lundi, décembre 5, 2022
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Pour une démocratie laïque en Iran


La Revue Parlementaire, N°883, Novembre 2005
 
Un entretien avec Maryam Radjavi, Présidente de la République élue du Conseil national de la Résistance iranienne.

 « La coalition démocratique de l’opposition, le CNRI, qui a affirmé son attachement à la Déclaration universelle des droits de l’homme, souhaite instaurer une démocratie pluraliste et laïque, défend l’égalité des sexes et rejette toute discrimination religieuse et ethnique. »

La Revue Parlementaire, N°883, Novembre 2005La Revue Parlementaire, N°883, Novembre 2005
 
Un entretien avec Maryam Radjavi, Présidente de la République élue du Conseil national de la Résistance iranienne.

Quelles sont les conséquences de la présidence de M. Ahmadinejad, doit-on s’attendre à une dégradation des relations entre l’Iran et l’Occident ?

Ce qui vient de se produire en Iran n’est pas un évènement banal ou un simple accident de parcours. En choisissant Ahmadinejad, le guide suprême du régime, Ali Khamenei, a procédé à une délicate opération chirurgicale pour supprimer ses propres partenaires et concentrer le pouvoir entre ses mains en s’appuyant sur les gardiens de la révolution, les pasdarans.

Ce processus ne date pas d’aujourd’hui, il a commencé il y a deux ans. Un par un, les centres du pouvoir sont passés dans le giron de la faction la plus fascisante : le judiciaire, le parlement, la radiotélévision et finalement l’exécutif. Le régime iranien est un pouvoir moyenâgeux qui n’a pu imposer ses contre-valeurs à la société iranienne. C’est pourquoi il se trouve extrêmement isolé. Les multiples émeutes qui secouent le pays et qui sont réprimées dans le sang viennent le démontrer. Après les évènements de 2003 dans la région, Téhéran avait le choix entre deux options : soit se conformer aux normes internationales, abandonner le terrorisme et l’arme atomique et adopter la modération, soit au contraire, se replier sur soi et recourir à la violence. Khamenei a opté pour la seconde parce qu’il savait que le moindre adoucissement du régime entraînerait sa chute. Durant ces quatre mois, le nombre des exécutions a doublé. En fait, le régime voudrait régler trois problèmes : la répression à l’intérieur, l’ingérence en Irak pour y instaurer un régime intégriste fantoche et la bombe atomique. Ce n’est pas par hasard si ces trois projets sont du ressort des pasdarans.

Londres, Washington et des partis politiques irakiens dénoncent de plus en plus l’ingérence de Téhéran en Irak. Quel est le véritable rôle de l’Iran ?

Depuis deux ans le régime de Téhéran accentue son ingérence en Irak. Beaucoup d’Irakiens parlent aujourd’hui d’une occupation larvée par le régime iranien. L’énorme budget de la rente pétrolière est consacré à l’action terroriste, des prises d’otage, le noyautage des ministères, des institutions locales, les forces de sécurité. L’ensemble de ces activités est supervisé par la force Qods des pasdarans dont Ahmadinejad était un commandant, et qui est chargée des activités terroristes à l’étranger. En décembre 2003, dans un message adressé à un rassemblement d’Iraniens à Londres, j’avais souligné que l’ingérence des mollahs en Irak était cent fois plus dangereuse que la menace nucléaire. Deux ans plus tard, l’absence de politique cohérente et ferme a rendu les mollahs encore plus menaçants. Malheureusement ce danger ne s’arrêtera pas à l’Irak. Le nouveau président des mollahs l’a affirmé: "La vague de la révolution islamique va bientôt atteindre l’ensemble du monde".

Il semble que les négociations nucléaires entre l’Europe et Téhéran soient dans l’impasse. Etes vous favorable à la saisine du dossier nucléaire iranien par le conseil de sécurité ?

Malheureusement durant deux décennies, l’absence d’une compréhension de la nature du régime iranien et la prééminence des intérêts économiques sur les intérêts stratégiques, ont permis aux mollahs d’être là où nous en sommes. Dans ce domaine, il faut noter que la politique de complaisance de l’UE a permis à Téhéran de compléter son projet nucléaire et comme il l’a déclaré, deux ans de négociations lui ont apporté les meilleurs avantages économiques, sécuritaires et politiques. De plus le régime a pu compléter le cycle du combustible atomique. Les mines d’uranium de Bandar Abbas et de Saghand sont passées au stade d’exploitation, le site d’Ardakan transformant le minerai en yellow cake et celui d’Ispahan produit de l’hexafluorure d’uranium. Le régime a également réussi à produire des milliers de centrifugeuses loin des regards de l’AIEA. L’usine d’eau lourde d’Arak pourra produire en 2007 du plutonium. La politique de complaisance de l’UE a donc eu l’effet inverse et a lamentablement échoué. L’obstination de certains milieux relève plus de la soumission aux mollahs que d’une politique responsable. Tant que ce régime existera, il n’abandonnera pas son projet nucléaire. C’est pourquoi, aux yeux du peuple iranien, il d’agit d’un projet contraire aux intérêts nationaux qui ne sert que la survie du régime. Le cauchemar d’un régime intégriste doté de l’arme atomique ne prendra fin qu’avec la disparition de cette dictature. Il faut donc réfléchir au changement de régime. C’est ce que souhaite le peuple iranien. Mais dans l’immédiat, je conseille de transférer le dossier nucléaire au Conseil de sécurité de l’ONU et d’adopter des mesures contraignantes.

Vous menez une résistance depuis plus de 25 ans, quelles sont aujourd’hui les perspectives ?

La fin du mythe de la modération de ce régime montre clairement que la seule solution est bien le changement démocratique par les Iraniens et leur Résistance. Ce peuple qui a supporté l’exécution de 120 000 des siens, est capable de faire preuve du courage nécessaire pour mener ce combat jusqu’au bout. La Résistance est profondément enracinée dans la culture et la société iraniennes. Avec ses réseaux dans l’ensemble du pays, l’existence d’une force organisée, l’alternative politique du Conseil national de la Résistance (CNRI), elle a les moyens de réaliser un changement démocratique. Depuis mars dernier, 1 300 mouvements de grèves et manifestations ont touché les villes. En boycottant massivement la mascarade électorale présidentielle, les Iraniens ont démontré leur volonté de changement. Mais l’étiquette terroriste collée aux Moudjahidine du peuple (OMPI), la force axiale de l’opposition, reste le principal obstacle à la réalisation de ce changement. De l’aveu des autorités américaines, c’est en "signe de bonne volonté" à Khatami que les Etats-Unis ont placé l’OMPI sur la liste des organisations terroristes. C’est à la demande des mollahs et pour leur plaire que l’UE en a fait autant. Cette désignation a été exploitée par le pouvoir pour réprimer davantage et rendre l’Occident complice. Dès le début, cette appellation n’avait aucune valeur juridique ni la moindre légitimité. Il s’agit de la plus grande concession que l’Occident ait offert aux mollahs. C’est une entrave majeure à la marche de la nation iranienne vers la liberté. C’est cette étiquette qui a servi à justifier entre autre la rafle dans les locaux du CNRI à Auvers-sur-Oise en 2003 par la police française et les restrictions imposées à la résistance. Restrictions accompagnées d’une campagne de diabolisation financée par Téhéran et menée par ceux qui ont intérêt à rendre les mollahs fréquentables. La multitude de publications de propagande du ministère des renseignements qui harcèlent les parlementaires et les hommes politiques français en est un témoin.

En fait le critère de la fin de complaisance est bien le retrait de l’OMPI de la liste noire. Cela fait plus de 25 ans que par une interprétation démocratique et tolérante de l’islam, l’OMPI mène un combat tout azimut contre les mollahs et s’affirme comme l’antithèse de l’intégrisme. L’étiquette de terroriste bloque une grande partie des capacités et des ressources de ce mouvement alors qu’il est à même de repousser l’intégrisme.

La coalition démocratique de l’opposition, le CNRI, qui a affirmé son attachement à la Déclaration universelle des droits de l’homme, souhaite instaurer une démocratie pluraliste et laïque, défend l’égalité des sexes et rejette toute discrimination religieuse et ethnique. Nous aspirons à un Iran non nucléarisé et nous voulons contribuer à développer la paix, la démocratie dans la région. Comme le peuple français qui a eu le droit de résister à l’occupation nazie, les Iraniens ont le droit de résister au fascisme religieux des mollahs.

Le peuple iranien attend de la France et de l’Occident qu’ils adoptent une politique de fermeté face au régime des mollahs. Une politique qui devrait comporter ces trois éléments essentiels: la saisine du dossier atomique et terroriste du régime par le Conseil de Sécurité, empêcher l’ingérence des mollahs en Irak et supprimer le nom de l’OMPI de la liste noire. C’est alors que la solution d’un changement démocratique sera à portée de la main et que l’on pourra éviter une guerre.

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