Par Struan Stevenson *
The Washington Times Mardi, 12 janvier – En 1997, les États-Unis et leurs alliés occidentaux ont cru voir une opportunité pour un premier véritable dialogue avec l'Iran depuis la révolution de 1979. Ils voyaient dans le nouveau président élu, Mohammad Khatami, quelqu'un avec lequel ils pourraient traiter, un homme qui pourrait entraîner un changement depuis l'intérieur du système établi.
Mais les mollahs au pouvoir à Téhéran avaient un prix : l'Occident devait inscrire les Moudjahidine du peuple d'Iran (OMPI) sur la liste des organisations «terroristes». Cela semblait un moindre prix dans l'univers de la realpolitik.
En tout cas, c’était alors – et nous sommes aujourd’hui.
Peu importe que les «modérés» du gouvernement iranien n'aient jamais été à la hauteur de ce prix, ou que les mollahs soient allés de l'avant avec leurs ambitions nucléaires, se frottant les mains avec l’acquisition de matière fissile, ou que le «modéré», M. Khatami ait fait place au belliqueux président Mahmoud Ahmadinejad.
Le fait majeur est que de grands changements ont lieu en Iran – des changements que la ligne dure à Téhéran n’est plus en mesure d'arrêter et face auxquels l'administration Obama ferait mieux de se réveiller.
La preuve est évidente. Depuis l'élection contestée de juin, ce n'est plus l'Iran que nous avons connu ces trente dernières années.
Les mollahs ou leurs gardiens de la révolutionne peuvent plus maintenir les manifestants loin des rues, ou garder ce qui se passe à Téhéran et dans d'autres villes loin des yeux du monde. Même les propres manifestations du régime sont débordées par les opposants qui exigent davantage de liberté et de démocratie.
Le fait que l'opposition se soit développée à un rythme accéléré, malgré la lourde répression (notamment des documents sur les abus sexuels) indique que le statu quo n'est plus tenable. Comme un observateur de l'Iran l'a dit récemment, la mystique du chef suprême s’est brisée dans les esprits, et quand quelque chose change profondément dans l'esprit des gens, les changements doivent se produire sur le terrain. Il est très clair que l'Iran ne se contentera pas de moins d’un changement fondamental de régime.
Pour sa part, les États-Unis ne peuvent plus rester aveugles devant les variations qui se déroulent sous leurs yeux en Iran. Ils doivent modifier leur approche, et cela commence par faire entrer les opposants persévérants dans l'équation.
L'ancienne politique reposait sur le postulat que la République islamique était là pour rester dans un avenir prévisible, et les États-Unis devaient soit trouver un compromis soit tendre vers l'extrême en lançant une guerre. Quand il a pris ses fonctions, M. Obama a cherché à remettre l'horloge à l’heure en poursuivant son engagement avec Téhéran. Dans ce cadre, cela n’avait pas de sens de faire entrer l'opposition car ça ne faisait qu’agiter Téhéran et envoyer un mauvais message aux dirigeants de Téhéran.
A présent, la poursuite des manifestations dans les villes iraniennes devient l’élément imprévisible. Si l'équation a changé, l'approche de l'opposition devrait également changer.
Il faudrait commencer par retirer l'OMPI de la liste terroriste, ce que le Royaume-Uni et l'Union européenne ont fait l'an dernier et, respectivement, après de longues batailles juridiques qui ont pleinement disculpé l'OMPI de tout engagement dans le terrorisme. La radiation s’est faite malgré la forte résistance des capitales européennes qui étaient des plus préoccupées par son impact sur leurs échanges commerciaux avec l'Iran.
Des dossiers crédibles montrent que l'OMPI ne s'est livrée à aucune activité violente depuis 2001. En 2003, elle a formellement renoncé à la violence et a volontairement désarmé. Des entrevues et des enquêtes en profondeur des agences de sécurité américaines sur les membres de l'OMPI basés au camp d'Achraf en Irak ont confirmé que le groupe ne pose aucune menace à la sécurité américaine.
En fait, à travers son vaste réseau et soutien populaire en Iran, l'OMPI a été un atout important en révélant le programme d'armement nucléaire clandestin de Téhéran au fil des ans ; des révélations que les experts nucléaires estiment correct 90 % des fois.
Des dizaines de diplomates européens engagés dans des négociations avec Téhéran ont reconnu que les responsables iraniens ont demandé à une vague de répression contre l'OMPI dans les négociations avec les gouvernements occidentaux sur le programme nucléaire et d'autres questions.
L'OMPI est bien plus qu’une épine dans le flanc du régime religieux et c'est pourquoi les mollahs ont persuadé leurs amis à Bagdad de tenter d'anéantir le camp d'Achraf en juillet – en vain.
La liste noire des opposants de Téhéran a été un cadeau indu fit au régime des mollahs. Elle a fourni à Téhéran non seulement un prétexte pour réprimer davantage ses opposants dans le pays, mais aussi pour violer les droits humains les plus élémentaires de millions d'Iraniens à travers la nation. En effet, n'importe qui même accusé de sympathiser avec l'OMPI est considéré comme Mohareb, un ennemi de Dieu qui doit être puni de mort.
Alors, à quoi sert d’exécuter les ordres de Téhéran contre son opposition, surtout lorsque les choses sont si inconstantes en Iran ? Cela revient à intervenir dans les affaires intérieures de l'Iran en faveur des mollahs – et aujourd’hui la realpolitik dicte que cela doit changer.
*Struan Stevenson est membre du Parlement européen et président de la délégation du PE pour les relations avec l'Irak. Il est également président de l'Intergroupe des Amis d'un Iran Libre au Parlement européen.

