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Iran : L’État est entièrement contrôlé par les Gardiens de la révolution islamique (CGRI)

Iran : L'État est entièrement contrôlé par les Gardiens de la révolution islamique
Le président du régime iranien, Massoud Pezeshkian, et des parlementaires posent en uniforme des Gardiens de la révolution islamique au sein du Parlement, affichant leur loyauté au régime, le 9 avril 2019.

La récente désignation du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) comme organisation terroriste ne vise pas simplement une institution armée. Il s’agit d’une reconnaissance tardive du fait que, dans de nombreuses instances décisionnelles de l’État iranien, les personnes impliquées sont étroitement liées aux Gardiens de la révolution. Elles en sont issues, en sont d’anciens membres et, dans certains cas, occupent des postes importants.

Si les décideurs politiques veulent comprendre ce qui est désormais possible d’agir, ils devraient commencer par analyser la composition des forces en présence, et non par s’attarder sur les discours.

Le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale est Ali Larijani, un ancien commandant des Gardiens de la révolution. Ce même poste était auparavant occupé par Ali Akbar Ahmadian, un haut gradé des Gardiens de la révolution. Le président du Parlement est Mohammad Bagher Ghalibaf, lui aussi ancien commandant des Gardiens de la révolution. Au sein du gouvernement, le ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a rejoint les Gardiens de la révolution pendant la guerre Iran-Irak. Le ministre de l’Intérieur, Eskandar Momeni, est une autre figure issue de l’écosystème sécuritaire des Gardiens de la révolution.

Le dimanche 1er février 2026, l’ensemble de l’assemblée du Parlement iranien (Majles) est apparue en uniforme des Gardiens de la révolution et a scandé des slogans hostiles à l’Europe et aux États-Unis. Cette démonstration a mis en lumière une réalité fondamentale du pouvoir en Iran : plus de 51 % des membres du Parlement sont d’anciens commandants des Gardiens de la révolution, ce qui signifie que l’institution n’est plus seulement influencée par les Gardiens, mais qu’elle est structurellement composée de personnalités formées au sein de son système de commandement et de sécurité.

C’est pourquoi cette situation devrait modifier la réflexion politique européenne. Il ne s’agit pas simplement de dire que « les Gardiens de la révolution sont mauvais ». Il s’agit plutôt du fait que l’État avec lequel vous interagissez est composé de personnes dont la carrière a été façonnée au sein du système des Gardiens de la révolution et dont l’avancement dépend d’une loyauté sans faille envers ce système.

Un État qui récompense la complicité produit des fonctionnaires liés à la coercition.

En Iran, le mérite ne se résume pas à une compétence neutre. La voie la plus sûre pour gravir les échelons est une loyauté mise à l’épreuve : service militaire, renseignement, sécurité intérieure et gestion de crise au sein de l’appareil sécuritaire. Avec le temps, cela engendre une classe dirigeante où la frontière entre « civil » et « sécurité » n’est qu’une mise en scène politique.

Le gouvernement en est une illustration. Les biographies publiques et les reportages ont établi un lien entre plusieurs ministres en exercice et les Gardiens de la révolution islamique (CGRI) ou leurs unités : Esmail Khatib (renseignement), Abbas Aliabadi (énergie) et Ahmad Donyamali (sports et jeunesse) sont systématiquement présentés comme tels dans leurs profils publics, au même titre que Momeni. Il ne s’agit pas ici de savoir si chaque ministre a personnellement ordonné un acte précis. C’est un problème structurel : lorsque le système promeut des personnes issues des CGRI au sein de l’État, toute interaction avec « le gouvernement » se transforme en interaction avec le réseau dirigeant des Gardiens.

La hiérarchie sécuritaire le confirme. Le commandant en chef des CGRI, Mohammad Pakpour, a été nommé par décret. La Force Qods est dirigée par Esmail Ghaani ; la marine des CGRI est commandée par Alireza Tangsiri ; Ahmad Vahidi figure parmi les hauts responsables des CGRI. Le Basij a été publiquement lié au haut commandement des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) sous Gholamreza Soleimani ; et la police nationale est dirigée par Ahmad-Reza Radan, une figure décrite comme issue des forces de sécurité qui recoupent le système de pouvoir des CGRI.

En réalité, les CGRI ne peuvent être considérés comme une simple « faction radicale » au sein d’un État par ailleurs normal. Les CGRI constituent un pilier central de l’État, et ce dernier est de plus en plus composé de ceux qui façonnent les CGRI.

Rendre la désignation opérationnelle

L’intérêt d’une désignation terroriste réside dans son effet de levier concret : gel des avoirs, blocage des services et poursuites pénales pour ceux qui facilitent un réseau inscrit sur la liste. La politique devrait donc se concentrer sur les véritables rouages des CGRI – financement, approvisionnement, logistique et structures de façade – plutôt que sur des discours ou des manœuvres diplomatiques.

Cela implique une pression transfrontalière soutenue sur les intermédiaires et les porte-parole : application des principes de propriété effective, contrôles douaniers, vérifications des expéditions et des assurances, contrôles des exportations à double usage et poursuites judiciaires lorsque les preuves le permettent. Si le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) est visé, l’écosystème qui le finance et l’équipe ne saurait être considéré comme une activité ordinaire.

Aucun refuge ne doit être accordé, et le droit à la légitime défense doit être reconnu. Les États doivent interdire l’entrée sur leur territoire aux responsables ayant des liens crédibles avec le réseau du CGRI, expulser les agents bénéficiant d’une couverture diplomatique lorsque des raisons de sécurité le justifient, et poursuivre en justice les personnes figurant sur des listes de personnes recherchées crédibles ou faisant l’objet de mandats d’arrêt. Le principe doit être simple : les structures terroristes répertoriées ne bénéficient d’aucun traitement de faveur à l’étranger.

L’étape suivante est également politique : reconnaître le droit du peuple iranien à l’autodéfense face à un État tyrannique et terroriste. Cela implique de mettre fin au réflexe consistant à considérer le régime comme le seul acteur légitime. Concrètement, cela signifie protéger les victimes et permettre une résistance légale : des voies d’accès sûres, des communications sécurisées et des mécanismes de responsabilisation qui rendent la répression plus coûteuse.