Par Alireza Jafarzadeh
Chicagotribune.com, 7 novembre – Une multitude de défis de politique étrangère attend le président élu Barack Obama, et sans doute en premier chef, la façon de traiter avec le régime des ayatollahs en Iran.
Les conséquences globales d'un régime théocratique doté de l’arme nucléaire avec une idéologie extrémiste et expansionniste ne sont pas passées inaperçues pour le candidat Obama. Il s’est montré vivement sensible au fait qu’en tant que président, il devra faire face à Téhéran dans sa quête de l'arme atomique, sa subversion et son terrorisme en Irak ainsi que sa stratégie de domination régionale. « Nous ne pouvons pas tolérer des armes nucléaires dans les mains des nations qui soutiennent le terrorisme, a-t-il déclaré en juillet. Empêcher l'Iran de fabriquer des armes nucléaires est essentiel pour la sécurité nationale des États-Unis. »
En mars 2007, dans un discours prononcé à Chicago, Obama a qualifié le président iranien Mahmoud Ahmadinejad d’ « imprudent, irresponsable et inattentif » aux besoins de la population iranienne. Les États-Unis, a-t-il dit, doivent s'engager dans une « diplomatie agressive combinée à des sanctions sévères » de Téhéran pour désamorcer la menace nucléaire.
La politique irano-américaine a été qualifiée de « Triangle des Bermudes» par les présidents américains depuis 1979. Quelles sont les erreurs que la prochaine administration ne pourra se permettre de répéter ?
Les négociations, tout en étant manifestement le moyen le plus souhaitable pour résoudre les conflits internationaux, se sont avérées maintes fois futiles dans le cas de Téhéran. Les dirigeants iraniens considèrent leur chef suprême comme le régent de Dieu sur Terre. Les administrations américaines successives et leurs alliés européens ont emprunté cette voie, à chaque fois pour arriver à une impasse.
Ces échecs ont légitimé le régime théocratique, encourageant son arrogance et ses revendications. Pire encore, ils ont donné du temps à Téhéran pour faire progresser son programme d’armes nucléaires.
La survie de ce régime impopulaire repose sur un état de crise perpétuelle. La théocratie iranienne est incapable d'agir comme un Etat « normal » ou d’adopter le genre de changements de comportement que le monde libre lui demande. Les ayatollahs savent, même si l'Occident ne le sait pas, qu'ils ne peuvent pas prospérer en agissant «normalement».
Les intérêts stratégiques que Téhéran recherche dans la promotion d'un programme d'armes nucléaires, dans l’instauration d’un régime inféodé en Irak et un règne de terreur et de répression sont fondamentalement en contradiction avec l’ordre international et régional. Ce sont des lignes rouges que le pouvoir religieux ne franchira pas.
Kenneth Pollack de la Brookings Institution écrit dans son livre « Le puzzle persan », que « le problème avec la grande négociation, c’est qu'il ne fonctionne pas dans la pratique. Chaque administration américaine depuis [Ronald] Reagan a mis la grande négociation sur la table et a tenté d’enjôler les Iraniens pour qu’ils l'acceptent. En particulier, la Grande négociation a été à la base de l’initiative de [Bill] Clinton. »
Pour éviter les échecs des politiques passées, Obama devra trouver un nouveau courant : Regarder l'avenir de l'Iran et engager le mouvement pour un changement démocratique. Peut-être mieux que n'importe quel dirigeant dans le monde, il connaît le pouvoir du changement et de la jeunesse d'une nation. Ce sont exactement les éléments que les ayatollahs craignent le plus en Iran, où il y a eu 5000 manifestations et protestations anti-gouvernementales – principalement par les jeunes – l’an dernier seulement.
L’establishment au pouvoir en Iran est en proie à des troubles factionnels aggravés par la chute brutale des prix du pétrole. Le déclin politique se propage rapidement dans l'ensemble du corps politique. Le peuple iranien a une histoire de révoltes contre les despotes de toutes sortes. Il compte aussi un mouvement de résistance nationale – bien que sur la liste noire et entravé par le Département d'État – au cœur de son mouvement pour le changement démocratique.
Une administration Obama doit apporter un changement des plus nécessaire à ce que le Président Obama décrivait en juillet comme « un échec de la politique qui a vu l'Iran renforcer sa position ». La « diplomatie agressive » promise par M. Obama devra inclure le renforcement de sanctions significatives visant les moyens de Téhéran pour la prolifération, le terrorisme et la répression interne. En Irak, en optant pour un partenariat avec des personnalités politiques irakiennes indépendantes, non-sectaires, notamment les conseils de l'Eveil, la prochaine administration devra affronter la campagne subversive de Téhéran et de ses agents.
À sa base, cette nouvelle politique doit tendre la main à la jeunesse iranienne qui aspire à un gouvernement démocratique, laïque et non-nucléaire. M. Obama doit regarer le peuple d'Iran et son opposition démocratique comme un partenaire recherchant la stabilité et la tranquillité dans la région et la démocratie en Iran.
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Alireza Jafarzadeh est l'auteur de «The Iran Threat : President Ahmadinejad and the Coming Nuclear Crisis».

