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Le régime clérical iranien montre des signes de faiblesse : hausse des prix du carburant, « internet blanc » et purges s’entrechoquent

Le régime clérical iranien montre des signes de faiblesse : hausse des prix du carburant, « internet blanc » et purges s'entrechoquent
Violente dispute entre députés au Majlis, le parlement des mollahs iraniens

Le vendredi 28 novembre 2025, les médias d’État iraniens ont dressé un tableau inhabituellement franc d’un système à bout de souffle : des loyalistes accusant des membres du gouvernement de « mentir au Guide suprême », des parlementaires s’opposant sur la question des services publics défaillants, une pollution atmosphérique importante recouvrant la capitale et le gouvernement se préparant aux conséquences de sa nouvelle tarification de l’essence à 5 000 tomans. Parallèlement, le scandale de l’« internet blanc » – un accès illimité pour les responsables tandis que le public paie pour des VPN – a exacerbé le sentiment d’injustice structurelle.

De ces récits découle un thème récurrent : un pouvoir clérical qui renforce sa discipline interne tout en faisant peser les charges économiques et environnementales sur les citoyens.

Tests de loyauté et craintes liées à la politique étrangère

L’ancien député Amir-Hossein Ghazizadeh Hashemi est intervenu à la télévision d’État pour exiger une sanction « sévère et dissuasive » contre les responsables qui, selon lui, avaient faussement affirmé que Pezeshkian – avec l’aval de Khamenei – avait échangé des messages avec Trump.

Le rédacteur en chef de Kayhan, Hossein Shariatmadari, a durci le ton, avertissant que « ceux qui répandent ce mensonge – malgré le démenti des quatre principaux centres gouvernementaux – sont eux-mêmes au sein du gouvernement, occupant des postes sensibles, voire très proches du pouvoir ».

Parallèlement, le quotidien Javan, proche des Gardiens de la révolution, a dénoncé la naïveté de toute idée de « véritables négociations », publiant un éditorial affirmant au vice-ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, que les politiciens européens font preuve d’une « mentalité débridée ».

L’ancien diplomate Mohammad-Qassem Mohibali, s’exprimant auprès de Bahar News, a averti que si une rhétorique incendiaire – comme les récents propos sur « la seule voie possible que la destruction d’Israël » – venait à s’aligner sur la politique étrangère, « une autre guerre » deviendrait plausible et « l’équilibre des forces ne serait plus en faveur de l’Iran ». Sa critique ne vise pas à réformer le système, mais à prévenir une confrontation à laquelle il pourrait ne pas résister.

La politique de « l’Internet blanc »

Si la politique étrangère révèle les lignes rouges idéologiques, le scandale d’Internet met au jour un apartheid et une discrimination systémiques. Le député Ahmad Bakhshayesh Ardistani a admis cette semaine que les parlementaires bénéficient d’un accès Internet totalement libre dès leur entrée en fonction et que « de nombreux services de renseignement et de sécurité » utilisent les mêmes cartes SIM « blanches », exemptées de filtrage.

Parallèlement, KhabarOnline a relayé l’information selon laquelle le quatorzième gouvernement aurait réduit de « 50 % » le nombre de ces cartes SIM privilégiées en un an. D’autres informations, notamment des fuites récentes via la géolocalisation de X, montrent que de hauts responsables, des députés et des présentateurs des médias d’État se connectent depuis l’Iran sans latence VPN. Résultat : la confirmation publique que ceux qui appliquent le filtrage n’y sont pas soumis.

L’ancien député Gholam-Ali Jafarzadeh Aminabadi a déclaré à Bahar News que cette discrimination a engendré une profonde méfiance envers le système, surtout après que le filtrage a anéanti de petites entreprises en ligne gérées par des femmes chefs de famille et des travailleuses à domicile. Abbas Abdi, ancien interrogateur des services de renseignement devenu militant des médias, a reconnu que « l’internet blanc » n’est pas un privilège à développer, mais la preuve d’une punition infligée à tous les autres – une disparité qui révèle la logique de contrôle sous-jacente au régime de filtrage lui-même.

Bakhshayesh a ajouté une autre dimension : une « mafia du VPN » dont le chiffre d’affaires annuel serait estimé à 300 000 milliards de tomans. Même les analystes proches du pouvoir reconnaissent que les données officielles sous-estiment la gravité de la situation : le filtrage est devenu à la fois un outil de contrôle politique et une source de revenus pour les réseaux liés aux institutions de sécurité.

Hausse des prix du carburant et pollution atmosphérique

Tandis que les factions s’affrontent, le fardeau économique se déplace inexorablement vers les ménages. Le 25 novembre, le gouvernement a approuvé un nouveau système de tarification de l’essence à trois niveaux : 1 500 tomans (quota), 3 000 tomans (deuxième niveau) et un nouveau tarif de 5 000 tomans pour les clients des stations-service. Les médias d’État se sont efforcés de présenter cette mesure comme modeste et « rationnelle », arguant qu’avec un dollar à plus de 113 000 tomans, même 5 000 tomans ne représentent que quelques centimes. Mais pour la plupart des ménages aux revenus modestes, les coûts de transport, les tarifs de fret et les prix des denrées alimentaires vont tous augmenter en conséquence.

Les chiffres officiels illustrent le dilemme : l’Iran produit environ 110 millions de litres d’essence par jour, mais en consomme environ 133 millions en période normale et plus de 160 millions pendant les fêtes. Le système ne peut se permettre une nouvelle hausse brutale comme celle de novembre 2019, ni financièrement, ni politiquement. D’où l’approche progressive : éviter un choc, mais récupérer les recettes fiscales.

La dégradation de l’environnement accentue la pression. Fin novembre, Téhéran était classée ville majeure la plus polluée au monde. Les experts du ministère de la Santé attribuent désormais plus de 54 000 décès par an à la pollution atmosphérique, soit environ 86 pour 100 000 habitants. Malgré des années d’avertissements, l’État continue de dépendre d’un parc automobile vieillissant, de carburants de qualité inférieure et de l’exploitation des ressources marines.

La combustion naturelle du mazout à haute teneur en soufre pose problème. Les solutions structurelles restent reportées car elles nécessiteraient de s’attaquer aux puissants groupes de pression des secteurs de l’énergie et de l’automobile.

Tensions parlementaires exacerbées

Au sein du Parlement, la pénurie engendre des frictions manifestes. Les députés ont mis en garde contre les conséquences de l’effondrement des services de santé, des déplacements de 240 kilomètres pour se faire soigner et de la suppression de l’assurance complémentaire des retraités – mais le président de l’Assemblée, Mohammad-Bagher Ghalibaf, les a systématiquement ignorés. Le grief sous-jacent à cette querelle de procédure est simple : le Parlement ne peut exercer son contrôle lorsque la crise touche tous les domaines.

Parallèlement, le député et religieux Hamid Rasaee a annoncé qu’un projet de loi retiré sur la « diffusion de fausses informations » en ligne serait réintroduit avec le soutien de Pezeshkian – une mesure qui renforce le contrôle numérique au moment même où le scandale du « white internet » met en lumière les privilèges des élites. Le député virulent Amir-Hossein Sabeti a relancé l’appel habituel à de nouvelles exécutions des « corrompus économiques », nommant des personnalités du monde des affaires tout en évitant soigneusement de mentionner le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) ou les instances religieuses qui dominent l’économie.

La rhétorique la plus extrême est venue du député Ghazanfari, qui a affirmé que certains des délits présumés de l’ancien président Hassan Rouhani s’apparentaient à de l’efsad-fel-arz (corruption et corruption) et a déclaré que le jour où « la corde serait passée autour du cou de Rouhani » serait un jour de fête pour « le peuple iranien ». Ces fantasmes publics d’exécutions relèvent moins de la justice que d’une volonté de rappeler aux dirigeants actuels que le système conserve des moyens de coercition au sommet de l’État.

Un État gouverné par le privilège et la pression

Ce que les reportages de cette semaine révèlent en définitive, ce n’est pas un État qui s’oriente vers une réforme structurelle, mais un État acculé par ses propres erreurs stratégiques : une politique régionale coûteuse, des erreurs économiques à répétition et un appareil de coercition sociale profondément enraciné. Il en résulte une classe politique engagée dans une surenchère de clameurs, chaque faction cherchant à se désolidariser du désastre tout en rejetant la faute sur ses rivaux.

Ces gesticulations n’apaisent en rien les tensions sous-jacentes. Au contraire, ces luttes intestines révèlent une vérité plus profonde : un système incapable de résoudre ses crises se replie sur lui-même, et chaque nouvelle querelle alimente les tensions au sein d’une société déjà instable.