mercredi, février 1, 2023
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À Achraf, dans le combat contre l’intégrisme religieux, une société a pu se forger et créer un oasis de liberté et d’égalité entre les hommes et les femmes

Le samedi 11 février, coïncidant avec le 33ème anniversaire de la Révolution antimonarchique en Iran, lors d’un grand rassemblement à Paris, des milliers d’Iraniens, soutenus par de nombreux dignitaires européens et américains, ont rappelé qu’un développement majeur est en route en Iran et qu’un changement démocratique, comme solution pour éviter une crise régionale et internationale sans précédent, est à portée de main.

Aude de Thuin, Fondatrice du Women’s Economical and Social Forum a pris la parole lors de cette conférence.

Voir vidéo de l’intervention

Voici le texte de son discours :

Madame la Présidente, Mesdames, Messieurs. J’aurais préféré être avec vous aujourd’hui pour fêter autrement cet anniversaire. Ce que je vais essayer de vous apporter spécialement à vous, femmes du camp d’Achraf, ce sont quelques mots d’espoir. Tout d’abord en vous lisant quelques extraits d’un livre qui vient de sortir en France, il s’intitule Le Sel de la vie. Il a été écrit par une femme exceptionnelle, Françoise Héritier, qui est anthropologue. Je vais vous lire ces quelques passages ; tout en étant consciente que pour vous qui manquez de liberté, cela peut aussi faire mal. Mais j’ai choisi aujourd’hui de tenter de vous amener ailleurs. Dans un ailleurs où nous devons parfois faire l’effort d’aller, celui de nos rêves, celui de nos espérances ; car l’espérance fait vivre. Et ça vous le savez mieux que personne. Alors voici ces quelques phrases glanées dans ce livre que j’ai lu il y a quelques jours. Cela va vous sembler décalé, même s’il faut parfois s’échapper. Et c’est ce que je veux faire aujourd’hui.

Voici ces mots : « chuchoter au téléphone, prendre des rendez-vous des années à l’avance, la démarche d’Henry Fonda, le sourire de Brad Pitt, soupirer d’aise, rouler en jeep sur des routes défoncées, partager une noix de Cola ou une barre de chocolat, avoir peur au cinéma, lire des polars ou de la bonne science-fiction, prendre sans vergogne la plus belle pêche du plateau de fruits, jouer à la belotte ou au rami ou aux yams ou aux petits chevaux ou aux dominos, être mauvais joueur avec de mauvais joueurs, refuser de traiter avec les colériques, marcher d’un bon pas, trainer les pieds dans les feuilles mortes, sourire tendrement à la photo de sa grand-mère, faire un bouquet de fleurs de talus, dormir sur l’épaule de quelqu’un, écouter la Callas, marcher sur du sable chaud mais pas trop, être ému aux larmes ».
Je vais m’arrêter là, et si nous pouvons nous allons essayer de vous faire parvenir ce petit livre plein d’espoir et qui donne à chacun une imagination qui réchauffe le cœur. Cette imagination qui réchauffe le cœur nous l’avons eu au printemps dernier, lors du printemps arabe ; ou une femme arabe m’a dit un jour : « il ne faut pas appeler ça le printemps du jasmin mais le printemps de la dignité ».

Nous avons cru – mais c’était sans doute naïf – que les femmes… puisque mon rôle ici et toujours sera de défendre et d’aider les femmes. Nous avons cru que les femmes de Tunis au Caire, de Tripoli à Sanhaja ; les femmes sorties dans les rues pour dénoncer l’autoritarisme et le manque de liberté joueraient un rôle majeur dans l’avenir de leur pays. Et que voyons-nous aujourd’hui ? Avec l’arrivée des islamistes, leurs ambitions ont baissé d’un cran. Et ce sont ces femmes qui le disent : « nos ambitions ont baissé d’un cran et si nous arrivons à préserver nos droits ce sera déjà beaucoup ». Ce qui est intéressant de constater, c’est pourquoi l’histoire ne s’est pas passée comme nous pensions. Parce que les groupes religieux ont pris le terrain parce qu’ils s’y préparaient depuis longtemps. Parce qu’ils étaient et sont organisés. Une organisation sans failles. Il faut donc en tirer un message. Si les femmes – avec les hommes bien sûr, car c’est toujours dans la complémentarité que les choses se passent mieux – s’organisaient mieux aussi de l’autre côté, c’est-à-dire le côté de la liberté, nous gagnerions tous beaucoup. À Achraf, dans le combat contre l’intégrisme religieux, une société a pu se forger et créer un oasis de liberté et d’égalité entre les hommes et les femmes. Une société où personne n’a cherché à exclure l’autre mais a cherché à se respecter mutuellement. Une société égalitaire dans sa diversité, qui reconnait l’importance de la gestion des affaires par les femmes. Combien d’entre vous n’avez pas été étonné de voir qu’à Achraf ce sont des femmes compétentes qui mènent les négociations les plus compliquées dont dépend le destin de 3 400 personnes. Combien d’entre vous n’avez pas été étonnés par le courage de ces femmes qui à côté des hommes ou même à la tête de cortèges ont résisté les mains nues aux attaques des forces irakiennes lors des agressions mortelles de juillet 2009 et d’avril 2011.
Jusqu’à présent, le régime iranien n’a pas réussi à venir au bout de ces femmes et de ces hommes si décidés à réaliser leur projet d’une société juste, libre, pluraliste et laïque. Alors ils cherchent en faisant pression sur son allié Irakien a déraciner et à éradiquer le camp d’Achraf et sa merveilleuse expérience de société.

Aujourd’hui, le gouvernement irakien veut transformer le camp Liberty – qui porte si mal son nom – en prison et veux forcer les Achrafiens à l’occuper sans les moyens de subsistance minimums. Il n’est pas acceptable qu’avec un mur de 4m de haut, avec l’interdiction de sortir du camp, avec des stations de Police à l’intérieur de ce camp, une présence de plusieurs dizaines de policiers dans un espace restreint où vivent près d’un millier de femmes ; je disais : il n’est pas acceptable de laisser faire cela. Car lors des précédentes attaques de la population d’Achraf, les forces de police irakienne ont fortement été infiltrées par des agents iraniens qui ont insulté, menacé et agressé des femmes. Rappelons que le 8 avril dernier 8 femmes ont été assassinées. Je voudrais donc insister particulièrement aujourd’hui sur le fait qu’il est inacceptable de tolérer des policiers irakiens en arme à l’intérieur de ce camp. Sinon, les habitants sont en droit de refuser de s’installer à Liberty. Je voudrais dire aussi qu’il faudrait respecter pleinement la vie privée, les droits et les libertés de ces femmes et de ces hommes. Il faut qu’ils aient accès à leurs avocats et à des services médicaux comme tout être humain. Et surtout il faut respecter leur dignité de résistant.
L’ONU, l’Union Européenne et les États-Unis doivent empêcher que l’on impose des conditions aussi insupportables aux habitants d’Achraf. En cas de tragédie il faudra savoir qui sera tenu comme responsable.
J’ai commencé mon intervention par quelques mots de la vie et maintenant finir par transmettre ce message particulièrement aux femmes du camp d’Achraf. Courageuses, qui sont une source d’inspiration pour les femmes iraniennes mais aussi pour toutes les femmes de la région qui sont solidaires avec vous : « Nous ne vous abandonnerons pas. Vous êtes l’espoir et l’avenir et nous ne laisserons pas insulter l’avenir ».
Écoutez encore ces quelques mots de Françoise Héritier pour finir : « voir, écouter, résister, observer, entendre, toucher, caresser, sentir, humer, gouter, avoir du gout pour tout, pour les autres, pour la vie ; vous femmes d’Achraf vous avez tout cela et si vous ne le savez pas ou doutez parfois souvent, sachez que nous sommes avec vous par le cœur, par la pensée, par ces mots » ; merci madame de m’avoir permis de parler autrement, merci.    

 

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