Par Alireza Jafarzadeh
FoxNews, 16 avril – Téhéran est visiblement devenu le stéréotype du régime voyou, agressif et provocateur. Ce qui est en revanche moins perceptible c’est que la belligérance affichée des ayatollahs samplifie de manière proportionnelle à l’affaiblissement interne de leur régime. Comprendre cette apparente contradiction devient essentiel si lon veut décrypter la pléthore des défis de sécurité nationale auxquels Téhéran fait face et qui troublent les leaders politiques de part et d’autre de locéan atlantique.
La semaine dernière, alors que le tout Washington parlait des nouveaux rapports réaffirmant que Téhéran est la première menace contre un Irak démocratique et contre la sécurité nationale des États-Unis, le président iranien a de nouveau sorti ses griffes. Avec beaucoup de fanfare, Mahmoud Ahmadinejad a annoncé la « bonne nouvelle nucléaire » en parlant se ses intentions d’installer 6000 nouvelles centrifugeuses pour enrichir l’uranium ainsi que l’essai de modèles plus avancés dans un futur proche.
Deux jours plus tard, Ahmadinejad annonçait à son auditoire à Machad, ville du nord-est de lIran, « Nous avons deux missions: construire un Iran islamique et s’efforcer de changer le leadership mondial. Nous devons mener ces deux missions du mieux que possible. » Les « résolutions adoptées contre l’Iran » a-t-il dit, ne sont que des « bouts de papier déchirés ».
La défiance démesurée d’Ahmadinejad ne peut cacher la perte de puissance de son régime, exacerbée par l’abstention massive aux élections de la mi-mars et les purges jusquà lors inégalées qui les ont précédées. Dans la partie la plus marquante de son discours de Machad, il a évoqué la nécessité d’accélérer l’élimination de ses rivaux, mais aussi de ceux qui parmi ses alliés et membres du gouvernement, n’ont su faire preuve d’une soumission absolue. Avec lintention daccroître les purges à l’horizon, Ahmadinejad a précisé que « l’on devait se préparer à des purges majeures et à une remise en cause des principes dans la voie de la reconstruction de l’Iran. »
Le jour suivant, son gouvernement a annoncé que Mostafa Pour-Mohammadi, le ministre de l’Intérieur en charge des élections ainsi que le ministre de l’économie et des Finances avaient été limogés. Il convient de faire preuve de discernement et ne pas se tromper : Pour-Mohammadi n’a pas été renvoyé parce quil appartenait à la faction rivale. Et pour cause, la « modération » et les « réformes » sont des concepts étrangers à cet homme. Depuis lavènement des ayatollahs au pouvoir, Pour-Mohammadi a été l’un des plus ardents partisans de la ligne dure, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. En effet, alors quil était vice-ministre du Renseignement et de la Sécurité mais également procureur révolutionnaire pour larmée, Pour-Mohammadi a été directement impliqué dans lassassinant de centaines d’opposants, y compris dans le massacre des prisonniers politiques en 1988.
La faction d’Ahmadinejad au pouvoir a néanmoins accusé Pour-Mohammadi pour le boycott populaire des élections. Même les chiffres officiels gonflés montrent juste 20 à 25 % de participation à Téhéran et dans d’autres grande ville, alors que des rapports compilés par le réseau des Moudjahidines du peuple (OMPI), principale opposition démocratique au régime, indique une participation à un chiffre.
En réalité, Pour-Mohammadi et son ministère avaient tout fait afin de réduire la portée dun boycott imminent. Ainsi, dans les jours précédant le scrutin, il annonça une « participation de 35 millions » mais le jour même de l’élection, il retira ses propos et informa les journalistes que seulement 25 millions des Iraniens avaient voté. Et pour finir, au moment du comptage des votes, il a abaissé de nouveau la participation en lamena cette fois à 22,8 millions. Toutefois, les tentatives désespérées de Pour-Mohammadi étaient une reconnaissance implicite de la défaite du régime ; ce qui a provoqué la colère d’Ahmadinejad et de ses cohortes. Pour-Mohammdi a été alors le premier à partir.
Si les remarques d’Ahmadinejad à Machhad sont à prendre comme un avertissement, alors les purges ne font que commencer. Téhéran est d’ores et déjà dans la panique sous lemprise des rumeurs de limogeages imminents de nombreux gouverneurs provinciaux et de leurs délégués. Les rappels à l’ordre cette semaine, de Gholam-Hossein Mohseni-Ejei, ministre des Renseignements et Manouchehr Mottaki, Ministre des affaires étrangères, devant la commission des Affaires étrangères et de la sécurité nationale du parlement, n’a fait quaccélérer le moulin de la rumeur.
Le spectre de l’instabilité politique, à peine masqué par la dose quotidienne de diatribe et de tirades provocantes d’Ahmadinejad, a causé une profonde anxiété dans les cercles proches du régime. Le renvoi de presquune douzaine de ministres et autant sinon plus de hauts fonctionnaires durant la présidence d’Ahmadinejad en inquiètent plus dun, qui craignent que cela soit interprété à l’étranger comme un signe de fragilité du régime.
Pour contrecarrer ce déclin persistant, Ahmadinejad avance à plein régime dans la poursuite des armes nucléaires et l’établissement d’un pouvoir théocratique annexé en Irak. Avec l’appui du guide suprême, Ali Khamenei, et du Corps des Gardiens de la Révolution Islamique, son régime a adopté un programme à double tranchant qui rend inévitables de futures purge et destitutions.
La clique dirigeante se réjouit beaucoup de la montée des sentiments anti-régime à l’intérieur et de l’isolation croissante de lIran sur la scène internationale. Car elle sait pertinemment que la tendance des purges et des éliminations affectant le corps politique du régime peut tôt au tard entrainer sa chute toute entière. C’est pourquoi elle se livre à une course contre la montre pour accéder à la bombe atomique et dominer l’Irak, deux éléments clés pour sa survie.
Et c’est la raison pour laquelle les capitales occidentales et particulièrement Washington, doivent prendre la mesure des réalités en matière d’approche face à un régime de plus en plus fragile – et en même temps de plus en plus belligérant. En concertation avec ses alliés, les Etats-Unis doivent faire face à la menace nucléaire des ayatollahs et leur faire comprendre que le respect des règles internationales n’est pas négociable. En Irak, les Etats-Unis devraient stopper l’infiltration de Téhéran en s’appuyant sur des organisations politiques indigènes, anti -fondamentalistes et non sectaires.
Dans les deux cas, un important groupe de membres bipartites du congrès américains, insiste sur le fait que la meilleure stratégie est de lancer le poids politique des Etats-Unis derrière l’opposition démocratique iranienne qui a été désignée terroriste par le Département d’Etat dans le cadre dun « geste de bonne volonté » vis-à-vis de Téhéran en 1997. Les membres du congrès sont convaincus que la principale opposition iranienne est au cur du mouvement anti-intégriste en Iran et est dailleurs associée à des Irakiens modérés et laïques qui essayent de préserver leur pays de lingérence iranienne.
Ahmadinejad et Khamenei se livrent à une course contre la montre et lOccident devrait en faire de même. C’est une course que le monde occidental ne peut se permettre de perdre.
Alireza Jafarzadeh est l’auteur de : « La menace de lIran : Le Président Ahmadinejad et la prochaine crise nucléaire » (Palgrave : Février 2008).

