samedi, décembre 3, 2022
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Sur la liberté de religion en Iran avec le juriste musulman Sanabargh Zahedi

 

CNRI – Une conférence sur la liberté de religion en Iran était organisée la semaine dernière au Parlement européen sous la houlette des eurodéputés Andrew Lewer et Peter Van Dalen. Dans son intervention, Sanabargh Zahedi, juriste musulman, président de la commission juridique du Conseil national de la Résistance iranienne, a brossé le tableau de la situation de son pays sous la dictature islamiste des mollahs. Voici le texte de son intervention :

« La population de l’Iran compte actuellement environ 80 million d’individus. Les Iraniens étaient Zoroastriens avant l’arrivée de l’Islam dans le pays. Ils se sont convertis à l’Islam après la chute de l’Empire sassanide et la prise de l’Iran par les musulmans. Depuis 500 ans, la majorité du peuple iranien adhère à la branche chiite de l’Islam appelée la ‘Chia des 12 imams’.

Selon le dernier sondage officiel en 2011, 99,38 % de la population iranienne sont des musulmans, dont 95 % de chiites. Moins de 5 % sont des sunnites et seulement 0,6 % sont des non-musulmans.

Selon des estimations fiables, 98 % d’Iraniens sont des musulmans, dont 89 % de chiites, 9 % de sunnites et environ 2 % d’adeptes d’autres religions.

Le système actuel du pouvoir en Iran, appelé Velayat-e Faqieh, ou le règne absolu du clergé, est une véritable dictature religieuse, initiée par Khomeiny, qui n’a aucun respect pour d’autres formes de pensée, de croyance ou de religion.

Selon l’Article 12 de la constitution du régime clérical, « la religion officielle de l’Iran est l’Islam de confession Dja’farite duodécimain et ce principe est éternellement immuable ». L’Article 13 rappelle que « les Iraniens zoroastriens, juifs et chrétiens sont reconnus comme les seules minorités religieuses ».

En réalité, toutes les minorités religieuses ont fait l’objet d’une double oppression. Les adeptes de la foi Bahaï ne sont même pas reconnus et ont été réprimés de manière brutale.

 

La répression des chrétiens

Permettez-moi de vous donner un exemple détaillé de la répression des chrétiens. En 1994, trois évêques, Mehdi Dibaj, Hovsepian Mehr et Tatavous Michaelian, qui avaient refusé de se soumettre au « règne absolu des mollahs », ont été massacrés de la manière la plus brutale. Après avoir commis ce crime, le régime a maintenu que ces trois prêtres avaient été tués par l’opposition, l’Organisation des Moudjahiddine du peuple iranien (OMPI). Afin de discréditer leurs opposants principaux, lors d’un simulacre de procès diffusé par le régime à la télévision nationale, trois femmes ont reconnu avoir tué les trois prêtres sous les ordres de l’OMPI.

A la suite de cet incident, l’Organisation des Nations unies a nommé un juriste tunisien, Abdelfatah Amor, en tant que Rapporteur spécial sur la religion et les minorités, lui donnant la mission d’aller en Iran pour enquêter sur la condition des minorités religieuses dans ce pays. En 1995, en compagnie de l’Ayatollah Ganjehei, président du Comité des libertés religieuses du Conseil national de la Résistance iranienne (CNRI), j’ai rendu visite au Professeur Amor à Genève afin de le prévenir des falsifications et des distorsions de faits opérées par le régime, pour qu’il ne se laisse pas tromper. A la suite de sa visite, M. Amor a consigné ses constats dans un rapport à l’ONU. L’un des chapitres de ce rapport traite de l’assassinat des trois dirigeants chrétiens. Je vais vous en lire un extrait.

Je cite : « Pendant sa visite, le Rapporteur spécial a constaté le traumatisme causé aux communautés chrétiennes et protestantes par le meurtre de trois pasteurs protestants en 1994 : le Révérend Tatavous Michaelian, le Révérend Mehdi Dibaj et le Révérend Haik Hovsepian Mehr (…) Le Rapporteur spécial a pu parler librement pendant près de cinq heures à la prison d’Evine avec les trois personnes accusées du meurtre : Farahnaz Anami, Batoul Vaferi et Maryam Shahbazpoor. Interviewées séparément, ces personnes ont dit qu’elles étaient membres de l’organisation des Moudjahidine. (…) Certains membres d’organisations non-gouvernementales pensaient que l’État iranien, agissant à travers différents groupes ou individus, avait ordonné le meurtre des pasteurs protestants. Ils ont signalé que le Révérend Dibaj était en prison depuis 1986 et qu’un tribunal révolutionnaire islamiste l’avait condamné à mort pour apostasie. Le Révérend Hovsepian avait exprimé publiquement son opposition à la peine de mort prononcée contre ce dernier. Le Révérend Michaelian avait la charge d’une communauté dont une proportion grandissante des membres était des convertis de l’Islam. »

Le Professeur Amor continue : « D’après les informations reçues, le gouvernement iranien aurait pris la décision d’exécuter ces dirigeants protestants pour deux raisons : non seulement afin de porter atteinte à la réputation de l’organisation des moudjahidines [OMPI] à l’étranger en le déclarant responsable de ces crimes, mais aussi, au niveau national, afin de décapiter la communauté protestante et de l’obliger à cesser de convertir les musulmans. Ainsi, le pasteur Dibaj et ses collègues auraient été exécutés afin de décourager la communauté protestante de ses activités de prosélytisme (…) Certains membres d’organisations non-gouvernementales avaient également considéré le procès des trois femmes comme une parodie de justice, en indiquant que celles-ci s’étaient dissociées de l’organisation des moudjahidines ; certains ont même soutenu que ces femmes étaient des agents de l’État. »

Ce régime a massacré des douzaines de nos compatriotes chrétiens lors des exécutions en masse de prisonniers politiques en Iran.

 

Les autres minorités religieuses

Pour la minorité juive, la répression prend une toute autre dimension. La plupart des juifs iraniens ont été obligés de quitter le pays ou n’osent pas afficher leur croyance. Les Bahaïs ont été réprimés au point que le régime ne reconnaît même pas leur religion ni leur existence, malgré le fait que selon les statistiques il en existe des centaines de milliers. Des centaines de Bahaïs ont été exécutés ou tués sous la torture et leurs cimetières ont été détruites. L’accès à l’enseignement supérieur et universitaire a été officiellement interdit aux Bahaïs.

La population sunnite subit le même sort. Pendant les années 1990, dans une série de meurtres motivés par des raisons politiques, des Gardiens de la révolution islamique ont tué des douzaines de dirigeants sunnites au Kurdistan et au Baloutchistan. Des milliers d’autres Kurdes et Baloutchis ont été tués aux mains des agents du régime ou sont morts dans des prisons.

 

La logique du Coran

Au cœur de la problématique de la répression religieuse en Iran se trouve le fait que le régime Velayat-e Faqieh au pouvoir commet tous ces crimes au nom de l’Islam. En tant qu’universitaire et juriste qui a entrepris beaucoup de travail et de recherches dans ce domaine depuis de nombreuses années et en tant que membre d’un mouvement démocratique – je parle de l’OMPI –, je voudrais souligner que les crimes commis par ce régime servent uniquement à prolonger son existence et n’ont rien à voir avec l’Islam.

La logique du Coran va à l’encontre de celle des mollahs en Iran. Ils exécutent des chrétiens nouvellement convertis au motif que ce sont des apostats. Dès lors, ils agissent autant contre les principes universels des droits de l’Homme que contre les enseignements du Coran et de l’Islam.

Selon le verset 62 de la sourate Al-Baqara

إنَّ الَّذِينَ آمَنُواْ وَالَّذِينَ هَادُواْ وَالنَّصَارَى وَالصَّابِئِينَ مَنْ آمَنَ بِاللَّهِ وَالْيَوْمِ الآخِرِ وَعَمِلَ صَالِحاً فَلَهُمْ أَجْرُهُمْ عِندَ رَبِّهِمْ وَلاَ خَوْفٌ عَلَيْهِمْ وَلاَ هُمْ يَحْزَنُونَ {البقرة/62

[2:62] « Certes, ceux qui ont cru, ceux qui ont adopté le judaïsme, les chrétiens, les sabéens, quiconque parmi eux a cru en Dieu, au Jugement dernier et a pratiqué le bien trouvera sa récompense auprès de son Seigneur et ne ressentira ni crainte ni chagrin. »

Selon le verset 13 de la sourate 49, qui s’adresse à tous, indépendamment de leur religion :

يَا أَيُّهَا النَّاسُ إِنَّا خَلَقْنَاكُم مِّن ذَكَرٍ وَأُنثَى وَجَعَلْنَاكُمْ شُعُوبًا وَقَبَائِلَ لِتَعَارَفُوا إِنَّ أَكْرَمَكُمْ عِندَ اللَّهِ أَتْقَاكُمْ إِنَّ اللَّهَ عَلِيمٌ خَبِيرٌ {الحجرات/13

[49:13] « Ô hommes ! Nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle, et vous avons répartis en peuples et en tribus, pour que vous fassiez connaissance entre vous. En vérité, le plus méritant d’entre vous auprès de Dieu est le plus pieux. Dieu est Omniscient et bien Informé. »

Selon le verset 99 de la sourate 10, qui interdit de contraindre les gens à adopter une religion donnée :

ولو شاء ربک لآمن من فی الارض کلهم جمیعا افأنت تکره الناس حتی یکونوا مؤمنین؛ سوره یونس ، آیه ۹۹٫

[10:99] « Et si ton Seigneur l’avait voulu, tous les hommes peuplant la Terre auraient, sans exception, embrassé Sa foi ! Est-ce à toi de contraindre les hommes à devenir croyants ? »

Et surtout, le verset 256 de la sourate 2 déclare strictement :

لا اکراه فی الدّین قد تبیّن الرّشد من الغیّ فمن یکفر بالطّاغوت و یؤمن بالله فقد استمسک بالعروﺓ الوثقی لا انفصام لها والله سمیعٌ علیم؛ سوره بقره، آیه ۲۵۶٫

[2:256] « Point de contrainte en religion maintenant que la Vérité se distingue nettement de l’erreur. »

On trouve beaucoup de versets similaires à ceux-ci qui démontrent que chacun est libre de choisir sa religion et qui condamnent la contrainte en la matière, sans parler d’exécution pour avoir changé de religion.

Le dynamisme du coran

Un autre élément concernant les mollahs en Iran est leur fixation sur leur croyance. Ils veulent appliquer une loi sharia vieille de mille ans à la société moderne, alors que la logique et l’approche du Coran sont résolument dynamiques.

Notre mouvement a une vision dynamique de l’Islam qui trouve son origine dans une distinction cruciale à l’intérieur du Coran entre deux types de verset différents : mouhkamat et moutachabihat.

Les versets mouhkamat sont les principes fondamentaux de l’Islam, définis et immuables, qui contiennent l’essentiel de sa vision du monde.

Par contre, les versets moutachabihat sont des injonctions relatives, dynamiques et souples qui concernent les méthodes et les règles de conduite dans la vie de tous les jours. Dès lors, les versets moutachabihat ne sont jamais rigides et ressemblent plus à des conseils pratiques qu’à des principes. Ainsi, ils peuvent et doivent s’adapter au progrès humain, aux avancées technologiques, à l’évolution des normes sociales.

D’un point de vue technique, une des graves erreurs d’interprétation commises par Khomeiny et les mollahs qui l’ont suivi est de volontairement confondre les versets mouhkamat et moutachabihat dans leur interprétation du Coran.

Dans la sourate 3, la Famille d’Imran, le Coran dénonce explicitement toute tentative de confondre les principes de base et les règles provisoires. On y lit :

[3:7] « C’est Lui qui t’a révélé le Livre contenant des versets à la fois clairs et précis, qui en constituent la base même, ainsi que d’autres versets susceptibles d’être différemment interprétés. Et c’est à ces derniers versets que les sceptiques, avides de discorde, prêtent des interprétations tendancieuses. »

 

Iran : Un régime sectaire

Surtout ces dernières années, le régime iranien a pu exporter son comportement sectaire vers d’autres pays de la région. Ce qui se passe en Irak, en Syrie, au Liban et au Yémen est le résultat de cette discrimination religieuse. Le massacre impitoyable d’irakiens, surtout des sunnites, le meurtre de plus de 250.000 personnes en Syrie, le soutien apporté au Liban au Hezbollah, qui est un client du régime iranien et de ses Gardiens de la révolution, sont tous des exemples de la mise en œuvre de ce phénomène.

En fait, l’intégrisme religieux est nourri par la discrimination contre les femmes d’une part, et par la propagation de la guerre sectaire religieuse d’autre part. L’utilisation d’armes chimiques en Syrie n’est que le revers de la médaille des attaques à l’acide contre les femmes dans des villes en Iran.

L’apparition d’un groupement criminel appelé Daesh, ainsi que ses exactions en Irak et en Syrie, ne devraient pas éclipser les crimes du régime des mollahs en Iran pendant ces dernières décennies, régime qui est à l’origine de châtiments criminels tels que la lapidation, l’arrachement des yeux et l’amputation de membres, régime qui n’hésite pas à jeter des gens du haut des immeubles ou de les brûler vifs.

En réalité Daesh, qui se donne le nom de « Califat islamique », est une version sunnite en modèle réduit du régime au pouvoir en Iran. N’oublions pas qu’en été 1988, le régime a massacré plus de 30.000 prisonniers politiques de sang-froid. Beaucoup de juristes considèrent cette tuerie comme étant le massacre le plus important de prisonniers politiques depuis la Deuxième guerre mondiale. En réalité, Khomeiny et Khamenei forment le vrai Califat, dont Daesh n’est qu’une imitation.

 

Le programme du CNRI

Pourtant, il existe un mouvement de résistance largement répandu et responsable qui s’oppose à un régime clérical qui a déjà exécuté plus de 120.000 de ses membres. Il y a plus de 30 ans, en 1985, le Conseil national de la Résistance iranienne (CNRI) a approuvé un plan et a annoncé la séparation de la religion et de l’État, en interdisant toute discrimination religieuse. La première partie du plan déclare :

« 1. Dans la jouissance des droits individuels et sociaux, toute ségrégation entre adeptes de différentes confessions est interdite. Aucun citoyen, en raison de sa croyance ou non-croyance à une religion, n’a ni privilège ni handicap pour être élu, pour élire, pour postuler à un emploi, pour poursuivre des études, pour accéder à la magistrature ou faire valoir tout autre de ses droits civils.

« 2. Tout enseignement obligatoire religieux ou idéologique, de même que toute contrainte à la pratique ou à l’abandon des coutumes et rites religieux sont interdits.

« 3. La compétence des magistrats ne découle pas de leurs convictions religieuses ou idéologiques. Aucune loi n’aura force et vigueur de loi si elle n’émane pas d’une instance législative du pays. »

Enfin, même si nous parlons de discrimination religieuse et de la répression des minorités religieuses en Iran, le fait est que le régime des mollahs en Iran, tout en se réclamant « islamiste et chiite », est le plus grand ennemi du chiisme et des musulmans partout dans le monde. Un simple comptage relève qu’aucun autre gouvernement n’a tué autant de chiites et de musulmans que celui-ci, qui ironiquement se veut islamiste. Il faut dire que la répression exercée par le régime en Iran s’applique sans distinction aux musulmans, aux chrétiens, aux juifs, aux bahaïs, aux sunnites, aux chiites et aux non-croyants.

Ce régime est bien un régime inhumain et les Iraniens doivent s’unir afin de libérer leur pays et le Moyen Orient de ce cauchemar. Il est évident que la paix et la tranquillité ne reviendront pas dans cette région tant que la dictature religieuse reste au pouvoir en Iran. Nous devons souligner que si tous les pays n’insistent pas sur l’amélioration de la situation des droits de l’Homme en Iran comme condition préalable à toute relation d’affaires ou de commerce avec ce régime, nous ne verrons aucun véritable progrès dans quelque domaine que ce soit, y compris sur la question nucléaire.

 

 

 

 

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