lundi, décembre 5, 2022
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Les opposants iraniens de l’OMPI sont menacés en Irak

Par Jean-François Bège

LE COURRIER DU PARLEMENT |, DÉC. 2011/JAN. 2012 – La situation tragique et particulière des Iraniens se trouvant en Irak, notamment au camp de réfugiés d’Achraf, à 80 kms au nord de Bagdad, reste assez méconnue en France et en Europe. Membres de l’Organisation des moudjahidines du peuple iranien (OMPI), ces 3400 opposants au régime de Téhéran sont à tout moment menacés par l’armée irakienne. Une attaque contre le camp, en avril 2011, se serait soldée par 36 tués et des dizaines de blessés.

Lors d’une conférence organisée à Genève, Maryam Radjavi, présidente du Conseil national de la Résistance iranienne (CNRI), dont les Moudjahidines du peuple sont la principale composante, elle a exhorté les instances onusiennes dont le Haut Commissariat aux réfugiés (HCR) à “empêcher une nouvelle catastrophe”. Mme Radjavi a demandé la présence d’un observateur de l’ONU à Achraf et la réaffirmation du statut collectif de réfugié politique de ses résidents par le HCR pour qu’ils puissent bénéficier du droit à une protection internationale. Howard Dean (ancien président du parti démocrate américain) a estimé que les résidents d’Achraf se trouvaient “en grand danger”. Les démarches internationales se multiplient pour metre en garde contre un deplacement forcé des habitants à l’interieur de l’Irak. A l’Assemblée nationale, une réunion à ce sujet s’est tenue début novembre sous le patronage des députés Jean-Philippe Maurer (UMP, Bas-Rhin) et Abdolatifou Aly, élu non inscrit de Mayotte, en charge de l’Outre-Mer, de la ccopération et de la franchophonie au MoDem.

Le Comité Français pour un Iran démocratique composé de nombreux élus ou anciens élus français, dont l’ancien ministre Alain Vivien, le magistrat François Colcombet et le sénateur Jean-Pierre Michel, a apporté son soutien à cette réunion.

Les réfugiés d’Achraf seraient-ils des victimes de l’Histoire ? Ils sont en effet dans la ligne de mire du régime théocratique de Téhéran depuis l’avènement de Khomeiny qui avait émis une “fatwa” à leur encontre. Persécutés par la Savak (police secrète) du chah qui les a classé comme une “organisation islamo-marxiste” pour mieux les suprimer, les moudjahidines du peuple ont été ensuite laminés à partir de 1979 par les tribunaux aux ordres des ayatollahs. Des milliers d’entre eux ont été exécutés dans leur pays et plusieurs de leurs dirigeants ont été assassinés à l’étranger par des commandos dépêchés par Téhéran.

Un statut très précaire

En utilisant l’Irak comme base arrière pour tenter une reconquête militaire de leur pays – ainsi que de nombreux assauts armés et coups de force – les membres de l’OMPI ont su toutefois garder leur distance avec le régime de Saddam Hussein. Lors de la chute de celui-ci après l’intervention américaine, leur situation est devenue d’autant plus délicate que les nouvelles autorités de Bagdad comportaient des personnalités chiites favorables à un rapprochement avec Téhéran. Les forces américaines ont désarmé les moudjahidines tout en les considérant comme des “personnes protégées” au titre de la convention de Genève. Un statut fort précaire à mesure que s’orchestre le retrait d’Irak des troupes de la coalition, surtout que le gouvernement irakien l’ignore afin de pouvoir éliminer plus facilement ces opposants encombrants pour son voisin.

Du côté des officiels français, la gêne – dénoncée par plusieurs personnalités – reste considérable. Le Quai d’Orsay et nombre de grandes entreprises, surtout lorsqu’elles ont des intérêts liés à l’énergie, ne souhaitent guère voir se rouvrir les cicatrices mal refermées de tous les contentieux franco-iraniens (Eurodif, assassinat de Chapour Bakhtiar, affaire Gordji, etc…). En 2003, Mme Radjavi, ainsi que 163 opposants au régime iranien ont été arrêtés à Auvers-sur-Oise. Placée en détention à Fleury-Mérogis, la “présidente élue de la résistance iranienne” avait été mise en examen pour “appartenance à une association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste et financement du terrorisme”. Elle a depuis obtenu un non-lieu. Les accusations en matière de terrorisme se sont avérées infondées et relevant d’une machination politique. Dans un terrible jeu de désinformation et d’accusations, les services iraniens se livrent à une guerre sans merci depuis maintenant plus de trente ans contre les moudjahidines.

François Colcombet, l’ancien député de l’Allier et co-fondateur du syndicat de la magistrature a estimé, lors de la réunion qui s’est tenue à l’Assemblée nationale, que “de vieux ragots circulent sur l’OMPI et que ceux-ci risquent de tuer dans des conditions horribles des milliers de personnes au camp d’Achraf”. Une opinion partagée par l’écrivain suisse Jean Ziegler, qui était l’ami de Kazem Radjavi, universitaire assassiné – après plusieurs autres membres de sa famille – à Coppet (Confédération helvétique) en 1990.

Tout le problème des membres de l’OMPI, pour obtenir la protection de la communauté internationale, tourne autour de la reconnaissance de leur honorabilité, fondée sur l’abandon de toute action violente et un programme politique prônant la séparation de la religion et de l’Etat dans un “Iran libéré”.  Justement, un éclairage tombe à pic, celui d’un ancien haut fonctionnaire américain, Lincoln Bloomfield qui s’est présenté en ces termes : “Je ne suis pas un expert de l’OMPI, ni un expert de l’Iran où je ne suis jamais allé. J’ai passé plusieurs années au gouvernement américain comme responsable au Pentagone, comme responsable à la Maison-Blanche auprès du vice-président et comme autorité au département d’Etat auprès de James
Baker travaillant sur les affaires du Moyen-Orient. J’ai été un responsable politique et militaire participant à la préparation d’opérations en Afghanistan et en Irak au sein de l’état-major de Collin Powell et chargé comme envoyé spécial du contre-terrorisme. C’est pour cela que j’ai reçu le titre d’ambassadeur.”

Des accusations sur internet

L’ambassadeur Bloomfield a été sollicité, via le cabinet d’avocats pour lequel il travaille, Akin Gump, en vue d’obtenir la radiation de l’OMPI de la liste américaine des organisations terroristes, le gouvernement britannique ayant pour sa part retiré l’organisation d’un document similaire. Il se défend d’être un “lobbyiste” : “je suis avocat à Akin gump et je n’avais pas besoin de ce travail. Je ne représente pas de compagnie ou de gouvernement mais j’ai été frappé par le fait que tous les experts et les rapports que j’ai consulté à Washington disaient tous la même chose, en gros que l’OMPI avait tué des américains, qu’il s’agissait d’une société très étrange qui a la puissance d’une secte et que ce sont des terroristes”.

A peine avait-il été mandaté par un groupe d’Irano-américains de Californie que des accusations ont été lancées sur internet, prétendant que son cabinet touchait de l’argent sale pour représenter une secte terroriste. Alors même que son travail n’avait encore été communiqué à personne. Selon lui, le fossé est abyssal entre la perception communément répandue sur ce mouvement d’opposition et ce qu’il a pu découvrir lors de son enquête. Il s’est rendu en observateur au rassemblement de plusieurs milliers de personnes de l’opposition iranienne en juin dernier à Villepinte, en région parisienne. Le résultat de ses investigations tient dans un rapport qu’il commente en ces termes : “Ce que j’ai fait est une évaluation indépendante. J’ai voulu parler de ce que tout le monde a déjà dit et c’est de là que m’est venue l’idée d’étudier les allégations une par une. J’ai bénéficié de l’aide de gens qui connaissent beaucoup de choses.

J’ai consacré du temps à trouver des documents officiels, le dossier du tribunal britannique des rapports des services de sécurité néerlandais ou allemands. Je n’ai pas encore reçu le jugement de la justice française mais j’en ai lu des extraits. Je me suis tenu à une règle simple : tout ce qui a été dit de mauvais et de négatif sur l’OMPI devait se trouver dans ce rapport et être examiné. Je ne veux pas être accusé d’avoir oublié quelque chose”.

Lincoln Bloomfield estime qu’il n’avait pas à prendre parti. Sauf pour ce qui concerne le camp d’Achraf. Il partage l’opinion de ceux qui considèrent que les 3400 personnes qui se trouvent là sont en danger. “Je pense, a-t-il dit, que tous les états membres de l’ONU devraient les aider à trouver une solution qui garantisse leur sécurité. Nous avons offert de protéger ces personnes, nous leur avons donné des cartes d’identité sous le statut de quatrième convention de Genève. On a passé un contrat avec chacun d’entre eux. C’est pour cela qu’autant d’officiers supérieurs américains viennent défendre cette cause, c’est une question d’honneur.”

Sur le fond, l’ambassadeur estime que la résistance iranienne incarnée par l’OMPI est la cible d’une véritable guerre d’influence. “L’Iran, a-t-il confié, essaie avec beaucoup d’application, dans de très vastes dimensions, d’injecter des informations négatives en Occident sans laisser de traces, à couvert, auprès de gens qui ont du crédit, des universitaires, des centres de recherche”. Cette opération, à cause de la réputation de l’OMPI comme groupe terroriste, n’a pas fait selon lui l’objet d’une étude aussi approfondie que celles qui portaient sur les menées soviétiques visant les secrets nucléaires ou les efforts des Chinois pour obtenir des renseignements sur la haute technologie. L’ambassadeur Bloomfield se défend cependant d’avoir tiré des conclusions très arrêtées : “Au lieu de dire qu’ils (les moudjahidines du peuple) ne sont pas coupables, je peux seulement affirmer qu’il y a un peu plus de détails sur ce qui s’est passé”. Il attend qu’on lui dise : “Non, Bloomfield, tu t’es complètement trompé. Voilà les preuves…”. Mais pour le moment, il n’a pas recueilli la moindre réaction de ce genre.

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