CNRI – « Il est logique de radier l’OMPI de la liste [américaine] des organisations terroristes. [Son inscription] n’a pas de sens, il n’y a pas de terrorisme, pas de capacité, aucune intention, et je pense ici que l’Amérique, doit suivre l’Union européenne et le Parlement européen qui ont pris une mesure de bon sens il y a près d’un an », a déclaré l’ambassadeur Bill Richardson.
L’ancien ambassadeur américain à l’ONU sous le président Clinton s’exprimait à Bruxelles le 25 janvier dans une conférence transatlantique intitulée « le camp d’Achraf et la politique vis-à-vis de l’Iran ». Maryam Radjavi, présidente élue de la Résistance iranienne, y recevait de hauts responsables des administrations Clinton, Bush et Obama, ainsi que des leaders politiques européens et de grandes figures du droit international et de la défense des droits de l’homme. On peut nommer le général Jones, ancien conseiller à la sécurité nationale du président Obama, Dell Dailey, coordinateur du contre-terrorisme au département d’Etat jusqu’en avril 2009, Michael Mukasey, ancien ministre de la Justice du président Bush, John Bolton, ancien Sous-secrétaire d’Etat, une haute délégation de parlementaires européens sous l’égide du vice-président du PE Vidal Quadras, ou encore Irene Khan, Secrétaire générale d’Amnesty International jusqu’en décembre 2009.
Voici l’intervention de M. Richardson:
Je remercie Mme Radjavi et tous les organisateurs de cette manifestation. Je tiens aussi à rendre à saluer les dirigeants européens ici présents.
Je veux parler d’abord les domaines sur lesquels je pense nous convenons tous. Et je vais essayer de donner mon point de vue en tant qu’ ancien responsable américain. J’ai été gouverneur du Nouveau-Mexique et pendant cette période, je n’ai pas été totalement impliqué dans la politique étrangère. J’ai gouverné un État. mais auparavant, j’ai eu un peu d’expérience en politique étrangère.
Je vais juste énumérer les domaine, je pense qu’il y en a cinq, où je sens un consensus, du moins de mon point de vue.
Numéro un: il est logique de radier l’OMPI de la liste des organisations terroristes. ça [son inscription] n’a pas de sens, il n’y a pas de terrorisme, pas de capacité, aucune intention, et je pense ici que l’Amérique, doit suivre l’Union européenne et le Parlement européen qui ont pris une mesure de bon sens il y a près d’un an. Je tiens également à remercier le juge Mukasey, parce que je pense qu’il a souligné, au moins en ce qui concerne la politique américaine, qu’il y a eu des erreurs des deux côtés – dans le camp républicain et le camp démocrate.
Le deuxième point qui, je crois, nous unit tous, c’est le camp d’Achraf. De toute évidence, nous devons trouver une solution pour éviter une crise humanitaire au camp d’Achraf. Et cette solution, c’est la sécurité, davantage de sécurité américaine pour la force de l’ONU qui est là-bas. En fait, une sécurité américaine parce qu’en ce moment, il semble que l’Irak ne fournisse pas la protection nécessaire aux 3.400 personnes qui sont là. Donc, c’est un autre effort sur lequel je crois, nous pouvons tous convenir.
Numéro trois : Je pense que nous devons trouver des moyens de soutenir les forces d’opposition iraniennes en Iran et à l’extérieur de l’Iran. Je pense que ce doit être l’ingrédient d’une nouvelle politique, qu’une conférence comme celle-ci a besoin d’évaluer et de trouver de nouveaux espaces, une nouvelle politique. Je ne pense pas que nous ayons exploré cela suffisamment.
J’ai rencontré Mme Radjavi hier, c’est une femme de vision, c’est une femme d’esprit, qui parle plusieurs langues, qui se soucie profondément de son peuple et qui a une très bonne équipe autour d’elle, un très bonne équipe.
Maintenant, qu’est-ce que cela signifie en termes de nouvelle politique? Cela signifie que ce qui s’est passé à Istanbul ces derniers jours offre un espace pour de nouvelles opportunités et de nouvelles politiques. Il est évident que ceux qui, comme moi, ont préconisé les négociations, le dialogue, la diplomatie, doivent maintenant jeter un regard réaliste sur les résultats de cette politique. Et à l’évidence à Istanbul, le gouvernement iranien n’était pas sérieux. Il n’a pas voulu accepter une discussion sur le cycle du combustible, il a refusé d’examiner les procédures de l’AIEA pour inspecter certaines installations nucléaires en Iran, et il a donné trois conditions pour l’élimination des sanctions avant même que nous parlions. Ce n’était pas un effort sérieux et je crois que cela signifie qu’il faut examiner une nouvelle politique.
Maintenant, en ce qui concerne d’autres mesures que nous pouvons prendre, de toute évidence nous devons condamner l’exécution qui vient d’avoir lieu et poussez le changement démocratique en Iran, et d’ailleurs, je pense que nous devons nous tenir aussi aux côtés du peuple russe, vis-à-vis de la récente tragédie qu’ils les a frappé, à l’aéroport de Moscou.
Alors, où allez-vous entrer en désaccord avec moi? Je crois qu’il faut poursuivre la diplomatie et le dialogue. Cela ne signifie pas la poursuite des pourparlers qui ne mènent à rien, mais cela signifie ne pas abandonner les négociations dans lesquelles l’Europe et l’Amérique et de nombreux autres pays ont participé – que ce soit les Nations Unies, ou comme à Istanbul – cela ne signifie pas que vous y adhériez, mais cela ne signifie pas que vous disiez Ok, c’est la fin de ces discussions. Je ne pense pas qu’il faille retirer l’action militaire de la table, mais je ne l’envisage pas à l’heure actuelle comme étant réaliste. Alors, que faisons-nous? Je crois que nous devons poursuivre ces discussions, mais vous avez un nouvel élément que je proposerai formellement à la fin de la discussion.
La deuxième question est celle des sanctions. J’ai très peu entendu parler des sanctions. Je pense que le général Jones en a très bien parlé. C’est la série la plus complète de sanctions ayant jamais sans doute été imposées à un pays. Et les sanctions ont été renforcées ces deux dernières années en raison de la forte participation de l’Union européenne et des États-Unis qui ont travaillé ensemble. Je n’arrive pas à penser pourquoi les sanctions ne pourraient pas éventuellement avoir d’effet. Une moitié de l’essence de l’Iran est importée. Une grande partie de ses produits alimentaires est importée aussi. Je crois donc que ces sanctions doivent être poursuivies, renforcées, réorganisées, peut-être étendues, c’est ce que Mme Radjavi a expliqué dans sa discussion.
L’élément nouveau qui se dessine ici c’est: quels sont les moyens les plus efficaces pour le monde, l’Amérique et l’ Europe de soutenir l’opposition iranienne? Quel est le meilleur moyen d’y arriver? Est-ce un soutien technique, est-ce un soutien politique? A l’évidence l’Amérique a besoin de montrer la voie avec la radiation de l’OMPI de la liste, avec la question du camp d’Achraf. Mais c’est aussi trouver de nouveaux moyens de communication, peut-être l’Internet, peut-être par la technologie, peut-être par le biais de nouvelles formes de la technologie satellite, peut-être par le biais de nouveaux moyens qui fleurissent.
Regardez ce qui s’est passé en Tunisie. Qu’est-ce qui s’est passé là-bas? Je pense que ceux qui disent que les événements ne peuvent se passer partout comme en Tunisie, n’ont peut-être pas lu ce qui se passe dans les démocraties bourgeonnantes, à travers le monde.
Je vais maintenant conclure avec Mme Radjavi à la fin de notre rencontre, et c’est pourquoi je pense qu’il s’agit d’un bon leader, elle m’a dit : gouverneur, que conseillez-vous ? Eh bien, je vais vous le dire parce que je crois qu’il est d’une très grande importance de réfléchir et de trouver des moyens d’ apprendre les uns des autres. Et je vais donner ce conseil principalement dans le cadre américain, car il semble qu’une bonne partie de la difficulté aujourd’hui réside dans une loi américaine, un changement de politique américaine que, je crois, nous devons abandonner.
La première chose est la suivante: faites passer le message en Amérique. Je suis engagé dans la politique étrangère depuis longtemps, mais cela fait juste deux semaines que j’ai appris la situation de l’OMPI, et que j’ai entendu pour la première fois parler du camp d’Achraf et je suis quelqu’un qui a été actif dans la politique étrangère. J’étais au Nouveau-Mexique, je m’occupais des affaires concernant mon Etat. Aussi, diffuser ce message en Amérique est très important et je pense que vous avez une très bonne équipe pour le faire.
Second point : A propos de l’Amérique, je crois que le juge Mukasey l’a souligné, des erreurs ont été commises des deux côtés. Soyez bipartite, ne choisissez pas un parti politique plutôt qu’un autre, bien que si vous me demandiez mon avis je vous dirai quel est le meilleur, mais non je ne le ferai pas. Cependant il est important que ce soutien soit bipartite.
Troisième point : malgré cela, je dirai ceci : Je pense qu’en Amérique, le mouvement, l’opposition, vous en Amérique, avez besoin de renforcer les liens avec le parti démocrate plus que vous ne l’avez fait.
Quatrième point : Il faut se concentrer sur Istanbul. Je pense que c’est le point. Parlez de l’importance de progresser à la lumière de l’échec des négociations et le fait que l’Iran n’a pas pris de mesures sérieuses.
Je l’ai déjà mentionné. Trouver de nouvelles façons de communiquer, pas seulement avec le peuple d’Iran, mais entre vous. Le fait qu’il y ait autant de dirigeants européens ici, des Irano-européens, des Irano-américains, qui peuvent trouver des moyens de communiquer les uns avec les autres de façon efficace et de communiquer avec ceux qui en Iran veulent entendre votre voix.
Cinquième point : les femmes et les jeunes. Je pense que c’est la clé, le fait que vous vous concentriez sur l’oppression des femmes, sur la position des femmes en Iran est très important. Le fait que vous ayez une dirigeante femme. Et souvenez-vous que les révolutions de ce monde ont été principalement poussées par les jeunes. Trouver un moyen de communiquer avec ces jeunes en Iran et partout dans le monde. Je n’ai rien contre les hommes plus âgés, mais le je dis simplement, c’était censé être drôle, mais je suppose que les révolutions réussies passent par ces deux communautés.
Mon dernier point concerne l’Amérique. L’Amérique ne peut pas tout faire. Et j’ai remarqué toutes les recommandations: l’Amérique a besoin de faire ceci, nous devons changer cela. Nous ne pouvons pas tout faire. En fait, notre histoire en Iran n’a pas été des meilleures, si vous vous souvenez. Mais je crois que nous avons un président qui comprend l’importance de l’engagement, un président qui comprend que le monde est plein de cultures diverses et comprend que le changement vient de la population elle-même.
Je suis donc ravi d’être avec vous, je vous remercie et je vais vous donner la meilleure partie de mon discours: la fin!

