa stratégie de survie a toujours reposé sur une idée simple : convaincre les Iraniens que l’alternative serait pire encore. C’est précisément dans ce vide politique que s’engouffrent aujourd’hui les monarchistes, appelant au retour de l’ancienne dictature et de sa redoutable police politique, la SAVAK.

Ce week-end, en Allemagne, des monarchistes iraniens ont défilé vêtus de T-shirts portant le symbole de la SAVAK, glorifiant ouvertement l’appareil sécuritaire de l’ère du Shah, tristement célèbre pour les tortures, les disparitions forcées et la répression systématique des opposants.

Sur les réseaux sociaux, les appels au rétablissement de la SAVAK se multiplient, accompagnés de menaces visant à « faire taire » les critiques. Il ne s’agit pas d’une véritable stratégie de mobilisation, mais plutôt d’une mise en scène destinée aux plateformes comme Instagram : des gestes sans risque ni sacrifice, qui offrent au régime iranien des images prêtes à être diffusées par la télévision d’État pour alimenter son discours : « Regardez ce qui vous attend si la République islamique tombe. »

Ce message atteint une population qui garde en mémoire aussi bien la brutalité de l’ancienne dictature que celle du régime actuel.

La même fascination pour la SAVAK s’est récemment illustrée lorsqu’un rappeur britanno-iranien proche des milieux monarchistes a publié une chanson appelant à l’élimination des Gardiens de la révolution et des Bassidj — un thème fréquent dans les slogans anti-régime — avant d’assimiler immédiatement les mollahs à l’Organisation des Moudjahidines du peuple d’Iran (OMPI/MEK). « Nous ne voulons ni des mollahs ni du MEK. Qu’on les élimine sur place, sans pitié », déclarait-il.

Reza Pahlavi defends all of the Shah’s dictatorial actions

Lors de sa performance, l’artiste portait un T-shirt frappé du logo de la SAVAK, transformant ainsi sa chanson en une nouvelle opération de promotion de cet appareil répressif aujourd’hui glorifié par certains monarchistes.

Ces démonstrations dépassent largement la simple nostalgie. La SAVAK, police secrète du Shah, comptait parmi les appareils de répression les plus redoutés des années 1970. Les rapports d’Amnesty International de l’époque documentaient un usage systématique de la torture contre les prisonniers politiques : chocs électriques, flagellations, passages à tabac, violences sexuelles, détentions au secret prolongées et diverses formes de sévices physiques et psychologiques destinés à extorquer des aveux. De nombreux prisonniers étaient détenus pendant des mois sans contrôle judiciaire, tandis que des « aveux » obtenus sous la contrainte servaient ensuite de base à des procès iniques et à des exécutions.
Reza Pahlavi continue par ailleurs de défendre les actions autoritaires du Shah et de minimiser les crimes commis sous son règne.

Lorsque les monarchistes arborent fièrement les symboles de la SAVAK et réclament son retour, ils ne représentent pas une menace sérieuse pour les mollahs. Ils participent au contraire, souvent involontairement, au travail de propagande du régime. Ils renforcent le dilemme que la République islamique martèle depuis des décennies : « Choisissez-nous, ou retournez aux tortionnaires de l’ancien régime. »

C’est sans doute le plus grand service que les monarchistes puissent rendre à Téhéran : démontrer publiquement, devant les caméras, qu’un éventuel « changement de régime » pourrait simplement signifier le remplacement d’un système autoritaire par un autre.

Loin d’incarner une véritable alternative démocratique, les monarchistes contribuent ainsi à renforcer le discours préféré du régime : il n’existerait aucun choix entre le turban et la couronne, aucune troisième voie crédible. Les mollahs ne pourraient rêver meilleure propagande.

Même certains soutiens historiques du monarchisme reconnaissent désormais l’impasse politique du mouvement. Le 9 mai 2026, sur les ondes de Voice of America, Reza Taghizadeh, ancien directeur du cabinet de Farah Pahlavi et proche conseiller de Reza Pahlavi pendant plusieurs années, a livré un constat sévère : « Je ne voterai pas pour Reza Pahlavi. En toutes ces années, il n’a même pas posé une seule brique sur une autre. » Il a également affirmé que les actions de Reza Pahlavi avaient, en pratique, rendu service à la République islamique.

Lorsqu’une figure historique du courant monarchiste affirme publiquement que Reza Pahlavi n’a accompli aucune action concrète contre le régime — et que ses initiatives ont même indirectement servi les intérêts de la République islamique — le constat devient difficile à ignorer.

Leur proximité avec certaines puissances étrangères, leurs discours favorables au maintien de vestiges de l’ancien appareil sécuritaire et leur attachement à certaines structures coercitives alimentent la peur la plus profonde d’une partie des Iraniens : celle qu’un « changement de régime » ne soit en réalité qu’une continuité autoritaire sous de nouveaux symboles.

Pendant des années, des analystes favorables à l’unité de l’opposition ont soutenu que les divergences idéologiques pourraient être réglées par les urnes après la chute de la dictature. Mais cette lecture apparaît de plus en plus contestée. Les monarchistes ne sont pas perçus comme une simple faction parmi d’autres : leur revendication d’une restauration héréditaire, leur glorification assumée des institutions répressives de l’ancien régime — notamment la SAVAK — et leur hostilité envers certaines formes de résistance organisée les transforment en repoussoir idéal pour la propagande officielle.

Ils ne constituent pas de véritables rivaux pour la résistance organisée en Iran ; ils offrent plutôt au régime une cible facile à désigner en déclarant : « Voilà votre alternative. » Suffisamment bruyants pour monopoliser l’espace médiatique de la diaspora, mais trop inefficaces pour produire un réel changement sur le terrain — et assez autoritaires pour inquiéter quiconque aspire à une rupture démocratique authentique.