
Rassoul Tabrizi a passé dix précieuses années de sa vie derrière les barreaux Iran. De 1981 à 1991, sa vie a été traversée par des épisodes sanglants de l’histoire contemporaine de l’Iran. Ce rescapé fortuit du massacre des prisonniers politiques en 1988, a témoigné mardi pour les journalistes lors d’une conférence de presse organisée par le Conseil national de la Résistance iranienne à Paris (CNRI).
La Résistance y a révélé pour la première fois les identités de 59 membres des « commissions de la mort » mises sur pied par Rouhollah Khomeiny pour abattre les prisonniers qui persistaient sur leurs positions politiques. 30 000 ont ainsi été exécutés en moins de quelques semaines sur une fatwa du guide suprême contre les « ennemis de Dieu » et les « hypocrites ».
Rassoul Tabrizi, qui était comptable en Iran, a perdu de nombreux camarades lors de ce qu’Amnesty international a qualifié de « crime contre l’humanité ». Il fut mis en isolement et torturé pendant de longs mois, mais n’a jamais renoncé à ses convictions politiques et continue aujourd’hui en exil à revendiquer le renversement de la dictature religieuse en place en Iran.
« Nous ne pouvons pas rester indifférents devant tant de crimes commis à l’encontre de la population », a-t-il déclaré lors d’une interview.
La conférence de presse à Paris intervenait quelques semaines après la révélation, le 9 août dernier, d’un fichier audio de l’ayatollah Montazeri, ancien héritier du premier guide suprême du régime iranien, concernant le massacre de 1988. Un événement qui a provoqué un séisme politique en Iran et mis la totalité du régime des mollahs face à un défi social et politique sans précédent. Les plus hautes autorités sont entrées en scène pour mettre en garde contre une tentative de « ternir l’image de Khomeiny » et « réhabiliter » le mouvement de résistance des Moudjahidine du peuple.
Dans ce document audio, Montazeri proteste contre le massacre des prisonniers politiques commencé quelques semaines plutôt: « Le crime le plus important commis sous la République islamique et pour lequel nous serons condamnés par l’Histoire, c’est vous qui l’avez commis et c’est pourquoi l’Histoire enregistrera vos noms en tant que criminels (…) Notre peuple a (le principe) du Guide suprême en abomination. Ce n’est pas comme ça que je voulais que ça se passe. Dans 50 ans, Khomeiny sera jugé comme une figure sanguinaire et cruelle ».
Rassoul Tabrizi s’est indigné que « les membres de la commission de la mort occupent toujours de hautes fonctions au sein de l’État. Dont l’actuel ministre de la Justice du gouvernement Rohani. L’impunité dont jouissent les autorités iraniennes est inacceptable et dangereux. Ces mêmes personnes perpétuent le crime, en exécutant chaque semaine des dizaines de personnes en Iran. Un pays qui détient le record mondial des exécutions par tête d’habitant ».
Au cours de ce massacre, plus de 30000 prisonniers politiques, pour la plupart des militants de l’Organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI), furent massacrés en quelques mois, et leurs corps furent enterrés secrètement dans des fosses communes.
Khomeiny avait écrit dans son décret religieux : « Tous ceux qui sont emprisonnés à travers le pays et qui persistent dans leur hypocrisie sont condamnés à mort car ils sont en guerre contre Dieu. Il serait naïf d’être clément à l’égard de ceux qui ont déclaré la guerre contre Dieu. L’intransigeance de l’Islam à l’égard des ennemies de Dieu fait partie des principes intangibles du régime islamique. J’espère que votre colère et votre haine révolutionnaire contre les ennemis de l’Islam produiront la satisfaction de Dieu. Que les Messieurs chargés de prendre les décisions ne fassent preuve d’aucune hésitation, ni doutes, ni atermoiement. Ils doivent s’efforcer à réprimer les mécréants avec la plus grande violence. »
Rassoul Tabrizi raconte avec indignation : « Des prisonniers qui purgeaient des peines de prison, et dont certains étaient sur le seuil d’être libérés, on les appelait au petit matin pour les mettre en rang dans le couloir de la mort. Leur destin était scellé après un bref interrogatoire.
L’ancien prisonnier politique a appelé à la mise sur pied d’une juridiction internationale pour juger les responsables iraniens. « Il est temps de faire justice au sang versé de 30 000 victimes. Nous devons nous lever pour insister et demander aux organisations internationales de juger et punir ces criminels qui sont toujours en poste et continuent à commettre chaque semaine des crimes avec les pendaisons à n’en plus finir. Les instances internationales doivent cesser leur silence sur trois décennies. Les gouvernements occidentaux ne doivent pas sacrifier la justice et les droits de l’homme sur l’autel de leurs intérêts économiques mesquins ».
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