vendredi, janvier 27, 2023
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Maryam Radjavi, politicienne iranienne en exil : « Je suis la voix de ceux qui sont persécutés et exécutés ».

Par Ulrike Plewa

FOCUS Online, 26 mars – Dans une interview avec FOCUS Online, Maryam Radjavi, politicienne iranienne en exil, exhorte l’Occident à adopter une position plus ferme en faveur des soulèvements dans les pays arabes. Elle invite aussi l’Allemagne à imposer un embargo commercial à Téhéran.

FOCUS Online : Madame Radjavi, que pensez-vous de l’intervention des Américains, des Britanniques et des Français pour soutenir les rebelles en Libye?

Maryam Radjavi : Je m’en réjouis même si elle a été retardée. L’action militaire est absolument nécessaire afin d’aider l’opposition face à un despote qui opprime son peuple.

FOCUS Online : Comment voyez-vous la décision allemande de s’abstenir lors du vote au Conseil de Sécurité des Nations Unies?

Rajavi : J’ai été déçue. Les Allemands connaissent l’importance d’un tel soutien pour la population. J’ai une opinion critique du fait que l’Allemagne n’ait pas joué un rôle plus actif et n’ait pas adopté de position plus claire. Cette réticence nuit à l’unité internationale contre le régime de Mouammar Kadhafi. L’Occident devrait apporter un soutien plus important aux soulèvements dans les pays arabes ainsi qu’à l’opposition croissante en Iran.

FOCUS Online : Une guerre contre le dictateur libyen avec la participation des États-Unis et de l’Europe est-elle justifiée? Cela ne pourrait-il pas déclencher un sentiment anti-occidental au Moyen-Orient?

Radjavi : L’intervention est soutenue par un mandat des Nations Unies. La poursuite de la politique de complaisance avec les dictateurs ne sert qu’à retarder l’instauration de gouvernements élus librement. En prenant cette attitude craintive particulièrement à l’égard de l’Iran, l’Occident ne fait que faciliter le renforcement de l’intégrisme islamique et du terrorisme. Sous le prétexte de promouvoir la stabilité dans la région, le silence a été gardé trop longtemps sur ce genre de gouvernements. Regardez la Tunisie, où personne ne s’est prononcé contre le président Ben Ali durant 30 ans, simplement parce qu’il limitait les islamistes là-bas. C’était une mauvaise approche, d’autant plus que la plus grande source d’expansion de l’intégrisme est à Téhéran.

FOCUS Online : Pourquoi l’Occident a-t-il adopté une position aussi contradictoire?

Radjavi : D’une part, les intérêts économiques sont une priorité pour l’Occident. L’Iran est en effet un important partenaire commercial. Et pire encore, je constate l’ignorance quant à la dictature religieuse régnant en Iran. Ce régime ne peut pas adopter de réformes de l’intérieur, c’est quelque chose que l’Occident devrait comprendre. L’Occident a toujours eu un vain espoir de réformes, tout d’abord avec Rafsandjani et ensuite avec Khatami, alors que la situation continue de se dégrader pour la population.

FOCUS Online : Appuyez-vous les sanctions et les boycotts comme un moyen de soutenir l’opposition iranienne?

Radjavi : L’Occident devrait cesser d’acheter du pétrole à l’Iran. De plus, des sanctions globales sur divers produits seraient également souhaitables. Actuellement, le commerce de l’Allemagne avec l’Iran comprend plus de 3 000 types de produits. Elle a vendu à l’Iran des biens pour une valeur de près de quatre milliards d’euros par an. Ces revenus sont utilisés (par le régime) pour financer l’appareil répressif, pour exporter le terrorisme et construire la bombe atomique.

FOCUS Online : La population ne sera-t-elle pas affectée par les sanctions?

Radjavi : Les sanctions seraient essentiellement une étape vers la reconnaissance du mouvement de résistance dans le pays et lui apporterait un soutien moral. L’Iran est un pays riche, mais 80 pour cent de ses citoyens vivent actuellement dans la pauvreté car les revenus du pétrole ne profitent pas au peuple. Le peuple iranien soutiendrait des sanctions globales car le commerce avec des pays étrangers ne lui profitent pas de toute façon. La répression du peuple iranien par le régime des mollahs est bien plus brutale que celle de Khadafi. La communauté internationale doit donc rompre tous ses liens avec Téhéran.

FOCUS Online : Voyez-vous une quelconque raison d’espérer à présent que le régime soit supprimé?

Radjavi : Oui, absolument. Il est temps à présent d’espérer. Alors même que les Iraniens font l’objet d’exécutions simplement pour avoir participé à des manifestations ou avoir rendu visite à leur proches au camp de réfugiés d’Achraf, malgré la perpétration d’une telle violence en Iran, les soulèvements se poursuivent et le peuple demande la liberté, l’égalité et la séparation de la religion et de l’État. Le président Mahmoud Ahmadinejad commet ses crimes sous le prétexte de l’islam et ils perpètrent le pire type de répression à l’encontre des femmes. Voilà ce que le peuple iranien subit. Les femmes constituent plus de la moitié des membres du Conseil national de la Résistance iranienne et ont élu une femme à la barre.

FOCUS Online : Quand étiez-vous en Iran pour la dernière fois et pourriez vous y retourner?

Radjavi : La dernière fois que j’étais là-bas, c’était il y a 29 ans. Deux de mes sœurs ont été exécutées. Si je devais retourner en Iran, je serais également exécutée. Jusqu’à ce qu’un changement démocratique soit instauré en Iran, je continuerai d’œuvrer pour un tel changement en exil à Paris – comme la voix de ceux qui sont persécutés et exécutés.

Maryam Rajavi, 57 ans, est la présidente du Conseil national de la Résistance iranienne. La militante de l’opposition vit depuis longtemps en exile à Paris.

(Traduit de l’original en allemand)

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