Un groupe condamné comme organisation terroriste par les USA et lEurope dit quil peut apporter une troisième voie à limpasse nucléaire.
Par JAMES GRAFF
Time – Aden Ramtini, 41 ans, Azéri dorigine iranienne qui dirige une petite société de taxi à Stockholm, est à cent lieues de ressembler à un terroriste. Mais il était là le week-end dernier avec sa femme et ses deux petits enfants dans un rassemblement près de Paris pour soutenir les Moudjahidine du peuple dIran (OMPI), considérés comme une « organisation terroriste étrangère » par les Etats-Unis en 1997 et qui a depuis été condamné de la même manière par lUnion européenne.
Alors que la dirigeante de lOMPI, Maryam Radjavi fait se lever à maintes reprises 30.000 personnes avec le message familier de Laissez partir mon peuple!, Ramtini raconte un conte tout aussi familier : A lâge de 17 ans, il est parti à la base Achraf, le siège de lOMPI en Irak, où il a passé six ans; son frère aîné a été tué par les sympathisants de Khomeiny en 1989; il adorerait retourner en Iran « mais pas dans lIran des mollahs. Il jure que loccident na rien compris à lOMPI. « Comment ces gens de toutes les couches sociales peuvent-ils appartenir à une secte ou à un groupe terroriste ? », dit-il.
Cest un fait que Maryam Radjavi, la dirigeante charismatique de lOMPI, ne se lasse jamais de souligner. Il y a trois ans, les forces anti-terroristes françaises, ont lancé un raid sur ses bureaux dans la ville dAuvers-sur-Oise, dans le nord-ouest de Paris. Elle avait été arrêtée avec plus dune dizaine de responsables de lOMPI. Le raid avait déclenché une vague de grèves de la faim et dimmolations par des exilés iraniens désemparés. Le mois dernier, un tribunal français a levé les restrictions légales sur les activités et les contacts de Maryam Radjavi et de 16 autres personnes. Cependant la désignation de terroriste de lOMPI et du Conseil national de la Résistance iranienne qui lui est lié, reste en vigueur.
Faire supprimer cette désignation était lobjectif central de la démonstration de force dans un centre de conférence gigantesque au Bourget, dans le nord de Paris, pour lequel des Iraniens en exil et quelques sympathisants non iraniens avaient été amenés en bus à Paris de toute lEurope. Laction de Maryam Radjavi na rien de nouveau, mais elle soutient que linsistance têtue du Président iranien Mahmoud Ahmadinejad pour obtenir une capacité nucléaire la rend plus urgente que jamais. Vêtue dune robe vert pale et dun foulard coordonné, Maryam Radjavi présente son organisation comme la troisième voie pour résoudre limpasse de lIran avec loccident entre une invasion militaire et « la politique de complaisance vis-à-vis des mollahs »
Les concessions que loccident fait miroiter au régime de Téhéran lassistance pour le cycle du combustible nucléaire civil, des pièces détachées davions et même des garanties sécuritaires de la part des Etats-Unis ny feront rien pour quAhmadinejad et les mollahs abandonnent leur programme nucléaire, dit-elle ; la seule solution cest le renversement pacifique du régime par des élections libres sous le contrôle international. Maryam Radjavi ou son époux Massoud, dont on dit quil vit caché quelque part en Europe, seraient heureux de prendre la direction ensuite.
Cest ce que certains sympathisants de lOMPI voudraient voir soutenir par ladministration Bush et les gouvernements français, allemand et britannique, qui mènent des négociations stériles avec lIran depuis novembre 2004. « Quand il aura la bombe, ce régime sera là pour toujours, dit Azadeh Zabeti, une avocate londonienne. "Il est impératif dagir dès à présent." Mais il y a aussi des raisons pour lesquelles les gouvernements occidentaux restent prudents : notamment le fait que les origines idéologiques du groupe sont un mélange de marxisme et dislam, laide quils ont apportée et reçue de Saddam Hussein, et des accusations, quils démentent, les impliquant dans des actes terroristes en Iran. De nombreux analystes indépendants, comme le sociologue parisien Farhad Khosrokhavar, disent que le groupe a peu de sympathisants en Iran.
La présence de lOMPI sur la liste sest faite tout dabord il y a neuf ans comme une concession au gouvernement réformateur de Mohammed Khatami, mais elle a été constamment renouvelée depuis. Une plainte légale contre cette désignation a été rejetée en 2004 par une cour dappel américaine, dans un jugement écrit par John Roberts, aujourdhui président de la Cour Suprême. Au Bourget, plusieurs politiciens sympathisants ont parlé en faveur de lorganisation, mais aucun na loreille des gouvernements en place.
La veuve du Président François Mitterrand, Danielle, était en tête de la délégation française où se trouvait aussi Edith Cresson, dont les mandats de Premier ministre et de Commissaire européen lui donnaient quelque crédit. Ainsi donc la bataille continue. Le rassemblement du Bourget, avait lallure bon enfant dune réunion de famille plutôt que dun conclave terroriste. Mais lOMPI représente une Troisième Voie que loccident ne semble pas vouloir emprunter même sil na aucune autre bonne option non plus.
(article paru le 7 juillet)

