mercredi, décembre 7, 2022
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Si on avait mieux résisté au chantage entourant Achraf, l’Iran serait un peu plus prudent

Le samedi 11 février, coïncidant avec le 33ème anniversaire de la Révolution antimonarchique en Iran, lors d’un grand rassemblement à Paris, des milliers d’Iraniens, soutenus par de nombreux dignitaires européens et américains, ont rappelé qu’un développement majeur est en route en Iran et qu’un changement démocratique, comme solution pour éviter une crise régionale et internationale sans précédent, est à portée de main.

Le Philosophes André Glucksmann, a pris la parole lors de cette conférence.

Voir vidéo de l’intervention

Voici le texte de son discours :

Bonjour. Je ne suis pas aussi spécialiste que notre tribune, je suis simplement philosophe et en principe je devrais faire preuve de bon sens, ça doit être ma seule arme. Et en ce sens je pense qu’Achraf ce n’est pas seulement Achraf. Nous venons d’entendre un exposé parfaitement précis sur l’armement nucléaire de l’Iran, avec les difficultés que ça présente pour riposter, mais je dis qu’il y a une chose qui joue, c’est de ne jamais céder au chantage. Et si on avait mieux résisté au chantage entourant Achraf, l’Iran serait un peu plus prudent.

Nous sommes – tout le monde l’a rappelé – au 33ème anniversaire de la révolution iranienne. Alors je crois que j’ai une double dette : d’une part une dette à l’égard de ceux qui ont très tôt résisté à la théocratie de Khomeini. Et je salue ici Madame Maryam Radjavi et toute la salle. J’ai une deuxième dette, c’est celle concernant le peuple iranien. Ce peuple qui est descendu dans la rue en 2009 pour réclamer des élections plus justes et pour crier contre la corruption à la fois des élections et de la société. Bien sûr ça a été très tristement terminé, mais je ne crois pas que ça soit terminé. Le printemps iranien a été suivi de ce qu’on appelle le printemps arabe. Les mêmes revendications : pas de fausses élections, pas de corruption, à bas le pouvoir corrupteur militaire et théo-philosophique.
Donc là je crois qu’il y a eu – et c’est ça ma deuxième dette – un débat qui n’est pas arrêté aujourd’hui, qui continue depuis le sud de la méditerranée jusqu’à la place de Moscou. On n’a jamais vu des manifestations aussi amples pour la démocratie à Moscou depuis 20 ans. Nous sommes donc là dans un mouvement qui a été initié à Téhéran et qui continue maintenant à travers le monde entier. Et c’est très important.
C’est très important pour deux raisons. La première c’est que ça nous laisse un grand espoir. Vous savez, je n’ai pas de spécificité de spécialiste, mais j’ai été ami de  Havel, ami de Sakharov, ami de Soljenitsyne et j’ai très bien connu les dissidents d’en haut et les dissidents d’en bas. Les femmes qui en Algérie étaient condamnées à mort par la mosquée et qui restaient en Algérie pour combattre l’islamisme terroriste, etc. Donc j’ai vécu ce grand moment qui a commencé – je ne m’en étais pas aperçu – à Berlin en 1953 par la révolution de quelques maçons de la Stalin Allee qui réclamaient la démocratie. Qui a continué à Budapest, qui a continué à Prague, qui a continué à Gdansk et à Varsovie. Et toujours d’échec en échec avec des répressions sanglantes et terribles. Et d’échec en échec, ce mouvement a duré 50 ans et a abouti à la chute du mur de Berlin à la fin de l’Union soviétique, à la démocratie dans une grande partie de l’Europe – en particulier l’Europe de l’Est – et qui continue quelquefois bien – comme en Géorgie avec la révolution des roses. Quelquefois plus difficilement, avec des reculs, comme en Ukraine après la révolution orange.

Et donc nous sommes là en face d’un mouvement que l’Europe a connu et qui a libéré le bon tiers de l’Europe et qui continue maintenant à travers le monde. Et je peux vous dire que même en Chine les bloggeurs qui étaient au début très nationalistes, très agressifs, très fermés, sont aujourd’hui en train de déplorer la politique de leur gouvernement. C’est vous dire qu’il y a là un mouvement fantastique. Mais quand il y a un mouvement fantastique de libération il y a aussi une résistance fantastique des pays autocratiques. Et vous avez vu – et Madame Maryam a évoqué la chose. Homs, vous avez vu Homs, vous avez vu que là le pouvoir n’hésitait pas à bombarder les quartiers et les populations mais aussi qu’il y avait une sorte de coalition de tous ceux qui sont inquiets du mouvement de la démocratie et de la liberté d’expression. À savoir : bien sûr de la Syrie pour son gouvernement, mais aussi derrière évidemment l’Iran mais aussi derrière la Russie et la Chine.
Donc nous sommes en face d’un mouvement d’expansion de la démocratie – auquel vous participez tous – et nous aussi en face d’un contre-mouvement de répression des… organisé par des dictatures qui craignent pour elles-mêmes. Vous ne pouvez pas vous imaginer, mais c’est pourtant vrai : la révolution en Tunisie a fait pâlir d’horreur et de terreur Poutine et les Chinois. Qui ont interdit à ce qu’on parle sur les blogs de la révolution de Jasmin. Le mot jasmin était interdit. Ça n’a pas empêché les manifestations en Russie mais ça n’empêchera pas non plus des répressions.

C’est vous dire que ce qui se joue à Achraf c’est quelque chose d’essentiel : l’Iran et ses serviteurs en Irak veulent faire un exemple, un châtiment exemplaire des personnes qui veulent la liberté ; en particulier les gens d’Achraf. Et cette idée de châtiment exemplaire pour faire taire les populations, c’est une technique despotique qui est actuellement en plein essor. Vous avez eu l’exemple de la Russie qui a fait taire les Tchéchènes en massacrant 200 000 Tchéchènes dont 40 000 enfants sur une population de 1 million. La technique est très calme : elle consiste à prendre un exemple, à faire un massacre, pour faire taire qui ? Tous les autres, pas seulement les Tchéchènes : les Russes. Et pendant 10 ans ça a marché. Mais ça n’a pas continué à marcher. Et de nouveau on peut se demander s’il ne va pas y avoir des attentats supposés terroristes organisés par la police. C’est probablement le cas de ce qu’il se passe en Syrie, ça peut être le cas de ce qu’il se passe à Moscou parce que ça s’est déjà passé à Moscou en 99.

Nous sommes donc là avec Achraf devant un enjeu absolument fantastique. Si nous cédons sur Achraf, nous cédons devant une contre-révolution en Chine, en Russie, en Iran. C’est ça qui est l’enjeu, pas seulement le sort… Donc il s’agit de ne pas céder. Et ça se tient sur des points précis. D’abord il faut arrêter d’accepter la qualification proposée par Khomeini et la suite ; la qualification d’organisation terroriste décernée à l’opposition depuis toujours à la théocratie Iranienne. Pourquoi, alors que l’Europe a supprimé l’idée d’organisation terroriste touchant les amis qui sont ici, pourquoi l’Amérique, les États-Unis ne l’ont pas supprimée ? Pour une raison très simple : les Américains étaient en Irak, ils ne voulaient pas que leur départ soit « décoré » par quelques attentats organisés très facilement par l’Iran. C’était donnant-donnant. Mais qu’est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire qu’on donne la peau des 3 500 résidents d’Achraf pour pouvoir partir tranquillement de l’Irak. C’est une honte et c’est une honte terrible.
Le deuxième point, c’est qu’il faut des conditions honnêtes, humaines pour les résidents d’Achraf ou que ce soit, à Achraf ou dans le prétendu camp liberté. Je rappelle qu’à la dernière réunion que nous avons faite, Ingrid Betancourt qui est passée entre les mains des guérillas narko-marxistes d’Amérique du Sud plusieurs années, elle a dit – à partir de sa propre expérience – que le statut actuel du camp liberté n’est évidemment pas celui d’un camp de réfugiés, évidemment pas non plus celui d’une prison. Parce que dans une prison malgré tout il y a des lois, il y a la possibilité de soins médicaux, il y a la possibilité d’avocats, etc. Non, il ne s’agit pas d’une prison, il s’agit d’un camp de concentration. Et ça, admettre cela, c’est une honte pour tous et un danger pour chacun.
Dernier point : je crois qu’il faudra poser la question de l’accueil des réfugiés d’Achraf en occident, chez nous, en France, en Allemagne, aux États-Unis. Et ça, ce n’est pas encore posé, mais je crois qu’il faut regarder les choses en face. Après tout, quand on quitte un pays, quand on a pris des responsabilités dans un pays comme l’a fait la coalition – et en particulier l’état-major américain –, on est responsable de ceux à qui on a dit qu’on les protégeait. Et si on n’arrive pas à les protéger sur place, il faut les accueillir chez soi. Ça vaut pour la France, ça vaut pour les États-Unis. La solidarité avec Achraf c’est aussi l’ouverture des frontières.
Voilà ce que j’avais à dire. Il s’agit d’un enjeu mondial. Je vais vous lire quelque chose qui est paru sur les blogs chinois qui dit : « leur montée en puissance – celle du véto chinois, du véto russe, de l’acceptation des demandes de l’Iran théocratique – leur montée en puissance est une catastrophe pour l’humanité ».

 

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