mardi, novembre 29, 2022
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Philippe Douste-Blazy: Je suis sûr que votre courage, votre persévérance et vos sacrifices paieront.

Une conférence internationale s’est tenue à Paris le 24 mars 2012, à l’initiative du Comité Français pour un Iran démocratique (CFID) et en présence de milliers d’Iraniens. Voici l’intervention de, Monsieur Philippe Douste-Blazy.    

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Chers amis,

Madame la Présidente, chère Madame Radjavi, Mesdames et Messieurs et chers amis. Bien qu’étant retenu aujourd’hui à Toulouse dans ma ville, j’ai tenu à vous formuler mes vœux à l’occasion de norouze et assurer mes amis résistantes et résistants d’Ashraf et bien sûr de Liberty de ma plus profonde et plus sincère solidarité. Jusque-là, trois groupes de résidents d’Ashraf ont quitté ce camp pour se rendre à Liberty. Chaque fois le scénario est le même : déloger précipitamment 400 personnes de leurs maisons vers le camp Liberty, ce dernier étant à peine prêt à accueillir le tiers des 1200 résidents qui sont déjà sur place.
À chaque fois des fouilles accablantes, à chaque fois des insultes, à chaque fois des outrages et parfois des matraquages. Chaque fois le scénario est le même oui. Une partie des biens des habitants d’Ashraf ne peut être emportée.

Alors que le protocole d’accord qui avait été signé entre le gouvernement irakien et l’ONU prévoit de ne poser aucune restriction dans ce domaine. Ensuite, il y a quelque chose que je voudrais dire très sincèrement : une longue attente jusqu’au camp Liberty et encore des fouilles épuisantes pour enfin débarquer dans ce qui ressemble davantage à une prison qu’à un camp. Privés de liberté de déplacement, privés d’avocats, privés de leurs familles, privés d’accès aux soins médicaux. Et je le dis comme médecin : je suis outré par cela. Surveillés par des forces de police fortement armées.

Oui, ces réfugiés sont le symbole des hommes et des femmes privés des droits humains les plus élémentaires. Même l’eau potable fait défaut, c’est une honte.
C’est en suivant ce parcours épuisant que le cœur de cet ingénieur iranien, Bardia Amir-Mostofian, a lâché. Ne pouvant plus supporter tant d’injustice, tant d’humiliation après 48 heures de contrôles et de fouilles. Je voudrais m’attarder sur lui, sur Bardia, parce qu’il représente ces 3400 opposants au régime iranien. Ces opposants qui ont dit non à la dictature religieuse. Ils sont pour la plupart comme lui issus des plus grandes universités ; Bardia avait fait ses études en Allemagne ; il y a 20 ans il a décidé de rejoindre la résistance iranienne au camp d’Ashraf et de combattre l’intégrisme religieux. Le monde ne peut rester silencieux en voyant ces hommes et ces femmes courageux être traités comme de vulgaires prisonniers privés de leurs droits et surtout privés de leur dignité. Nous sommes tous là à leur côté, nous sommes au côté de ceux qui prennent le risque de leur vie. Bardia est mort le jour de norouze, parce que, dans un empressement totalement injustifié, le transfert de ce troisième groupe a été décidé, refusant à ces femmes et à ces hommes de célébrer leur fête de Nouvel An.

Et la question est donc la suivante… il n’y a qu’une question à se poser : qui est responsable ? La demande qu’une enquête soit lancée par l’ONU est aujourd’hui ma demande. Je demande une telle enquête pour définir les conditions qui ont abouti au décès de Bardia et pour clarifier les circonstances du décès de 13 Ashrafiens à qui le gouvernement irakien a refusé les soins appropriés en raison du scandaleux et indigne blocus médical imposé depuis 3 ans aux habitants d’Ashraf et maintenu à Liberty.
Un mois après l’arrivée du premier groupe à Liberty, aucune personne n’a encore été transférée vers un pays tiers. Le processus du Haut Comité pour les réfugiés a commencé, je voudrais ici rendre hommage à mon ami, M. Gutierrez. Mais le camp de Liberty n’est pas un camp de transit – comme on nous l’a dit, comme ce qui a été déjà affirmé. La communauté internationale et particulièrement l’UNAMI ont pour devoir d’améliorer rapidement les conditions de vie dans ce camp. Sinon il y aura une énorme crise humanitaire. Le droit des habitants à construire, à construire leurs maisons, leurs habitations, leurs logements est reconnu dans le protocole d’accord signé entre le gouvernement irakien et l’ONU. Mais jusque-là les autorités irakiennes ont empêché les habitants d’améliorer leurs habitations.

Au même moment, il faut que le processus commencé par le Haut Comité pour les réfugiés, pour la reconnaissance du statut même de réfugié de ces demandeurs d’asile s’accélère et que les états démocratiques accueillent d’urgence sur leur territoire le plus grand nombre de ces réfugiés iraniens en danger.
Enfin, je voudrais profiter de cette réunion, devant vous tous cette après-midi rassemblés à Paris, pour dire qu’à Liberty plusieurs points doivent être garantis.
-Le premier point est de dire que les forces de police se retirent de l’intérieur du camp. Ce sont des forces de police armées, qui font peur, ils doivent se retirer, on ne peut pas vivre avec des forces de police à quelques mètres de soi. Surtout lorsqu’elles sont hostiles.
-Deuxième point : que les habitants puissent aménager les constructions pour adapter le camp à la présence de blessés et de malades. On ne loge pas des blessés et des malades comme on loge des personnes saines.
-Troisième point : qu’un espace de vie plus grand soit accordé aux habitants pour bénéficier d’un séjour décent avant de quitter l’Irak.
-Et enfin : je demande ici ce soir que ces réfugiés aient librement accès et à leurs avocats et aux soins médicaux, aux infirmières, aux aides-soignantes, aux médecins.
Sans cela le camp Liberty serait – et je pèse mes mots – une honte pour l’humanité.
En conclusion, je tiens à exprimer ici devant vous tous mon total soutien aux efforts de Mme Radjavi, qui a su montrer à cette occasion non seulement une très grande tolérance, mais aussi et surtout une réelle ouverture d’esprit pour trouver une solution pacifique à la crise d’Ashraf.

Je voudrais maintenant m’adresser à chacune et à chacun d’entre vous, habitants d’Ashraf, habitants de Liberty. Je sais que vous pouvez nous capter par onde satellitaire. Nous nous tenons plus que jamais à vos côtés et nous ne permettrons pas que vos droits, que votre dignité, que votre liberté soit prise en otage par ceux qui cherchent à plaire aux autorités de Téhéran. Nous avons été à vos côtés depuis ces nombreux mois, nous ne vous laisserons pas tomber.
Nous vivons actuellement en France des drames, nous avons vécu dans ma ville de Toulouse où je suis cette après-midi un énorme drame, où peuvent conduire d’ailleurs les intégrismes fondamentalistes. La France a pris brutalement conscience de ce que ça pouvait être. Je suis sûr que votre courage, votre persévérance et vos sacrifices paieront et que vous pourrez enfin transmettre le printemps, le véritable norouze que vous portez dans votre souffle à l’ensemble de l’Iran. 

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