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Le message télévisé de Khamenei et démenti concernant le dialogue américain

Le message télévisé de Khamenei et démenti concernant le dialogue américain
Ali Khamenei diffuse un message préenregistré pour la Journée des Bassidj dans un contexte de mesures de sécurité renforcées — 27 novembre 2025

Dans une allocution préenregistrée diffusée le 27 novembre 2025, le Guide suprême du régime iranien, Ali Khamenei, est brièvement apparu pour marquer la « Journée du Bassidj », niant les informations faisant état d’une tentative de rapprochement de Téhéran avec Washington et appelant à l’unité des factions dirigeantes divisées. Cette année, contrairement aux cérémonies précédentes, il n’est apparu ni en public ni ne s’est adressé directement aux forces Bassidj – une absence qui fait suite à plusieurs semaines de renforcement des mesures de sécurité et de dissensions internes concernant les négociations avec les États-Unis.

Khamenei a rejeté les révélations de Reuters et d’autres médias selon lesquelles Téhéran aurait sollicité une médiation saoudienne pour rétablir le dialogue avec Washington, qualifiant ces informations de « purs mensonges » et insistant sur le fait que le régime clérical ne cherche « absolument » pas à nouer de relations avec les États-Unis. Ce démenti intervient malgré les confirmations de l’ancien député Mostafa Kavakebian selon lesquelles Massoud Pezeshkian avait adressé une lettre à Mohammed ben Salmane « avec l’autorisation de Khamenei », et malgré les informations selon lesquelles Trump aurait autorisé Riyad à jouer le rôle d’intermédiaire.

Démentis malgré des tentatives de médiation confirmées

Plutôt que de s’exprimer sur le fond des informations, Khamenei a présenté cette affaire comme une simple « rumeur » propagée par l’étranger. Pourtant, de multiples sources – y compris des informateurs iraniens et des intermédiaires régionaux – ont confirmé que Pezeshkian avait exhorté le prince héritier saoudien à inciter Washington à reprendre les négociations nucléaires.

Cette contradiction souligne à quel point ces ouvertures sont périlleuses pour le régime lui-même : toute allusion à des négociations avec Washington risque de démoraliser davantage une base de pouvoir déjà fragilisée et de révéler la profonde vulnérabilité du système.

Le démenti catégorique et abrupt de Khamenei semble viser à limiter les dégâts – une tentative de reprendre le contrôle après que de multiples fuites ont rendu indubitablement visibles les efforts secrets du régime.

Un dirigeant reclus après la guerre des douze jours

La faible visibilité de Khamenei depuis le conflit de douze jours avec Israël a alimenté les spéculations quant aux craintes sécuritaires au sein du régime. Pendant la guerre et les semaines qui ont suivi, il est resté à l’écart de la vie publique et se serait réfugié dans un complexe souterrain. Sa décision de commémorer la Journée des Bassidj par un simple message préenregistré souligne la prudence du régime dans un contexte de fortes tensions politiques et militaires.

Il a néanmoins tenté de projeter une image de force, affirmant que l’Iran avait infligé une « véritable défaite » aux États-Unis et à Israël. Il a déclaré que l’ennemi était « rentré les mains vides » et que le régime avait subi moins de pertes matérielles que ses adversaires – des affirmations qui contrastent fortement avec le bilan réel des frappes, des assassinats de hauts responsables des Gardiens de la révolution et des défaillances des services de renseignement qui ont mis à mal les services de sécurité iraniens.

Les appels à l’unité témoignent de divisions internes croissantes

L’un des signes les plus manifestes de ces tensions a été l’aveu de Khamenei quant à l’existence de « divergences entre groupes et factions politiques » au sein du régime. Il a exhorté l’élite dirigeante à rester unie « comme lors de la guerre des douze jours », présentant la cohésion interne comme essentielle à la « force nationale ».

De tels appels surgissent généralement dans des moments de vulnérabilité. Cette année, les principaux facteurs sont les suivants :

  • divisions croissantes concernant la diplomatie avec les États-Unis
  • disputes sur la gestion de la guerre
  • désaccords sur l’action du gouvernement et
  • baisse de la confiance envers l’administration Pezeshkian au sein des Gardiens de la révolution et des cercles proches de Khamenei.

Les médias d’État du régime, dont Tasnim, ont insisté à plusieurs reprises sur le thème de l’unité, signe d’une érosion du pouvoir au sommet de l’État.

L’éloge excessif des Bassidjis révèle une crainte de troubles

Khamenei a consacré une grande partie de son discours à glorifier les Bassidjis, les qualifiant de « grand trésor national » et affirmant que l’Iran « a besoin des Bassidjis plus que tout autre pays ». Il a exhorté les responsables à agir « comme les Bassidjis » et a exigé que la milice soit activement promue auprès des jeunes.

De tels éloges accompagnent généralement les périodes de mécontentement populaire croissant. En qualifiant de « Bassidjis » des scientifiques, des ingénieurs en missiles, des médecins et même des athlètes, Khamenei a tenté de fédérer des pans entiers de la population autour d’un appareil sécuritaire unifié. Cette surenchère rhétorique illustre une tactique de longue date du régime : assimiler l’identité nationale à la loyauté envers le Guide suprême.

L’accent mis sur l’expansion des Bassidjis suggère que le régime anticipe une reprise des manifestations et a besoin d’un réseau de contrôle social plus étendu.

Les attaques contre les États-Unis révèlent une anxiété diplomatique

Tout en refusant toute médiation, Khamenei a lancé des accusations de grande ampleur contre Washington, qualifiant les États-Unis de « voyou international », de « soutien au génocide » et d’« État avec lequel l’Iran ne chercherait pas à coopérer ». Il a lié les actions américaines aux conflits, de Gaza à l’Amérique latine.

Aux États-Unis, il a multiplié les déclarations selon lesquelles le pays souffrirait d’un « isolement croissant ».

Cette rhétorique poursuit un double objectif :

  1. Se distancer des ouvertures diplomatiques déjà exposées au grand jour ;
  2. Rassurer les fidèles du régime quant à son engagement dans la confrontation idéologique, malgré la pression interne croissante en faveur d’un changement politique.

Le Financial Times a constaté qu’un nombre croissant de membres du régime – y compris des proches de hauts responsables – appellent désormais à reconsidérer la confrontation avec les États-Unis suite aux conséquences de la guerre.

Un dirigeant sur la défensive

Le message vidéo de Khamenei – prononcé depuis son isolement, niant les efforts de médiation avérés, exagérant les succès militaires et plaidant pour l’unité – révèle un régime qui peine à gérer ses divisions internes. Ses éloges des Bassidj et son insistance sur la fermeté idéologique témoignent d’une direction qui conçoit la cohésion sous l’angle de la répression plutôt que de la gouvernance.

Les contradictions entre ses affirmations et les actions du régime soulignent une structure politique de plus en plus caractérisée par l’insécurité, le secret et l’absence de confiance du public.