Par Brigitte DUSSEAU
Agence France Presse – Les grandes puissances ne sont pas parvenues mercredi à Londres à finaliser des propositions visant à convaincre Téhéran de renoncer à son programme nucléaire controversé, en dépit de discussions qualifiées de "constructives" par le Foreign Office.
Sans même en connaître le détail, l’Iran y a de nouveau opposé une fin de non-recevoir, le président iranien Mahmoud Ahmadinejad réaffirmant les "droits légitimes" de l’Iran à enrichir l’uranium. Et il a mis en garde les "ennemis" de l’Iran contre toute "agression", affirmant que Téhéran y répondrait par un "camouflet historique".
Téhéran s’est dit prêt à des négociations, mais sans conditions préalables.
La réunion à huis clos des cinq membres permanents du Conseil de sécurité (Royaume-Uni, Etats-Unis, Chine, Russie, France) et de l’Allemagne, se déroulait au niveau des directeurs politiques.
Washington a parlé de "grands progrès" dans la préparation des propositions mêlant mesures incitatives mais aussi sanctions, si Téhéran refuse de renoncer à l’enrichissement d’uranium dont les Occidentaux craignent qu’il ne soit utilisé à des fins militaires.
"Je ne pense pas que l’on puisse dire à ce point qu’un accord a été trouvé sur tous les sujets, mais cela prend forme, du côté des incitations et du côté de la dissuasion", a déclaré le porte-parole du Département d’Etat Sean McCormack.
"Les directeurs politiques vont maintenant rendre compte des discussions dans leurs capitales, notamment sur une proposition que les ministres se rencontrent dans un avenir proche pour prendre des décisions définitives", a déclaré pour sa part un porte-parole du Foreign Office.
Dans ce contexte, la Maison Blanche a rejeté mercredi tout dialogue direct avec l’Iran sur le nucléaire, tant que ce dernier ne suspendrait pas l’enrichissement d’uranium.
Le Washington Post avait affirmé mercredi que l’Iran aurait demandé, par l’entremise d’intermédiaires, à discuter directement avec Washington de son dossier nucléaire.
Plus tôt dans la journée, l’Iran s’était dit prêt à des négociations avec les grandes puissances, mais sans condition préalable.
"Comme l’ont affirmé les Russes, nous pensons que des négociations sans pré-conditions sont la meilleure solution et nous l’accueillons favorablement et nous y sommes prêts", avait déclaré Hamid Reza Assefi, porte-parole du ministère des AFfaires étrangères.
Le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, a de son côté lancé un appel général au dialogue, demandant en particulier à Téhéran de ne pas rejeter par principe toutes les propositions occidentales.
Les nouvelles propositions soumises aux "six" mercredi, maniant la carotte et le bton, avaient été préparées par les Européens de l’UE-3 (Allemagne, Royaume-Uni et France).
Un accord est compliqué par le fait que Moscou et Pékin, importants partenaires commerciaux de l’Iran, sont réticents à l’idée de sanctions. Washington à l’inverse ne veut pas entendre parler de garanties de sécurité, si Téhéran obtempérait.
Dans son projet, l’UE-3 se dit prête à aider l’Iran à construire via des projets conjoints plusieurs réacteurs à eau légère et à créer une banque de combustible nucléaire si Téhéran cesse d’enrichir de l’uranium. La Russie pourrait enrichir sur son sol de l’uranium pour l’Iran, dans un partenariat complémentaire, selon ce projet.
L’UE-3 envisage également des sanctions politiques et économiques – gel d’exportations de produits spécifiques, gels d’avoirs, interdiction de certains investissements – en cas de refus par Téhéran d’obtempérer.
L’Iran avait affirmé le 11 avril avoir réussi à enrichir l’uranium à 3,5% puis à 4,8%. Le Conseil de sécurité des Nations unies lui a en vain demandé fin mars de suspendre toute activité dans ce domaine.

