Agence France Presse – Partisan d’une poursuite du dialogue avec Téhéran sur son programme nucléaire, le chef de l’AIEA, Mohamed ElBaradei, fait l’objet de critiques croissantes des pays occidentaux, qui lui reprochent de faire obstacle à l’adoption de nouvelles sanctions contre l’Iran.
Il a essuyé la semaine dernière une vive remontrance de la secrétaire d’Etat américaine, Condoleezza Rice, qui a jugé mercredi que "le travail de l’AIEA n’est pas de faire de la diplomatie" et se limitait à un rôle "technique".
M. ElBaradei a également été placé en porte-à-faux par le président français Nicolas Sarkozy, qui a assuré jeudi que "l’Iran essaie de se doter de la bombe nucléaire", alors même que l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) n’est parvenue à ce jour à aucune conclusion définitive dans ce dossier.
Prenant à rebrousse-poil les diplomaties américaine et française, le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) avait formellement récusé la semaine passée l’option d’une "guerre" contre l’Iran, en soulignant que les voies diplomatiques n’avaient pas été épuisées.
"Nous devons toujours nous souvenir que l’usage de la force ne peut être envisagé (que quand) toutes les autres options son épuisées. Je ne crois pas du tout que nous en soyons là", a déclaré M. ElBaradei.
Ce diplomate égyptien, qui avait obtenu le Prix Nobel de la Paix en 2005 pour ses efforts dans ce dossier, a notamment souligné la nécessité de laisser à l’AIEA jusqu’à la fin de l’année pour faire toute la lumière sur les activités nucléaires de l’Iran, conformément à un calendrier négocié le mois dernier avec Téhéran.
Mais plusieurs voix des deux côtés de l’Atlantique lui ont reproché de donner ainsi à l’Iran une chance d’échapper à une troisième série de sanctions du Conseil de sécurité de l’ONU, avec l’aide de la Russie, alors même que Téhéran refuse de se plier à deux précédentes résolutions l’enjoignant de geler ses activités controversées d’enrichissement d’uranium.
Selon l’analyste Mark Fitzpatrick de l’Institut international d’études stratégiques (IISS) à Londres, M. ElBaradei se rend coupable de "couper l’élan d’une dynamique de pression sur l’Iran dans le sens de davantage de sanctions".
M. ElBaradei a formellement rejeté de tels soupçons, soulignant qu’il se tenait strictement à son mandat en cherchant à permettre aux experts de l’AIEA de poursuivre leurs inspections du programme nucléaire iranien afin de déterminer s’il est ou non strictement pacifique.
Il a également affirmé tenir un discours de "vérité" face à l’"esbroufe" des discours sur la possibilité d’une guerre, évoquée mi-septembre par le chef de la diplomatie française Bernard Kouchner.
Un diplomate proche de l’AIEA a relevé pour l’AFP que les Etats-Unis, comme la France, avaient initialement approuvé le calendrier conclu en août avec l’Iran.
Mais, fait inhabituel, l’Union européenne s’est récemment abstenue d’apporter son soutien à ce plan lors d’une réunion de l’exécutif de l’AIEA à Vienne, conduisant M. Elbaradei à quitter la salle en signe de protestation.
L’Allemagne a toutefois précisé mercredi qu’elle "appréciait le travail" du patron de l’agence.
Selon l’analyste Joe Cirincione, du groupe de réflexion Center for American progress à Washington, M. ElBaradei a mis les Etats-Unis dans l’"embarras" en parvenant à négocier un accord avec Téhéran.
"ElBaradei montre que quand on s’assoit à la table des négociations avec les Iraniens, un compromis peut être possible", juge-t-il.
M. ElBaradei avait soutenu l’an passé l’accord controversé de coopération technologique nucléaire conclu entre Washington et New Delhi, bien que l’Inde ne soit pas partie au Traité de non-prolifération nucléaire, rappellent M. Cirincione et l’expert William Potter, du Monterey Institute en Californie.
"Mais maintenant qu’il essaye de résoudre le conflit avec l’Iran ils (les Etats-Unis) veulent qu’il la boucle", estime M. Cirincione.

