lundi, février 6, 2023

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Perviz KhazaiiPar Perviz Khazaii

The Huffington Post, 18 février – En 1978, en pleines protestations populaires en Iran contre le chah, j'étais diplomate en poste à la division du droit international du ministère iranien des Affaires étrangères. J'ai également fait partie d'un comité secret qui organisait l’opposition contre le chah au ministère. Quelque temps plus tard, je suis devenu un représentant du ministère dans un conseil clandestin chargé de coordonner les grèves des employés et dans les organisations nationales (la BBC m'avait surnommé le « diplomate rebelle » dans une interview).

Je me souviens combien je grimaçais quand mes "collègues" au sein du ministère faisaient tout pour convaincre leurs homologues occidentaux que le régime du chah allait survivre à cette crise comme il l'avait fait avec d'autres. Observant le développement de l’opposition au sein du ministère des Affaires étrangères, je savais que la situation dans d'autres parties du régime ne valait pas mieux et que le règne du chah allait bientôt s'effondrer. 

Il n'a pas fallu trop longtemps — le régime du chah est passé à la trappe le 11 février 1979.

Aujourd’hui, 31 ans plus tard, les diplomates iraniens actuels pressentent un danger et abandonnent de navire en perdition des mollahs. C’est un signal important pour que l'Occident comprenne que les mollahs, comme le chah, en sont à leur dernier souffle.

L'appareil diplomatique est l'un des premiers organes d'Etat à connaître une refonte importante après l’arrivée des mollahs au pouvoir. Ils savaient qu'ils avaient besoin d’éléments totalement obéissants à des postes diplomatiques vitaux pour communiquer leur message au monde extérieur au lieu des revendications de ceux qui avaient renversé le chah en quête de démocratie et des droits de l'homme en Iran. Des gardiens de la révolution et des agents de renseignement ont été envoyés dans les ambassades pour garder un œil attentif sur les employés. Et, les inspections par des émissaires des mollahs ont assuré un certain degré de «dévotion» parmi les fonctionnaires de l'ambassade. 

À l'époque, j'étais ambassadeur d'Iran en Suède et plus tard en Norvège. Finalement, après trois ans d’opposition à la politique des mollahs, je me suis séparé du régime pour protester contre la répression brutale et les violations des droits, et j’ai rejoint le Conseil national de la résistance iranienne (CNRI), une coalition politique d'opposition composée de diverses forces.

Pour Téhéran, c’était un péché intolérable.

Deux autres ambassadeurs ont démissionné et rejoint le CNRI. Il s’agissait du Pr Kazem Radjavi, le premier envoyé post-révolutionnaire au siège européen des Nations Unies, et Mohammad-Hossein Naghdi, le représentant iranien en Italie. Tous deux ont ensuite été assassinés respectivement à Genève et à Rome, par les escadrons de la mort du terrorisme des mollahs. Avec mon fils, j'ai passé un an dans la clandestinité en Norvège, sous protection.

Alors que la répression contrôlait les délégations diplomatiques de l'Iran depuis des années, cet état de choses a changé ces derniers mois.

Il y a plusieurs semaines, au bout de 25 ans, le consul du régime à Oslo, a démissionné pour protester contre la vague de répression, en solidarité avec le soulèvement populaire en Iran. Cette décision courageuse n’est pas un incident isolé. Plusieurs autres diplomates du régime auraient démissionné ces dernières semaines dans des pays comme l'Allemagne, la France et le Japon.

La théocratie instaurée par Khomeiny en Iran après le 11 février 1979, était basée sur le principe du velayat-e faqih, ou le pouvoir absolu du religieux. Bien qu'une telle concentration du pouvoir politique, militaire et spirituel ait été déplorée par le peuple iranien, il a servi de point focal au régime, pour lui permettre de résister aux contestations et aux crises.

Mais, depuis juin, ce point a reçu un coup sans précédent, grâce au courage du peuple iranien. Les conséquences des bouleversements sur le plan social, les clivages politiques au sommet, et l'absence de légitimité religieuse du régime ont concouru à créer une crise exceptionnelle pour les mollahs au pouvoir.

La dépendance du régime sur la répression ouverte, dont le massacre des manifestants, les arrestations arbitraires généralisées, et le traitement inhumain des prisonniers politiques, comme le viol, n'a pas prévenu la vague croissante de protestations iraniennes.

Le mouvement enveloppe maintenant le pays tout entier. Au cours de la dernière série de protestations du 11 février, de nombreuses personnes dans les rues, scandant «Mort à Khamenei » (le chef suprême) et « A bas le principe du guide suprême », ont refusé de fuir la scène malgré la réponse brutale du régime. Il est maintenant clair que les exigences du peuple ne seront pleinement satisfaites que par le renversement des mollahs au pouvoir.

Personne ne veut voir la communauté internationale s'ingérer dans les affaires intérieures de l'Iran. Mais, du point de vue moral et géopolitique, l'Occident doit comprendre qu'il doit se tenir aux côtés du peuple iranien et de ses exigences pour mettre fin au régime des mollahs et instaurer un ordre démocratique, s’il veut empêcher les mollahs d'obtenir une arme nucléaire.

La Résistance iranienne a demandé à tous les diplomates coopérant encore avec le régime de s'allier au peuple. Le peuple iranien et la Résistance iranienne considèrent que c'est un devoir de soutenir ces diplomates et ils ont la capacité de fournir ce soutien dans la pratique. En ce qui concerne l’Occident, en plus d'imposer des sanctions globales au régime et de soutenir totalement les revendications des manifestants, il devrait soutenir et protéger les diplomates qui ont fait défection ou qui souhaitent le faire, notamment en aidant leurs familles à obtenir des visas pour quitter l'Iran.

Comme l’a reconnu le Président Obama après longtemps, le peuple courageux d'Iran a décidé de se lever en quête de ses «droits universels» et de libérer la grande et ancienne civilisation iranienne de l'emprise des mollahs.

J'espère sincèrement que d'autres diplomates travaillant encore avec le régime vont quitter ses rangs et contribuer à sensibiliser le monde sur les crimes du pouvoir à travers des déclarations publiques. La communauté internationale peut les aider à faire ce choix en soutenant tous les diplomates qui font preuve d’un tel courage.

* Perviz Khazaii – Ancien ambassadeur d'Iran en Suède et en Norvège et le représentant du Conseil national de la Résistance d'Iran dans les pays nordiques