vendredi, février 3, 2023
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Problèmes au bastion de l’opposition iranienne en Irak

 Par Lord Corbett of Castle Vale

Niqash.com, 28 avril – Des problèmes se préparent au Camp d’Achraf en Irak, où sont basés 3500 membres du principal groupe d'opposition iranien, les Moudjahidine du peuple d'Iran (OMPI).

À la demande de l'Iran, les autorités irakiennes, qui ont repris la protection d'Achraf aux troupes américaines en janvier, empêchent désormais les médicaments et de carburant de parvenir jusqu’aux habitants. Des parties d’Achraf, dont un dortoir de plusieurs centaines de femmes, sont assiégées depuis la mi-mars, et des résidents non armés ont été victimes de violence. Les journalistes et des médecins irakiens ne sont pas autorisés à entrer, ni les parents des membres de l’OMPI ni les femmes de n’importe quelle nationalité.

Ces mesures draconiennes ont été mises en vigueur par le conseiller irakien à la sécurité nationale Movaffagh al-Roba’i, un allié clé de l'Iran, qui dit vouloir expulser les membres de l’OMPI d'Irak. Elles interviennent aussi deux mois après que l'Union européenne ait retiré l’OMPI de sa liste des organisations terroristes. La Grande-Bretagne a réhabilité le groupe en 2008 après que la Cour d'appel ait jugé que l'ensemble des preuves montrait qu’il était « pervers » de classer le groupe comme une organisation terroriste. Le groupe reste sur la liste noire des États-Unis, mais en 2004, Washington a reconnu tous les membres de l’OMPI à Achraf étaient des «personnes protégées» en vertu de la quatrième Convention de Genève, après avoir déterminé qu'aucun d'entre eux ne pouvait être accusé d'un crime devant la loi américaine. En vertu du droit international, une tentative de déplacer de force la population, même à l'intérieur de l'Irak reviendrait à un « crime de guerre». Néanmoins, le Guide suprême iranien Ali Khamenei a demandé publiquement en février au président irakien de « mettre en œuvre l'accord bilatéral pour expulser l’OMPI », déclenchant les événements actuels.

L'organisation mondiale contre la torture a averti au début du mois que les membres de l’OMPI risquaient d'être torturés s'ils étaient renvoyés en Iran. L'ONG a exhorté les autorités américaines à « prendre les mesures nécessaires pour assurer la protection effective des résidents d'Achraf ».

A Strasbourg, la semaine dernière, Mme Corien Jonker, qui préside la commission des réfugiés de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, a déclaré que «la situation des Iraniens du camp d’Achraf en Irak est devenue plus que préoccupante. Ces personnes doivent, d’urgence recevoir toutes les garanties d'une protection internationale. »

La plupart des observateurs indépendants s’accordent à dire – et les Irakiens ne le cachent pas – que les actions pour faire partir l’OMPI d’Irak ont été coordonnées avec Téhéran. Les autorités iraniennes sont submergées par les protestations étudiantes et recourent aux arrestations arbitraires, à la torture et aux exécutions de masse pour semer la peur. Les opposants au régime ont reçu une impulsion majeure lorsque les 27 Etats membres de l'UE ont levé l'interdiction touchant l’OMPI en janvier. Ce qui a alarmé Khamenei et sa clique de mollahs.

Khamenei a subi un deuxième coup fin janvier quand les Irakiens se sont rendus aux urnes pour élire les conseillers provinciaux. Les alliés de l'Iran n'ont réussi à remporter aucune des 14 provinces où se déroulait le vote, et les Irakiens ont envoyé le message puissant comme quoi ils s'opposent à ce que la plupart appellent une « occupation cachée » par l'Iran. De manière presque incompréhensible, les groupes de la minorité chrétienne ont fait mieux à Bagdad que le principal allié de l’Iran.

L’OMPI à Achraf a passé les six dernières années à convaincre les Irakiens sunnites et chiites de cesser de se combattre et de mettre fin à leur hostilité vis-à-vis de la Coalition pour s'unir dans la lutte contre l'importation de l’intégrisme iranien. Les dirigeants arabes sunnites encouragent désormais les membres de leur confession à prendre part aux élections nationales de décembre et les groupes chiites et kurdes de premier plan, y compris ceux au gouvernement, menacent de se retirer de l’alliance avec les groupes inféodés à l'Iran comme le Conseil suprême islamique d'Irak dirigée par le protégé de Khamenei, Abdul-Aziz al-Hakim.

Les quotidiens et chroniqueurs irakiens parlent constamment de 5,2 millions d'Irakiens ayant soutenu l'appel de l’OMPI. Khamenei a compris que si les conditions actuelles persistent, décembre venu, il va perdre son emprise sur les centres du pouvoir en Irak, ce qui lui casse son emprise idéologique déjà faible sur le Corps des Gardiens de la Révolution. Pour Khamenei, perdre l'Irak est proche de perdre la fidélité idéologique des gardiens, qui est également l'épine dorsale de l'appareil de répression en Iran. Il s'ensuit que le régime de Khamenei serait alors confronté à d'énormes bouleversements d'ordre public interne d’une ampleur révolutionnaire. C'est précisément la raison pour laquelle son prédécesseur Rouhollah Khomeiny considérait la prise de l'Irak, à majorité chiite, comme la bouée de sauvetage la République islamique, et c'est pour cette raison que Khamenei met un maximum de pression sur l'Irak pour expulser ses principaux adversaires.

Le siège actuel d’Achraf par les forces irakiennes viole le droit humanitaire international et les garanties écrites que Bagdad a données aux États-Unis avant la prise en charge de la protection du camp. Les résidents d’Achraf ont juré de ne pas partir malgré l’usage de la force par les Irakiens. Craignant une catastrophe humanitaire, les démocrates et les nationalistes irakiens, comme Saleh Mutlaq, qui dirige le Front sunnite du dialogue national au Parlement irakien, et l'ayatollah chiite Ayad Jamaleddine, qui siège à la commission des affaires étrangères du Parlement irakien, ont exhorté les forces américaines à reprendre la responsabilité de la protection d’Achraf pour couper court aux pressions de l'Iran sur le gouvernement irakien pour réprimer le groupe.

Le Vice-Président irakien sunnite Tariq al-Hachemi, a annoncé plus tôt ce mois-ci sur son site Internet que la présence de l’OMPI en Irak est légale et qu’elle s’inscrit « dans le cadre des conventions internationales ».

Les Etats-Unis doivent maintenant tenir compte de la recommandation des démocrates Irakiens et reprendre le contrôle d’Achraf. Ce faisant, cette fois l'année prochaine, nous pourrions voir une administration irakienne débarrassée des agents de l'Iran et, par conséquent, une société iranienne débordant d’opposition.
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Lord Corbett of Castle Vale, préside le Comité parlementaire britannique pour la liberté en Iran. Il est ancien président du Comité des affaires intérieures de la Chambre des Communes du Royaume-Uni. 

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