vendredi, janvier 27, 2023
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Monsieur Sarkozy, convainquez Bush d’aider l’opposition iranienne

Par Raymond Tanter*

Le Figaro – Le gouvernement français avait envoyé en Amérique un aristocrate, Alexis de Tocqueville, pour étudier le système carcéral, en 1831 ; il en est reparti fasciné par le processus politique en cours dans ce pays et avait écrit un classique, De la démocratie en Amérique. Projetons-nous rapidement un siècle et demi plus tard. Cette semaine, se déroule le premier voyage du président Nicolas Sarkozy aux États-Unis. Même si elle n’aboutit pas à la rédaction d’un autre « classique », la visite du président Sarkozy servira probablement à faire autant avancer la cause des relations franco-américaines que le séjour de Tocqueville.

Un sujet clé à l’ordre du jour est le besoin d’une politique commune entre Européens et Américains sur l’Iran. Pour renforcer la diplomatie occidentale et prévenir l’action militaire, le président Sarkozy est en position de développer une nouvelle option européano-américaine afin de trouver une solution à la menace de Téhéran. Le 25 octobre, après des mois de débats intenses au sein de l’Administration Bush, les États-Unis ont décidé de mettre sur la liste noire le corps des gardiens de la révolution (le CGR), l’armée idéologique du régime iranien et son unité extraterritoriale, connue sous le nom de la Force Qods, neuf autres entités affiliées au CGR, ainsi que d’importants commandants. Washington a aussi inclus trois banques iraniennes majeures dans sa liste de sanctions.
 
L’initiative des sanctions des États-Unis intervient au moment où Téhéran connaît de grands remaniements. Le plus remarquable a été « la démission » d’Ali Larijani de son poste de négociateur nucléaire en chef de l’Iran. Son remplaçant, Saïd Jalili, est un protégé du président Mahmoud Ahmadinejad.
 
Les efforts d’Ahmadinejad pour consolider sa domination indiquent clairement que Téhéran n’a aucune intention de reculer dans sa course aux armes nucléaires. Jusqu’à présent, le tic-tac de l’horloge nucléaire de l’Iran résonne bien plus rapidement que l’Occident en panne de réponse.
 
Une politique transatlantique cohérente sur l’Iran est une nécessité et non un luxe. Il est impératif que l’Amérique et l’Europe parlent d’une seule voix en partenaires pour la paix. Washington ne peut résoudre cette crise seul.
 
La décision américaine d’inscrire le CGR sur la liste noire aurait dû se faire depuis longtemps. Le CGR protège le régime clérical par l’exportation du terrorisme et l’islamisme, par la répression brutale de la population iranienne et en faisant avancer la production d’armes de destruction massive et nucléaires.
 
Les États membres de l’UE constituent le principal partenaire commercial de l’Iran, avec une part de marché totale de 35 %. L’UE est donc bien placée pour exercer une pression économique significative sur l’Iran ; mais pour précipiter les événements sur le front politique, Paris et Washington doivent favoriser le changement dans la vie quotidienne des Iraniens. Les manifestations des étudiants de Téhéran, qui ont pratiquement jeté Ahmadinejad hors de leur campus en scandant « Mort au dictateur », et d’importantes manifestations contre le gouvernement à Téhéran en octobre ont clairement indiqué que l’Iran est en proie à la désillusion et au mécontentement.
 
Il y a trois options essentielles dont le président Sarkozy discutera avec le président Bush : la diplomatie, l’action militaire et une solution iranienne fondée sur le peuple iranien, par le biais de sa principale opposition démocratique. Or, plus l’Europe insiste sur une option diplomatique qui échoue, plus augmente pour Washington la perspective d’une option militaire, ce que l’Europe veut éviter avec raison.
 
Pour éviter un Iran doté de l’arme nucléaire ou une guerre, les États-Unis et l’Europe ont donc intérêt à mettre en avant la troisième voie, la solution iranienne. Le rôle que l’opposition iranienne pourrait jouer est capital dans ce dispositif.
 
Une étude menée en 2006 par le groupe de réflexion basé à Washington, l’Iran Policy Committee (IPC), a comparé l’attention que Téhéran accorde publiquement aux divers groupes d’opposition. Les Moudjahidins du peuple (l’Ompi) représentent la menace la plus crédible au régime extrémiste de Téhéran. L’IPC a constaté que le régime iranien mentionnait l’Ompi dans ses positions officielles 350 % plus que tous les autres groupes combinés.
 
L’UE et les États-Unis peuvent saisir leur force de levier latente sur le régime iranien en reconnaissant les groupes d’opposition iraniens indépendants, en particulier les Moudjahidins du peuple. L’UE et les États-Unis peuvent le faire en supprimant la classification terroriste de l’Ompi. Le président Sarkozy a une occasion d’aider le président Bush à prendre cette direction. Le temps est venu de renforcer les sanctions américaines unilatérales contre le régime iranien avec une approche commune américano-UE. Alexis de Tocqueville serait fier de voir un président français faire avancer la cause des relations franco-américaines, renforcer la diplomatie et empêcher la guerre

*Par Raymond Tanter, ancien membre du Conseil de sécurité nationale américain. Il est aujourd’hui président du Iran Policy Committee, un groupe de réflexion basé à Washington, et enseigne à l’université de Georgetown.

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