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La divulgation des rapports détaille laide de lIran aux milices irakiennes

Gardiens de la révolution iraniensThe New York Times, 23 octobre – Le 22 décembre 2006, des autorités militaires américaines à Bagdad ont émis un avertissement secret : Le commandant de la milice chiite qui avait orchestré l’enlèvement de responsables du ministère de l’Enseignement supérieur irakien forgeait désormais des plans pour prendre en otage des soldats américains.
Ce qui rendait l’avertissement particulièrement inquiétant était les rapports de renseignement déclarant que le militant irakien Azhar al-Dulaimi avait été entraîné par des maîtres moyen-orientaux aux arts obscurs des opérations paramilitaires : les gardiens de la révolution en Iran et le Hezbollah, leur allié libanais.

“Dulaymi aurait reçu sa formation près de Qom en Iran par des agents du Hezbollah, qui étaient sous la supervision d’officiers de la force Qods des gardiens de la révolution iraniens (CGR- FQ), » note le rapport, en utilisant des variantes orthographiques des principaux intéressés.

Cinq mois plus tard, M. Dulaimi a été poursuivi et tué au cours d’une attaque américaine dans la vaste enclave chiite de Sadr City à Bagdad – mais pas avant que quatre soldats américains n’aient été enlevés dans un QG irakien à Karbala et exécutés au cours d’une opération dont les autorités militaires américaines ont dit qu’elle portait littéralement les empreintes digitales de M. Dulaimi.

De nombreux documents rendus public par WikiLeaks, qui a révélé des informations confidentielles concernant les guerres en Irak et en Afghanistan, offrent des regards terre à terre – du moins comme l’ont vu des unités américaines sur le terrain et les services de renseignements de l’armée américaine – sur la guerre de l’ombre entre les Etats-Unis et les milices irakiennes soutenues par les gardiens de la révolution.

Sous l’administration du président George W. Bush, les critiques ont reproché à la Maison Blanche d’avoir exagéré le rôle de l’Iran dans le but de détourner les critiques de sa gestion de la guerre et de renforcer le soutien à une politique de fermeté vis-à-vis de l’Iran, y compris la possibilité d’une action militaire.

Mais les rapports de terrain révélés par Wikileaks, qui n’ont jamais été destinés à être rendus publics, soulignent combien l’armée américaine a considéré avec sérieux le rôle de l’Iran. La lutte politique entre les États-Unis et l’Iran pour influencer les événements en Irak continue tandis que le Premier ministre Nouri Kamal al-Maliki cherche à rassembler une coalition – qui comprendrait le religieux anti-américain Moktada al-Sadr – pour lui permettre de rester au pouvoir. Mais une grande part de la préoccupation de l’armée américaine tourne autour du rôle de l’Iran pour armer et aider les milices chiites.

En citant le témoignage de détenus, le journal d’un militant capturé et de nombreuses découvertes de caches d’armes, entre autres renseignements, les rapports de terrain relatent le rôle de l’Iran dans l’approvisionnement des combattants des milices irakiennes en roquettes, bombes magnétiques qui peuvent être accrochées sous les voitures, explosifs anti blindage ou EFP, qui sont les bombes de bords de route les plus meurtrières en Irak, et d’autres armes. Celles-ci comprennent les très puissants fusils calibre 50 et le Missagh-1, une réplique iranienne du missile chinois portable sol-air, qui, d’après les rapports, a été tiré sur des hélicoptères américains et en a descendu un à l’est de Bagdad en juillet 2007.

Des activistes irakiens se sont rendus en Iran pour recevoir un entrainement de sniper et d’utilisation des explosifs, font valoir les rapports de terrain. La Force Qods iranienne a collaboré avec des extrémistes irakiens pour encourager les assassinats de responsables irakiens.

Les rapports montrent clairement que le conflit meurtrier entre les milices soutenues par l’Iran et les forces américaines a continué même après que le président Obama ait cherché à ouvrir un dialogue diplomatique avec les dirigeants iraniens et réaffirmé l’accord entre les Etats-Unis et l’Irak de retirer les troupes américaines d’ici la fin 2011.

Une force révolutionnaire

Institués par l’ayatollah Rouhollah Khomeiny après la révolution iranienne de 1979, les gardiens de la révolution ont étendu leur influence dans le pays sous la présidence de Mahmoud Ahmadinejad, un ancien membre du corps, et jouent un rôle important dans l’économie, la politique et la sécurité intérieure de l’Iran. Les troupes de la force Qods, sous le commandement du général en chef Qassem Soleimani, sont responsables des opérations étrangères et ont souvent cherché à opérer par le biais d’agents comme le Hezbollah.

Alors que le gouvernement américain a longtemps pensé que la Force Qods apportait un soutien décisif et une formation aux militants chiite en Irak, les rapports de terrain donnent de nouveaux détails sur le soutien iranien aux milices irakiennes et sur les opérations militaires américaines visant à les neutraliser.

Les rapports sont entièrement écrits du point de vue de la coalition dirigée par les Américains. Aucun rapport similaire irakien ou iranien n’est disponible. Les rapports américains ne comprennent pas non plus les évaluations plus complètes qui sont généralement préparés par les services de renseignement américains après des incidents sur le terrain.

Bien que certaines informations brutes ne puissent être vérifiées, elles sont néanmoins largement compatibles avec d’autres rapports publics et classés des services de renseignements américains rédigés par des responsables militaires américains. Comme l’ont vu des responsables américains, anciens et actuels, la Force Qods a deux objectifs majeurs : affaiblir et former le gouvernement naissant de l’Irak et réduire le rôle des États-Unis et leur influence en Irak.

Pour les personnes comme le général Soleimani, « qui ont traversé les huit années de la guerre Iran-Irak, il s’agit certainement de nous éprouver, mais il s’agit aussi de réaliser un avantage stratégique en Irak », a déclaré dans une interview Ryan C. Crocker, l’ambassadeur américain en Irak de 2007 jusqu’au début de 2009.

« Je pense que les Iraniens comprennent qu’ils ne domineront pas l’Irak » a ajouté M. Crocker, « mais je pense qu’ils vont faire de leur mieux pour l’affaiblir – pour avoir un pouvoir central faible constamment déséquilibré, qui devra supplier l’Iran d’arrêter de faire de mauvaises choses sans avoir le moyen de les forcer à arrêter. Et ce sera un Irak qui ne menacera plus jamais l’Iran ».

Politique et milices

D’après les rapports, l’Iran a joué un rôle à la fois politique et militaire. Un rapport du 27 novembre 2005, établi avant les élections parlementaires irakiennes de décembre 2005, avertit que des miliciens soutenus par l’Iran au sein du gouvernement irakien gagnaient du pouvoir et permettaient à l’Iran d’influencer la politique irakienne.

« L’Iran est en train de gagner le contrôle de l’Irak à de nombreux niveaux du gouvernement irakien », met en garde le rapport.

Les rapports relatent également un éventail d’incidents frontaliers, dont un le 7 septembre 2006, épisode au cours duquel un soldat iranien qui visait avec un lance-grenade un peloton américain essayant de quitter la zone frontalière, a été abattu par un soldat américain avec une mitrailleuse de calibre 50. Les membres du peloton américain, qui étaient allés dans la zone frontalière avec les troupes irakiennes à la recherche de «voies d’infiltration» utilisées pour le passage clandestin de bombes et d’autres armes en Irak, s’inquiétaient de ce que les troupes frontalières iraniennes essayaient de les encercler de s’emparer d’eux. Après cet incident, le peloton est retourné à sa base en Irak sous le feu des Iraniens, même lorsque les soldats américains se sont retrouvés « bien à l’intérieur du territoire irakien », note un rapport

Mais les rapports affirment que la force Qods et les services de renseignement iraniens ont aussi adopté des tactiques violentes et de l’ombre.

Les rapports contiennent de nombreuses références aux agents iraniens, mais les documents décrivent généralement un schéma dans lequel la Force Qods a cherché à faire profil bas en Irak en s’arrangeant pour que des combattants du Hezbollah libanais entraînent des militants irakiens en Iran ou en conseillant les milices irakiennes qui combattaient grâce au financement et aux armes venus d’Iran.

Les rapports suggèrent que les assassinats parrainés par l’Iran de responsables irakiens sont devenus une inquiétude majeure.

On peut citer comme exemple le rapport établi le 27 mars 2007. Des agents des services de renseignement iraniens au sein du corps de Badr et du Jaish al-Mahdi, deux milices chiites, « ont récemment influencé les attaques contre des officiels ministériels », déclare le rapport.

Selon le rapport de mars, des officiels du ministère de l’Industrie étaient tout en haut de la liste des cibles. « L’effet recherché de ces attaques n’est pas simplement de tuer les fonctionnaires du ministère de l’Industrie », note le rapport, mais aussi « de montrer au monde, et surtout au monde arabe, que le Plan de sécurité de Bagdad n’a pas réussi à apporter la stabilité », en référence à l’augmentation des troupes que le général David H. Petraeus supervisait pour réduire la violence en Irak.

Des articles de presse du début de 2007 indiquaient qu’un consultant du ministère et sa fille avaient été tués en se rendant au bureau. Le rapport de mars ne mentionne pas l’attaque, mais affirme qu’un tireur a commis une campagne d’assassinats systématiques, dont le meurtre de trois gardes du corps, et un complot visant à attaquer les fonctionnaires du ministère sous un uniforme volés de l’armée irakienne.

La fourniture de roquettes, mortiers et bombes iraniennes à des militants chiites a également été une source de préoccupation majeure. Un rapport du 22 novembre 2005 relate comment la police des frontières irakienne a tenté d’arrêter la contrebande d’armes en provenance d’Iran, qui « recouvrait une quantité de matériel de fabrication de bombes, avec des explosifs anti blindage », capables de transpercer la porte d’un véhicule blindé Humvee avec un projectile de métal.

Un militant chiite de la milice Jaish al-Mahdi, également connu comme l’Armée du Mahdi, avait l’intention de mener une attaque au mortier contre la Zone verte à Bagdad en utilisant des roquettes et des obus de mortier expédiés par la Force Qods, selon un rapport du 1er décembre 2006. Le 28 novembre, le rapport notait que le commandant de l’Armée du Mahdi, Ali al-Saïdi, « a rencontré des responsables iraniens qui seraient des officiers du CGR à la frontière pour réceptionner trois cargaisons de roquettes. »

D’après un rapport du 1er décembre 2006, un militant chiite de la milice de Jaish al-Mahdi, aussi connue sous le nom de l’armée de Mahdi, planifiait de mener une attaque au mortier dans la Zone Verte de Baghdad, en utilisant des roquettes et des obus de mortier envoyés par la force Qud. Le 28 novembre, le rapport a établi que, le commandant de l’armée de Mahdi, Ali al-Sa’idi, « avait rencontré à la frontière les officiels iraniens considérés comme étant des officiers de l’IRGC dans le but de récupérer trois envois de roquettes ».

Un rapport du 27 décembre 2008, note un cas où les soldats américains de la 82e division aéroportée ont capturé plusieurs membres présumés de la milice Jaish al-Mahdi et saisi une cache d’armes qui comprenait également plusieurs journaux personnels, dont un expliquant «pourquoi un détenu a rejoint JAM et comment ils font le trafic de matériels venant d’Iran. »

Les attaques ont continué pendant la première année du mandat de M. Obama, sans indiquer dans les rapports que la politique de la nouvelle administration a conduit la force Qods à cesser son soutien aux militants irakiens. Il est possible que le retrait en cours des troupes américaines, affirment les rapports, ait encouragé des attaques de militants.

Un rapport du 25 juin 2009, sur une attaque spécialement sanglante à l’EFP qui a blessé 10 soldats américains, note que les militants ont utilisé des tactiques « employées par des extrémistes violents entraînés qui sont retournés en Iran ». Le rapport émet l’hypothèse que le but de l’attaque était d’augmenter les pertes américaines pour que les militants puissent prétendre avoir « combattu les occupants et les avoir forcés de se retirer ».

Une analyse du renseignement portant sur une attaque du 31 décembre 2009, dans la zone verte à coup de roquettes de 107 millimètres conclut qu’elle a été effectuée par la branche de Bagdad du Kataib Hezbollah, un groupe militant chiite que le renseignement américain a longtemps cru soutenu par l’Iran. Selon le rapport de décembre, un expert technique de Kataib Hezbollah a rencontré avant l’attaque un « facilitateur d’armes » qui « aurait voyagé en Iran, avec la possibilité de faciliter les attaques du 31 décembre ».

Le même mois, les Forces d’opérations spéciales américaines et une unité de la police irakienne spécialement formée ont effectué un raid prenant au piège un militant irakien près de Bassora qui avait été formé en Iran. Un rapport du 19 décembre 2009 a déclaré que le détenu était impliqué dans la contrebande de « bombes collantes » – des explosifs fixés magnétiquement sous les véhicules – en Irak et qu’il était «soupçonné de collecter des informations sur les FC [forces de la coalition] pour les transmettre aux agents de renseignements iraniens ».

Une opération audacieuse

Un des épisodes les plus marquants détaillés dans le trésor de documents rendus publics par Wikileaks décrit un complot visant à kidnapper des soldats américains dans leurs Humvees. Selon le rapport du 22 décembre 2006, un commandant de milice, Hassan Salim, a élaboré un plan pour capturer des soldats américains à Bagdad et les garder en otage à Sadr City pour dissuader les Américains d’y faire des raids.

Pour mener à bien le plan, M. Salim s’est tourné vers M. Dulaimi, un sunnite qui s’est converti à la branche chiite de la foi lorsqu’il étudiait dans la ville sainte chiite de Najaf en 1995. M. Dulaimi, note le rapport, a été choisi pour l’opération parce qu’il « s’est entrainé en Iran sur la façon de mener avec précision des enlèvements de style militaire ».

Ces enlèvements n’ont jamais été effectués. Mais le mois suivant, des militants ont mené un raid pour kidnapper des soldats américains travaillant au siège de sécurité irakien à Kerbala, connu comme Centre provincial de coordination conjoint (CPCC).

Les documents rendus publics par Wikileaks ne comprennent pas d’évaluation de renseignements sur qui a mené l’opération de Karbala. Mais les responsables militaires américains ont déclaré après l’attaque que M. Dulaimi était le commandant tactique de l’opération et que ses empreintes digitales avaient été retrouvées sur la voiture des fuyards. Les responsables américains ont dit qu’il avait collaboré avec Qais et Laith Khazali, deux leaders chiites militants ayant été capturés après le raid avec un agent du Hezbollah. Les frères Khazali ont été libérés après le raid dans le cadre d’un effort de réconciliation politique et seraient à présent en Iran.

Les documents, toutefois, fournissent un récit très vivant de l’attaque de Karbala telle qu’elle s’est déroulée.

À 19h10, plusieurs véhicules utilitaires de sport de type généralement utilisé par la coalition dirigée par les Américains ont bloqué l’entrée du quartier général. Vingt minutes plus tard, un « nombre indéterminé de personnes, portant des uniformes américains et des armes américaines, ont attaqué le CPCP,» dit le rapport.

Les assaillants ont réussi à enlever quatre soldats américains, les trainant dans un S.U.V., qui a été poursuivi par des policiers d’une unité irakienne SWAT. Estimant qu’ils étaient piégés, les militants ont abattu les otages menottés et pris la fuite. Trois des soldats américains qui avaient été enlevés ont décédé sur place. Le quatrième est mort plus tard de ses blessures, selon le rapport, et un cinquième soldat américain a été tué dans l’attaque initiale de la base.

Résumant l’épisode, le commandant américain d’une équipe de policiers stagiaires a noté dans le rapport que l’adversaire semblait être particulièrement bien entrainé. «Le chef de l’équipe de police en formation a déclaré que les insurgés étaient des professionnels et semblaient avoir bien préparé leur opération», indique le rapport.