jeudi, décembre 8, 2022
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Pour une république laïque en Iran… Mais, d’abord, sauvons les réfugiés d’Achraf

Un entretien de la revue Arc-en-Ciel des Nouveaux Drioits de l’Homme (NDH) avec Maryam Radjavi

Arc en Ciel : Madame la Présidente, les Nouveaux Droits de l’Homme lutte aux côtés de la Résistance iranienne depuis 30 ans. Que vous inspire cette relation fraternelle dans l’action commune ? Maryam Radjavi : Cette relation représente pour nous l’amitié sans faille du peuple français à l’égard du combat douloureux du peuple iranien pour la liberté. Le soutien de NDH à la Résistance iranienne durant trois décennies n’a jamais été atteint par la politique, le commerce et le marchandage avec l’Iran des mollahs, parce qu’elle est fondée sur l’attachement à des principes humanitaires et la défense des libertés. Le message qu’inspire cette fidélité est que les défenseurs authentiques des droits de l’homme ne peuvent dissocier la défense de ces droits de celle du droit à la résistance pour la liberté. Dans un monde où la « résistance », « le sacrifice pour la liberté », « la fraternité » et les valeurs de liberté sont regardées comme de objets voués au musée de l’Histoire, la défense sans contre partie de NDH et des autres organisations humanitaires, du droit à l’existence d’un mouvement qui a continuellement été persécuté, est une valeur inestimable.

 

AEC : Nous avons traversé ensemble les pires drames (assassinat de Kazem Radjavi par les sbires du régime à Genève ; rafle de la police à Auvers sur Oise en 2003 ; mise de votre organisation sur la liste des terroristes etc.). Croyez-vous que le pire est passé et que l’avenir sera plus serein ?

M. R. : Oui, l’avenir est clair. C’est dans la foi et l’espérance en cet avenir radieux que nous avons pu traverser les difficultés jusqu’à ce jour. Cet espoir s’appuie sur deux éléments fondamentaux : d’une part le soutien de notre nation à l’intérieur comme à l’extérieur de l’Iran qui s’est levée pour nous aider sur le plan moral et matériel Je peux dire que nous avons le sentiment de nous appuyer, de ce point de vue, sur une montagne inébranlable. D’autre part il s’appuie sur la solidarité des citoyens et des personnalités nobles dans le monde entier (au contraire des gouvernements qui ont participé à la répression du peuple iranien en plaçant sa résistance sur des listes noires établies en toute illégalité). Des démocrates authentiques, en Europe et aux Etats-Unis, se sont soulevés pour nous défendre. Ils ont en fait pris la défense des véritables valeurs humaines. Certains ont même mis en danger leurs situations politiques ou leurs fonctions et ont subi d’énormes pressions. En ce qui nous concerne, il est toutefois clair que dans la quête de la liberté, nous devons encore endurer d’autres difficultés. La raison est simple. Nous ne voulons pas plier devant le fascisme religieux au pouvoir en Iran. Ceci rend, bien sûr, notre combat difficile, mais c’est le prix de la fidélité à l’idéal de liberté.

AEC : Vous avez le soutien de dizaines de milliers de maires de France, d’une majorité de  parlementaires français, de centaines de parlementaires allemands, anglais, italiens, espagnols… de personnalités comme Rudolf Giuliani, maire de New York en 2001, Elie Wiesel etc. l’Abbé Pierre et Danielle Mitterrand vous ont soutenu jusqu’au bout. Que vous manque-t-il encore pour que votre
légitimité soit enfin reconnue ?

M. R. : La Résistance iranienne n’a pas de problème de légitimité sur le plan international. Même quand le gouvernement britannique ou l’UE avaient placé injustement l’OMPI, qui est la principale force de la Résistance, sur les listes des organisations terroristes, pour marchander avec les mollahs, la Résistance iranienne continuait de bénéficier d’une légitimité manifeste particulièrement auprès des parlementaires en Europe et au Congrès américain.  Je profite de cette occasion pour exprimer ma gratitude à travers vous à tous les maires, les personnalités, les élus et les citoyens français et des autres pays qui n’ont pas hésité à prendre la défense du camp d’Achraf et de la Résistance iranienne.
Mais l’obstacle principal sur le chemin du peuple iranien, reste les concessions énormes des gouvernements occidentaux à la dictature religieuse de Téhéran. Malheureusement ces gouvernements ont barré l’accès du peuple iranien à ses idéaux. Ce que nous voulons c’est qu’ils reconnaissent le combat du peuple iranien pour le changement du régime. J’ai souvent dit que nous n’attendons ni argent, ni armes des gouvernements occidentaux. En revanche, nous voulons qu’ils restent neutres dans le conflit qui oppose le peuple iranien au régime des mollahs. S’ils cessent de soutenir le régime, alors il sera possible de porter le dossier des violations des droits de l’homme et du terrorisme de ce régime devant le Conseil de sécurité et la troisième voie que nous proposons, à savoir le changement démocratique par le peuple iranien et sa résistance s’ouvrira.

AEC : L’Europe vous a sorti de la liste des organisations soi-disant « terroristes ». Avez-vous bon espoir côté américain avant l’élection présidentielle de 2012 alors qu’Obama vient de lâcher les Palestiniens ?

M. R. : En juillet 2010, le tribunal d’appel de Washington a tranché en disant que dans le processus d’inscription, le droit de l’OMPI à la défense a été bafoué. Il a ordonné au Département d’Etat de réviser cette inscription. Au Congrès américain il y a une forte tendance à l’intérieur des deux partis pour dire que cette inscription est illégale. De nombreux parlementaires ont présenté une résolution pour supprimer le nom de l’OMPI de la liste noire. De plus, plusieurs dizaines de responsables des gouvernements américains, ces vingt dernières années, ont mis sur pied une vaste campagne politique qui insiste sur le fait que la solution à la question iranienne, passe par le soutien à cette résistance et la suppression du nom de l’OMPI de cette liste.
Pour supprimer cette étiquette, la justice, la démocratie et la loi sont du côté de la Résistance iranienne. Seule, la dictature religieuse a intérêt au statu quo, à tel point qu’elle a envoyé un message aux Etats-Unis pour dire que le retrait de l’OMPI de la liste du Département d’Etat serait synonyme à une déclaration de guerre à la « République islamique ».
En 1997 quand le Département d’Etat a placé l’OMPI sur la liste, les autorités ont déclaré que c’était un geste de bonne volonté envers l’Iran des mollahs. Il s’agissait donc d’une décision purement politique, sans aucune base ou justification matérielle ou légale.
Alors que les mollahs d’Iran complotent pour assassiner l’ambassadeur Saoudien au coeur de Washington et que le dernier rapport de l’AIEA établit clairement que le régime prépare la bombe atomique, les Etats-Unis devraient décider s’ils comptent continuer à se placer du côté du régime des mollahs ou à respecter la nation iranienne.

BATAILLE AU SOMMET

AEC : Les dissensions au sommet du pouvoir à Téhéran sont désormais publiques. Qu’en pensez-vous ?

M. R. : Les dissensions sont visibles entre le Guide suprême et son président, Il ne s’agit pas d’une simple bataille de pouvoir. C’est le résultat de l’impasse dans laquelle se trouve le régime. Ahmadinejad est arrivé au pouvoir en 2005. Pendant six ans il a été l’exécuteur des ordres de Khamenei. Ce dernier chantait chaque semaine les louanges de son «miraculeux» président. Lors de la fraude électorale de 2009, Khamenei a imposé Ahmadinejad au prix d’un scandale qui a déclenché des protestations populaires étendues. Mais dès que le régime est entré dans la zone de turbulence, Ahmadinejad a commencé à défier son maître. Comment cela a pu arriver ? Les émeutes de 2009 et de mars 2011, ont sérieusement ébranlé l’autorité de Khamenei. D’un autre côté le régime est confronté à une faillite économique accentuée par les effets du blocus international. Le printemps arabe et, au cœur des bouleversements, la révolte en Syrie, a ébranlé le front régional du régime et son existence. Le conflit au sommet du régime est tel que Khamenei pense changer la constitution pour supprimer le poste du Président de la République. Sept mois après le début des cette confrontation, il n’y a aucun moyen de la contrôler. Les élections législatives du mois de mars prochain vont sans doute accentuer les antagonismes.

AEC : Achraf, en Irak où sont réfugiés, sans armes, 3400 membres de votre organisation est sans cesse agressée par les forces du gouvernement irakien. Que va-t-il se passer au début de 2012 quand les Américains se seront retirés ?

M. R. : Il faut poser cette question d’abord au gouvernement américain qui s’était engagé à garantir la protection des habitants d’Achraf. La communauté internationale, en particulier l’Union Européenne et l’ONU qui sont engagés dans le dossier de l’Irak, sont également responsables. Je dois rappeler qu’en juillet 2009 et en avril 2011, c’est sur l’ordre et selon le plan du régime iranien que le gouvernement irakien a procédé à ces massacres de population sans défense d’Achraf. Ceci alors que les forces américaines s’étaient engagées par écrit à protéger les Moudjahidine du peuple en échange de leur désarmement. Or, lors des massacres, elles ont tourné le dos et ignoré leur engagement. Après le massacre du mois d’avril, l’ONU a demandé une enquête indépendante. Mais le gouvernement irakien a refusé. A la place, il a décrété un ultimatum pour la fermeture d’Achraf au 31 décembre 2011. Il est clair pour tout le monde qu’il s’agit de déterminer le début d’un terrible massacre, conformément aux ordres des mollahs. Le régime de Téhéran a annoncé, le 21 octobre, qu’un accord en sept points avait été conclu avec le gouvernement irakien pour le démantèlement d’Achraf. Pourtant ces derniers mois, les habitants d’Achraf ont renoncé à leur droit élémentaire de rester chez eux à Achraf (où ils vivent depuis un quart de siècle) acceptant le plan du parlement européen pour être transférés vers des pays tiers. Ils ontmême présenté sept plans pour le règlement de ce problème humanitaire. Mais ils ont toutefois souligné, qu’ils n’accepteront pas d’être placés entre reddition au régime ouêtre massacrés. Toutefois, le régime fantoche d’Irak a refusé toutes les options présentées par les habitants d’Achraf. Il cherche à créer une impasse et à faire avancer uniquement l’option des mollahs, à savoir le déplacement forcé des habitants afin de mieux les massacrer.
En septembre dernier le HCR a reconnu les habitants du camp comme demandeurs d’asile devant bénéficier de sa protection. Le HCR a l’intention de définir, un par un, le statut des habitants, mais il s’est heurté aux obstacles imposés par le gouvernement irakien. Dans ces conditions, où la date butoir approche, il devient urgent que le gouvernement américain, l’Union européenne (et particulièrement les grands pays comme la France, l’Angleterre et l’Allemagne) prennent l’initiative d’une décision au Conseil de sécurité pour que les observateurs des Nations unies et les casques bleues puissent s’installer à Achraf afin de protéger leurs déplacements vers d’autres pays.
Alors que la France et les autres pays ont pu empêcher le massacre des civils à Benghazi, il devrait y avoir une solution beaucoup plus simple pour empêcher une catastrophe humanitaire à Achraf. C’est du ressort et de la responsabilité de ces puissances. Après toutes ces alertes de la résistance iranienne et des défenseurs des droits de l’Homme, comme viennent de l’affirmer des parlementaires européens, en cas de la répétition d’un bain de sang, la responsabilité incomberait aux gouvernements des Etats-Unis, de l’UE à l’ONU qui sont parfaitement au courant de la gravité de la situation et des entraves créées par le gouvernement irakien.

PAS DE CHARIA

 AEC : Après les révolutions arabes de Tunisie, d’Egypte et de Libye ceux qui succèdent aux dictateurs parlent d’instaurer la charia. Quand le régime des mollahs sera renversé, si vous êtes, vous, en situation aurez-vous la volonté de proclamer la neutralité religieuse de l’Etat ?

M. R. : Le programme de la Résistance iranienne pour l’Iran de demain est l’instauration d’une république pluraliste et laïque fondée sur l’égalité des sexes en soulignant la nécessité pour les femmes de jouer un rôle égal dans la direction politique du pays. L’établissement d’une société respectueuse des droits de l’homme où la peine de mort sera abolie ; un Iran non nucléaire qui vivra dans la paix et la coexistence avec le reste du monde. L’expérience amère du fascisme religieux en Iran, fondé sur la déformation de l’Islam, fait qu’il existe un consensus au sein du peuple iranien sur la nécessité de séparation de la religion et de l’Etat. La Résistance iranienne est décidée à veiller à ce que dans l’Iran de demain, les lois soient issues d’un parlement élu au suffrage universel et qu’il n’y ait aucune place pour la charia des mollahs, particulièrement les châtiments moyenâgeux et cruels au nom de l’Islam. Le fait que l’OMPI se trouve au coeur de cette résistance donne un pouvoir unique pour réaliser ce programme. Ayant foi dans un islam tolérant et démocratique, les Moudjahidine du peuple sont plus que quiconque compétents et capables en Iran de contribuer à la réalisation d’une République laïque dans ce pays.
 
AEC : Tous les ans, vous organisez en juin des rassemblements de dizaines de milliers de personnes, en France, en présence de nombreuses personnalités françaises et étrangères. Malgré ces succès indéniables, les médias français restent silencieux. Comment expliquez-vous cela ?

M. R. : C’est justement une de mes interrogations à propos de la France. Je me demande comment se fait-il qu’un pays qui est le berceau de la démocratie et des droits de l’Homme, soit frappé par tant d’iniquité dans certains de ses médias. Le critère est justement l’attitude à l’égard de la Résistance iranienne. Il est compréhensible pour moi que les services de renseignements ou certaines firmes occupées à faire du commerce voire des compagnies pétrolières, soient contre la Résistance iranienne ou tentent de l’ignorer pour maintenir leurs relations avec les mollahs. Mais je ne comprends pas pourquoi les médias et les intellectuels agissent de la sorte. Sans doute sont-ils touchés par la campagne de diabolisation mensongère que répandent les services secrets des mollahs, le Vevak, et les lobbies, pour semer le doute à notre sujet.
Mais, justement, le rôle des journalistes et des intellectuels dans une société n’est-il pas de passer outre aux préjugés et à la propagande ? Pourquoi ne viennent-ils pas regarder de près et juger ensuite cette résistance ?
Lors des nombreux rassemblements et manifestations de l’opposition iranienne organisés en France, il n’était pas rare d’entendre des personnalités politiques internationales expérimentées, s’étonner de l’étendue du soutien de la population. Malgré tout de nombreux médias sont restés silencieux. Ce silence, dans le meilleur des cas, est du à un manque de courage à exprimer une réalité et dans le pire des cas, traduit une certaine complicité avec le régime au pouvoir ou avec ceux qui cherchent la complaisance des mollahs. Mais on ne peut cacher la réalité trop longtemps…

AEC : Tendez-vous la main aux opposants au régime de Téhéran, notamment ceux qui ont mené les plus grandes manifestations de rue ?

M. R. : Le message de notre résistance est la solidarité de tous les opposants qui souhaitent le renversement du régime du Guide suprême. Le Conseil national de la Résistance iranienne qui représente l’alternative démocratique au régime des mollahs, a adopté un plan de solidarité nationale qui invite tous les opposants qui sont attachés à trois principes : renversement du régime des mollahs ; république et séparation de la religion de l’Etat, à se fédérer. Je dois rappeler qu’une part importante de l’organisation de l’insurrection émanait des membres et de sympathisants actifs dans les réseaux des Moudjahidine du peuple à l’intérieur du pays. Le régime des mollahs a d’ailleurs dénoncé maintes fois cette réalité. Beaucoup de membres de ces réseaux ont été arrêtés lors de la répression. En janvier dernier, deux de ces militants ont été pendus par les mollahs et un troisième a été tué en prison par privation de soins. Les manifestants des rues de Téhéran ont démontré leur attachement à ces trois principes. Le slogan principal des manifestants ; « mort au principe du Guide suprême » résume bien ces revendications.

 

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