jeudi, février 2, 2023
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Résoudre la crise d’Achraf

Par Struan Stevenson, eurodéputé

THE INDEPENDENT, 11 mai – Le 8 avril un massacre brutal a eu lieu au camp d’Achraf, dans le nord de l’Irak, lieu de résidence depuis 20 ans de plus de 3 400 opposants iraniens. Sous la pression incessante du gouvernement iranien, l’armée irakienne a envoyé cinq divisions lourdement armées avec des chars et des véhicules blindés pour faucher des hommes et des femmes sans armes dans un assaut brutal qui a choqué le monde civilisé.

En tant que président de la Délégation officielle du Parlement Européen pour l’Irak, j’ai conduit une petite équipe d’eurodéputés à Bagdad, quelques jours après le massacre afin d’exprimer notre horreur et notre indignation au Président Talabani et à de nombreux ministres importants du gouvernement. Nous avons demandé la permission de visiter Achraf, afin de voir par nous-mêmes les conséquences de la tragédie, mais notre demande a été fermement repoussée par le ministre des Affaires étrangères, M. Zebari.

Je demeure profondément inquiet qu’une autre attaque sanglante puisse se produire à tout moment, menant à un anéantissement, du même type que celui de Srebrenica, des réfugiés non armés du camp. Il est ressorti clairement de nos discussions à Bagdad qu’une solution urgente devait être trouvée à la crise d’Achraf. Le représentant du Secrétaire général de l’ONU en Irak m’a demandé de prendre contact avec les dirigeants des réfugiés d’Achraf à leur siège à Paris, afin d’examiner des possibilités éventuelles pour une résolution à long-terme. De retour dans l’Union Européenne suite à mon voyage en Irak, je me suis rendu immédiatement à Paris où j’ai passé 5 heures dans d’intenses discussions avec les dirigeants de l’opposition iranienne. Ensemble, nous avons réussi à élaborer un plan qui fournit la seule alternative valable à la violence et à un nouveau massacre.

Le plan exige la participation active de l’ONU, des États-Unis et de l’UE. Il reconnaît le droit de souveraineté du gouvernement irakien sur son propre territoire. Mais il reconnaît également le droit des 3 400 résidents non armés d’Achraf à être protégés en vertu de la 4ème Convention de Genève. Le plan établit les bases pour des négociations engageant le gouvernement irakien et présente une proposition pour réinstaller tous les réfugiés aux États-Unis, au Canada, en Australie, en Norvège, en Suisse et dans les 27 États membres de l’UE, selon l’endroit où ils ont déjà des relations, des liens et des contacts familiaux.

Mais j’ai bien précisé dans toutes ces discussions avec le gouvernement irakien que nous ne sommes pas disposés à engager de quelconques négociations avec eux à moins que quatre pré-conditions essentielles soient remplies. Premièrement, les forces militaires doivent être retirées du camp d’Achraf. Deuxièmement, le siège du camp d’Achraf qui se poursuit sans interruption depuis plus de deux ans, impliquant des centaines de haut-parleurs hurlant des menaces et de la propagande 24 /24h à un volume élevé, ainsi que les interruptions de fournitures médicales vitales, d’approvisionnement en énergie et en eau, doivent immédiatement cesser. Troisièmement, une enquête indépendante doit être menée sur le massacre du 8 avril, les auteurs doivent être identifiés et traduits en justice. Et quatrièmement, un accès immédiat aux soins hospitaliers nécessaires doit être fourni à ceux qui ont été grièvement blessés lors de l’attaque du 8 avril. En d’autres termes, le gouvernement irakien doit rétablir un environnement aussi proche de la normalité que possible à Achraf, avant que les négociations ne puissent commencer sur la résolution à long-terme de cette crise.

Nous ne serons certains que les autorités irakiennes ont réellement l’intention d’apporter une conclusion positive à cette situation que si ces conditions sont remplies. Mais durant cette période de transition, les Nations Unies devront prendre le contrôle de la sécurité du camp, s’assurant que les résidents reçoivent tous les équipements nécessaires à la vie courante et les fournitures médicales. Parallèlement, une commission sera créée pour faire avancer le plan, composée de personnes clés de l’UE, des États-Unis, de l’ONU et de la Ligue Arabe de même que des membres du gouvernement et du parlement d’Irak, des résidents du camp d’Achraf et du Conseil national de la Résistance iranienne (CNRI).

La Baronne Ashton et le Conseil des Affaires étrangères de l’UE, conjointement avec le Président des États-Unis et le Secrétaire général de l’ONU, doivent à présent appuyer cette solution et la soutenir activement afin d’assurer que les vies des 3 400 Iraniens soient sauvées et que l’Irak avance sur une voie où le respect des droits de l’homme et l’état de droit prévalent, dans un pays qui est empêtré dans la violence depuis trop longtemps.

Struan Stevenson est un eurodéputé Conservateur d’Écosse. Il est le Président de la Délégation du Parlement Européen pour les Relations avec l’Irak et a dirigé une équipe dans ce pays lors d’une visite de 5 jours (25-30avril).

 

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