
Les funérailles nationales, qui se sont déroulées sur plusieurs jours, du Guide suprême assassiné du régime iranien, Ali Khamenei, étaient méticuleusement conçues pour projeter l’image d’un pouvoir institutionnel inébranlable. Au lieu de cela, les cérémonies fortement militarisées à Téhéran ont mis en lumière la profonde instabilité politique et les luttes intestines qui ravagent la dictature cléricale. Orchestrées dans l’ombre d’un cessez-le-feu fragile, ces processions massives mettent en lumière un pouvoir en place profondément divisé sur la manière d’assurer sa survie.
Au cœur de cette transition annoncée, une absence criante. Alors que la télévision d’État diffusait des images des autres fils de Khamenei priant devant les cercueils à la Grande Mosquée Imam Khomeini de Téhéran le 5 juillet 2026, le nouveau Guide suprême, Mojtaba Khamenei, est resté totalement absent de la scène publique.
Depuis son accession au pouvoir, Mojtaba est resté totalement à l’écart des cérémonies. Si les raisons de cette absence remarquée font l’objet de nombreuses spéculations, l’incapacité du régime à le présenter à un moment aussi crucial – malgré la mobilisation de foules immenses et la mise en place de mesures de sécurité exceptionnelles – suggère que le coût politique de sa mise en avant est actuellement supérieur aux risques liés à son invisibilité. Au lieu de projeter l’image escomptée de continuité et de force, ce vide a exacerbé les divisions internes. Sa disparition prolongée a enhardi diverses factions et personnalités politiques à contester ouvertement, voire à saper, l’autorité du bureau du Guide suprême, ce qui témoigne d’un affaiblissement fondamental de la légitimité perçue de la transition.
Un Parlement paralysé par les luttes intestines
Au lieu de s’attaquer aux graves crises socio-économiques du pays, le Parlement du régime, le Majlis, est plongé dans une féroce guerre de pouvoir pour le contrôle des ressources de l’État. La coalition au pouvoir, conservatrice, s’est profondément divisée, opposant principalement le président du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf, au Front Paydari, d’extrême droite. Les médias d’État présentent explicitement ces différends concernant les commissions budgétaires et de sécurité nationale, non pas comme des débats idéologiques, mais comme des luttes de pouvoir visant à s’accaparer des contrats publics lucratifs et à asseoir une influence institutionnelle.
Le pouvoir exécutif a ouvertement reconnu l’ampleur de ces dissensions. Des divisions apparaissent, brisant le vernis de la solidarité. Le 4 juillet 2026, l’agence de presse officielle iranienne ISNA rapportait que le président du régime, Massoud Pezeshkian, avait lancé une critique directe de ses rivaux lors d’un forum international. « Ils parlent d’unité, mais ils critiquent le camp adverse, creusent le fossé social et veulent l’éliminer », a déclaré Pezeshkian, ajoutant qu’un tel égocentrisme empêchait tout véritable consensus politique.
Bien que Pezeshkian ait publiquement prêté allégeance au nouveau Guide suprême, ses propos soulignent l’incapacité de l’appareil d’État à former un front politique cohérent. Pour atténuer ce chaos interne, la nouvelle direction recourt à son outil le plus sûr : la répression intérieure. Les médias d’État ont annoncé la reconduction du religieux conservateur Gholam-Hossein Mohseni-Ejei à la tête du pouvoir judiciaire, signalant ainsi que l’État entend s’appuyer fortement sur son appareil répressif pour maintenir son emprise sur une population désabusée.
Effondrement économique et troubles sociaux
Cette guerre intestine se déroule sur fond d’effondrement économique catastrophique. Selon de récentes données macroéconomiques publiées par Fararu, média affilié à l’État, le taux d’inflation en Iran a atteint le chiffre vertigineux de 88 %, alimenté par une augmentation de 53 % des liquidités. La publication avertit sans détour que l’impression monétaire incontrôlée par les banques d’État détruit systématiquement la classe moyenne et accroît rapidement le nombre de personnes en situation de précarité, poussant la société au bord du gouffre.
Cette crise budgétaire a été considérablement aggravée par la crise financière qui frappe le régime. Le 4 juillet 2026, Masoudi, président de la Commission agricole de la Chambre des coopératives d’Iran, a déclaré aux médias d’État que ce changement soudain de politique avait provoqué un choc des prix dévastateur. Il a souligné que « les coûts de production ont été multipliés par cinq ou six du jour au lendemain », insistant sur le fait que la mauvaise gestion économique interne a pesé plus lourdement sur les industries nationales que les conflits extérieurs.
Les conséquences concrètes de cette mauvaise gestion par l’élite se manifestent par une vague croissante de contestation sociale. À Sirjan, des travailleurs d’une mine de cuivre ont récemment fait grève pour protester contre trois mois d’impayés de salaires. Parallèlement, le média « Ensaf News », proche du pouvoir, a rapporté le 5 juillet 2026 que les ouvriers de l’usine Iran Berk avaient prolongé leur mouvement de contestation pour une sixième journée consécutive. Privés de leurs salaires et des prestations d’assurance sociale, ces grévistes illustrent une population totalement détachée des luttes intestines de l’élite cléricale, signalant ainsi que la menace la plus profonde pour le régime vient de l’intérieur.

