vendredi, décembre 9, 2022
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révélations: comment l’Iran contourne les sanctions

 CNRI – Les Vingt-Sept pays de l'Union européenne décident ce lundi des sanctions renforcées contre l’Iran. Catherine Ashton, présidente du Conseil des ministres des Affaires étrangères de l’UE devrait annoncer des mesures qui vont plus loin que les dernières adoptées par l’ONU le 9 juin. L'interdiction de tout nouvel investissement, assistance technique ou transfert de technologie pour le raffinage, l’extraction, l’exploration et la liquéfaction du gaz serait envisagée.
41 personnalités, 57 compagnies et 15 entités sous contrôle des gardiens de la révolution, seraient aussi placées sur liste noire. Les autorités de supervision bancaire des pays membres devront en outre approuver tout transfert vers l’Iran supérieur à 35.000 euros

Pourtant le régime de Téhéran utilise des moyens important pour contourner les sanctions. La semaine dernière le Conseil national de la Résistance iraniens a dévoilé certaines de ces mesures lors d'une conférence de presse à Bruxelles.

Tant que des mesures ne sont pas prises sur tous les aspects, les sanctions n’empêcheront pas le régime iranien à poursuivre ses plans de développement des armes nucléaires.

Le Conseil national de la Résistance iranienne demande instamment à l'UE d'appliquer des sanctions radicales contre la banque centrale d’Iran et d’interdire tous les achats de pétrole et de gaz iraniens. 
Shahin Gobadi membre de la commission des Affaires étrangère du CNRI a déclaré jeudi dernier à Bruxelles que « le temps d’une politique de fermeté sur tous les aspects est venu. »

S'exprimant sur la base d'un rapport du CNRI sur les effets des sanctions internationales à partir de renseignements des réseaux de la Résistance au sein du régime, Shahin Gobadi a expliqué comment le régime tente de contourner les nouvelles sanctions en profitant de l’absence de rigueur de la part de la communauté internationale qui lui a permis de créer ses propres réseaux pour faire face aux sanctions. En voici un résumé :

Pour préserver le pouvoir religieux, le guide suprême Ali Khamenei, a permis au Corps des gardiens de la révolution (CGR) [Pasdarans] de prendre le contrôle d’une partie importante des structures politiques et bureaucratiques du pays pendant les deux décennies écoulées. Ce processus s’est nettement accéléré avec l’arrivée de Mahmoud Ahmadinejad aux affaires, conduisant à la prise de contrôle de la plupart des sphères économiques du pays dont le commerce extérieur par les pasdarans ; au point que dans une économie contrôlée par l’Etat à 70%, cette armée idéologique est impliquée directement ou indirectement dans la plupart des secteurs du commerce extérieur, que ce soient les importations ou les exportations.

L’institution économique la plus importante du régime se trouve au sein de la Garnison « de reconstruction Khatam-ol-Anbia », appartenant aux pasdarans. Selon un rapport récent du Corps des pasdarans à la Commission du budget de Majlis (parlement), la Garnison Khatam-ol-Anbia est propriétaire de 812 sociétés commerciales enregistrées en Iran ou à l’étranger.

Au cours de ces dernières années, les pasdarans ont presque entièrement accaparé l’industrie pétrolière et gazière. Les pasdarans sont parties prenantes dans tous les gros contrats. Pour assurer un contrôle total et sans entrave des pasdaran de ces industries, des centaines de responsables et managers de la NIOC (Société nationale du pétrole) ont été congédiés.
Le niveau et les modalités des interférences des pasdaran dans les secteurs pétroliers et gaziers sont directement définis par Ali Khamenei et le commandement du CGR. Mohammad-Reza Pourzi’aï, sous-directeur pour l’industrie et les mines de la Garnison Khatam-ol-Anbia, a déclaré récemment : « La politique de notre présence dans les projets différents est décidée par le commandement du CGR ; ce sont eux qui jugent notre présence nécessaire ou non ».

Certaines grandes entreprises cédées au CGR ou à ses filiales sont : l’usine de fabrication de tracteurs de Tabriz, la société pétrolière Sadra, le groupe de tabac Bahman, le groupe Saïpa, le groupe pétrochimique de Kermanchah, l’usine de fabrication de tracteurs du Kurdistan, 51% des actions de la société iranienne des télécommunications (Cherkat Mokhaberat-e-Iran), etc.

Chaque année des dizaines de milliards de dollars de produits de luxe, d’électroménager, articles d’intérieur, de médicaments, de pièces détachées, de téléphones portables et de cartes SIM, d’appareils électroniques, de produits alimentaires et autres marchandises sont importés en Iran par les pasdaran sans passer par les douanes officielles. Ils utilisent les aéroports et les installations portuaires qu’ils ont à leur disposition. Dans aucun grand pays du monde une institution militaire n’a de mainmise aussi grande sur l’économie du pays.

Les effets des sanctions sur les banques et transactions bancaires : les plans du régime pour contourner le volet financier des sanctions

Il s’agit des sanctions les plus efficaces qui ont mis le régime sous une pression réelle. Selon des informations précises, en raison de l’ajout de la Bank Melli (nationale) d’Iran sur la liste des sanctions européennes, ses transactions bancaires en euros ont chuté de 90%. Ses activités sont tombées à un dixième de sa capacité habituelle. Selon une analyse interne des experts du régime, « les sanctions ont imposé des contraintes aux 25 banques que compte la République islamique, privées ou d’Etat ». Mais plus précisément, toutes les banques placées sur la liste des sanctions européennes ou américaines ont vu fondre leurs capacités qualitatives.

Selon une autre analyse des experts économiques, les premiers effets conjugués de nouvelles sanctions du Conseil de sécurité de l’ONU, des Etats-Unis et de l’Union européenne sur les banques et les transactions en devises ont réduit de moitié les capacités bancaires et financières du régime.

Une autre conséquence des sanctions c’est que le régime se voit obligé de passer par les petites banques d’autres pays, ce qui augmente considérablement les frais, mais aussi les risques commerciaux.
La Banque Markazi (centrale) devient une banque commerciale dans le but de contourner les sanctions
Selon des informations précises, plusieurs grandes banques étatiques ayant été frappées par les sanctions, le régime s’est mis à utiliser secrètement la Banque centrale pour les contourner. La Banque centrale est aussi activement et discrètement à la recherche de banques prêtes à esquiver les sanctions.

Une banque turque fournit actuellement à la Banque Markazi des canaux pour ses transactions en devises. La banque turque HALK BANK fait partie des entreprises qui travaillent avec le régime. Une délégation d’experts de la Banque centrale du régime, dont un certain Massoud Rekabdar, directeur général de la politique de gestion de devises, s’est rendue en Turquie pour des négociations avec des banques turques.

La Banque centrale a tenté également d’utiliser des banques brésiliennes pour contourner les sanctions, mais celles-ci ont exigé qu’une partie des réserves du régime en devises étrangères soit transféré au Brésil, ce que la Banque centrale iranienne a rejeté.

Les sanctions contre le secteur bancaire ont contraint le régime à tenter de poursuivre l’essentiel de ses activités à travers des petites banques.

Ci-dessous figurent quelques banques, parmi d’autres, qui continuent toujours à émettre des lettres de crédit pour les transactions commerciales du régime :

• En Allemagne : la Banque EIH ou la Banque Iran
•Europa est actuellement le canal bancaire le plus important pour l’ouverture de lettres de crédit et de contournement des sanctions internationales pour le compte du régime. La totalité ou presque de son capital appartient au régime iranien. Outre l’Allemagne, elle mène également des activités dans d’autres pays européens, notamment dans le domaine de l’ouverture de crédit. Les activités de cette banque ont été dénoncées il y a peu. Un expert bancaire du régime a qualifié de « coup sérieux » l’interdiction qui vient de frapper l’EIH.
• Une autre banque, Persia Bank, poursuit des activités semblables à celles d’EIH pour le compte du régime. Elle a été créée en fusionnant les filiales des banques Mellat et Tejarat à Londres. Son agence centrale se trouve à Londres et elle entretient des bureaux à Téhéran et à Dubaï. Dubaï vient de stopper les activités de cette banque sur son territoire.
• En Italie : Banca Intesa travaille avec le régime iranien ;
• En Espagne : Arab Bank of Spain est l’interlocutrice du régime pour certains contrats.
• A Chypre : Hellenic Bank accorde des lignes de crédit au régime.
• En Chine : Bank of China et Holder Bright Bank continuent à travailler avec le régime. La Banque commerciale de Chine et la Banque de la Reconstruction ont travaillé avec Téhéran.

Conséquences des sanctions dans le domaine des projets pétroliers et gaziers

Les sanctions créent de graves problèmes pour le régime dans ce domaine. Le régime a essayé de renforcer cette faiblesse en confiant ses projets aux gardiens de la révolution et surtout à son principal QG économique, la Garnison Khatam-ol Anbya. Cependant il s’est trouvé face à des problèmes insolubles. Un des exemples concerne les phases 15 et 16 du gisement PARS SUD par le QG de Khatam-ol Anbya des gardiens de la révolution pour un budget de 1,2 millions de Dollar. De façon tout à fait inattendue, les gardiens de la révolution viennent d’annoncer la suspension de ce projet. Selon le rapport strictement confidentiel des pasdaran, la raison en est le retrait, à cause des sanctions, des sociétés internationales de pays comme la France, l’Italie et la Chine qui en assuraient le financement.

Par conséquent la Garnison de Khatam qui n’a ni le budget, ni la capacité de gérer le projet a décidé de le suspendre alors qu’il était réalisé à 50%. La garnison Khatam se retrouve confrontée à divers problèmes à cause des sanctions. Dans l’exploitation et l’exportation du pétrole et du gaz, le régime a réalisé ses opérations ces dernières années avec l’aide de compagnies pétrolières occidentales comme Total, Shell, BP, EGL et au cas où ces compagnies arrêteraient leur collaboration, les gardiens de la révolution bien qu’ils soient une grande force économique, ne seront pas en mesure de poursuivre leurs activités.

Sanction et difficultés du régime dans le domaine des assurances

L'une des difficultés sérieuses dues aux sanctions concerne l'assurance des importations et des exportations. Cela touche particulièrement les domaines de l'énergie (pétrole et gaz), des transports aériens et maritimes.

Suite aux sanctions sur les assurances par la compagnie internationale Lloyds, le régime a remplacé cette compagnie par la compagnie « Bimeh Iran ». Afin de la renforcer, le régime a renfloué son capital premier, passant de 200 à 500 millions de dollars. Cependant, il craint fortement que le nom de cette compagnie soit aussi placé dans la liste des compagnies touchées par les sanctions internationales.

Récemment, le 21 juin 2010, la compagnie d'assurances Iran, dans un document dont un exemplaire nous a été remis par nos sources, a développé des scénarii de problèmes et de solutions visant à prévenir des sanctions éventuelles. Cela montre clairement les difficultés graves que le régime rencontre dans le domaine des assurances.

Sur la base des rapports internes reçus, afin de prévenir son inscription dans la liste des compagnies sanctionnées, la compagnie d'assurances Iran a décidé de ne pas officialiser ses activités avec les compagnies alternatives. De même, elle a décidé que dans le cas où elle serait touchée par les sanctions, elle continuerait malgré tout ses activités.

La liste dans ce document des compagnies d'assurance ayant résilié leur contrat avec la compagnie d'assurances Iran constitue également un sujet de préoccupation. Le régime tente de régler les difficultés dans le domaine des assurances en recourant essentiellement à des moyens d'appui et de soutien et notamment à des compagnies d'assurances de soutien (réassurance) asiatiques et africaines telles que des compagnies d'assurances du Kenya, de Malaisie, du Koweït, du Sénégal et d’autres pays similaires.

Évaluation globale des sanctions, réactions et contre-attaque du régime

Un expert du régime a annoncé dans une réunion sur les sanctions : « En un mot, dans le domaine économique, nous ressemblons à un tonneau rempli d'eau cible de tirs venant de toutes parts que constituent ces sanctions et par conséquent qui fuit de tous les côtés.

La situation des sanctions actuelles ne ressemble en rien aux sanctions précédentes et n'est nullement comparable à aucune autre période. Ces sanctions introduisent de très fortes et multiples pressions ».

Selon le rapport d'un experts du cabinet de Khamenei, depuis les récentes sanctions, Khamenei suit personnellement le problème de ces sanctions avec Ahmadinejad et Ali Larijani, président de l'Assemblée. De même, il a fait appel à un groupe d'experts afin de trouver des solutions.

Six organismes et commissions au sein du régime étudient les moyens de ne pas exécuter les sanctions ou bien encore de les contourner.

Précisément, il faut signaler, au sein du cabinet du président du régime, la formation du « QG des mesures économiques spéciales de contre-attaque face aux sanctions et à leurs effets » présidé par Mohammad-Reza Rahimi, premier assistant d'Ahmadinejad à la présidence. Le secrétaire de ce siège est M. Mehrab, par ailleurs secrétaire du comité économique du conseil supérieur de sécurité nationale. Les membres du QG sont : le ministre du Commerce, le ministre des Affaires étrangères, le ministre des Renseignements, le ministre du Pétrole, le ministre de la Défense, le ministre de l'Intérieur, le président de la banque centrale, le président de l'organisation du plan et de la programmation du pays.

Le QG se réunit chaque semaine en raison de la situation sensible et des pressions dues aux sanctions et traite des problèmes et des difficultés qui leur sont liées.

Conclusion

Les sanctions contre le régime des mollahs peuvent être efficaces. Cependant, il est crucial qu'elles soient et qu'elles soient totales, ce que les sanctions actuelles ne font pas.

Dans le même sens, en usant de tromperies et de propagande mensongère, le régime veut faire croire que les sanctions font pression sur le peuple iranien, alors qu'en réalité, le véritable perdant est précisément le Corps des pasdaran. C'est d'ailleurs ce qui fait trembler le régime.

Le principal protagoniste de tous les gros contrats et précisément dans les domaines du pétrole, du gaz et de l’énergie n'est autre que le corps des pasdaran. Le principal importateur de marchandises en Iran est le corps des pasdaran qui importe près de 12 milliards de dollars de marchandises par an. Il n'y a donc pas de place dans l'économie iranienne pour un véritable secteur privé.

La totalité des revenus résultant du commerce et des affaires avec le régime alimente les organes de répression, soit pour l'exportation du terrorisme, soit pour obtenir des armes de destruction massive, ou est détourné par les diverses bandes au sein du régime. Hormis la répression, la pauvreté et l'accentuation de la crise par le régime, ces revenus n’ont rien apporté à la nation iranienne.

Selon le président du centre des statistiques de l'Iran en date du 29 mai 2010, plus de 10 millions de personnes sur l'ensemble de la population vivent sous le seuil de pauvreté totale, et plus de 30 millions sous le seuil de pauvreté relative. Et ce ne sont là que des statistiques officielles.

Le temps est désormais venu d’appliquer sanctions plus mordantes contre le régime.

Afin d'intensifier les sanctions il est nécessaire de :

– placer l’achat du pétrole et du gaz sous sanction

– sanctionner la banque centrale ainsi que tous les autres organes financiers du régime

Nous devons souligner que malgré la nécessité des sanctions actuelles, elles ne sont pas suffisantes pour arrêter ce régime dans sa quête de l'arme atomique et son terrorisme. Car Khamenei ne voit le maintien de son régime que dans l'obtention de l'arme atomique, l'exportation du terrorisme et l'ingérence dans les affaires des autres pays. De même, il ne peut faire marche arrière. Par ailleurs, il cherche de toutes ses forces à percer ou à contourner ces sanctions.

Dans l'évaluation des institutions expertes des trois pouvoirs à Khamenei également remis au conseil de sécurité du régime, tout en évoquant les dangers des sanctions il est précisé : « Faire marche arrière est très couteux. Comme son excellence Khamenei l'a mis en lumière, il existe d'autres points de discorde entre l'occident et la république islamique, et pas seulement sur le nucléaire : l'arrêt du soutien à la Palestine et au Hezbollah du Liban, la question des trois ilots (du Golfe Persique), les problèmes internes, l'arrêt des verdicts du pouvoir judiciaire, la création d'espace de liberté dans la société, l'arrêt de l'ingérence dans les affaires intérieures de l'Irak, de l'Afghanistan et des pays arabes de la région. Si nous cédons sur un de ces points, nous devrons reculer étape par étape, et il ne restera plus rien de ce régime ».

La solution de la crise en Iran repose entre les mains du peuple iranien et de sa résistance.

Les sanctions ajoutées aux conséquences économiques envoient également un message politique aux Iraniens : après des années de marchandages et de tractations avec ce régime et après avoir fermé les yeux sur ses crimes, la communauté internationale prend enfin ses distances avec la tyrannie.

Les affaires et le commerce pendant toutes ces années ont en réalité été une contribution à la répression, une grande assistance à la survie du régime et ont fait le lit de la crise atomique actuelle.

D'un autre côté, cette complicité et cette assistance au régime ont posé des obstacles à la résistance organisée. Le temps est venu de les ôter.

Précisément, les États-Unis doivent retirer le nom de l'Organisation des Moudjahidine du Peuple d'Iran de leur liste terroriste. Comme vous le savez certainement, la semaine dernière, la cour d'appel fédérale de Washington a ordonné au Secrétaire d'État, dans un arrêt décisif mettant en cause les informations du Département d'État, de revoir sérieusement l'inscription de l'OMPI sur cette liste.

Si la crise iranienne représente réellement un sérieux problème pour la communauté internationale, et c'est bien le cas, il est temps de faire preuve de fermeté avec ce régime.

Il faut annoncer des sanctions plus fortes et sans faille et mettre un point final aux entraves faites à l'opposition.

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